Au lendemain de la composition de la nouvelle équipe gouvernementale au Sénégal, la suppression du poste de Premier ministre envisagée par le président Macky Sall, est au centre de tous les débats et discussions entre citoyens dans les rues de Dakar. En effet, le chef de l’Etat a fait savoir, samedi dernier, son intention de se passer des services d’un PM et de prendre en main la coordination de l’action gouvernementale. Cette réforme qui tient à cœur le président sénégalais réélu en février 2019 pour un second mandat de 5 ans, figure en bonne place dans la lettre de mission de Mahammed Boun Abdallah Dionne reconduit sans surprise à la tête de l’exécutif ce weekend.

Fidèle compagnon du chef de l’Etat, ce haut fonctionnaire passé par la BCEAO et l’ONU, a d’abord été chef de cabinet, lorsque Macky Sall était le Premier ministre d’Abdoulaye Wade. Il doit mettre en œuvre la réforme qui va coûter le fauteuil qu’il occupe depuis 2014. Ce projet de réforme inattendu, laisse sans voix, nombre d’analystes et de commentateurs qui s’interrogent sur le bien-fondé de la décision, surtout la précipitation avec laquelle le pouvoir veut l’opérer. D’aucuns voient en cette démarche, une volonté manifeste de Sall de renforcer davantage ses pouvoirs, plutôt que la recherche d’une prétendue efficacité dans la conduite de l’action gouvernementale.

L’argument du porte-parole de la présidence, Maxime Jean-Simon Ndiaye, selon lequel le président fraîchement reconduit entendait «insuffler une nouvelle dynamique à la conduite des affaires publiques», avec pour objectifs «la simplicité dans l’organisation», « la souplesse dans l’action» et «la clarté et la lisibilité des échelles de responsabilités» a été battu en brèche. Dans le camp adverse, la nouvelle fait grincer des dents et la pilule s’annonce difficile à avaler. En effet, même si l’opposition n’a pas encore officiellement réagi, certains de ses leaders ont individuellement donné leur point de vue sur le sujet. Tous estiment que la question requiert une large implication de la classe politique, voire des citoyens.

La réélection de Macky a failli déboucher sur une crise postélectorale et la priorité, à notre humble avis, devrait être un dialogue politique inclusif avec l’opposition, en vue de calmer les esprits avant d’entamer son mandat. Sinon, il prend le risque de marcher sur des œufs en entreprenant des réformes institutionnelles sur lesquelles les forces vives de la nation sont profondément divisées. Car cela va incontestablement lui compliquer davantage la tâche de gouverner au cours des cinq prochaines années quand on sait que bien de Sénégalais reprochaient à l’actuel occupant du palais présidentiel, de vouloir installer une gestion opaque au sommet de l’Etat. Mieux, les procès ayant visé certains candidats comme l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall et Karim Wade, le fils de l’ex-président Abdoulaye Wade, ont été qualifiés par les détracteurs de Macky, de manœuvres politiques pour écarter des adversaires sérieux.

Autant de raisons qui montrent qu’une démarche de réconciliation pour tenter de recoller les morceaux s’imposait si l’homme fort de Dakar n’avait pas été très mal inspiré. A en juger par la pertinence du projet, on est tenté de se laisser convaincre que la volonté du dirigeant de faire sauter le fauteuil de PM qui lui fait certainement ombrage, cache mal des intentions inavouables. Car, à moins de caresser le rêve de s’offrir on ne sait par quel moyen, un troisième mandat à la tête du Sénégal après 2024, Macky Sall devait laisser les réformes profondes au prochain régime. Cela, afin de se consacrer à la mise en route du Plan Sénégal émergent (PSE), le référentiel de développement économique et social élaboré sous son règne, pour booster la croissance et tirer le Sénégal vers le haut. D’un montant global de 14 098 milliards FCFA, ce plan lancé en 2014 prévoit à terme la réalisation de 700 grands projets de développement et atteindre une croissance de plus de 9 %.

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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