Quelques jours après, la décision prise en Conseil des ministres de vérifier l’authenticité des diplômes des fonctionnaires, Sidwaya a donné la parole à des fonctionnaires. Pendant que certains saluent la mesure, d’autres y voient une manière de dissuader les luttes syndicales.

Adama Ramdé, Conseiller en gestion des ressources humaines au ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme : « C’est une bonne initiative »

« La mesure du contrôle de l’authenticité des diplômes des fonctionnaires est une bonne initiative qu’il faut encourager. Le contrôle permettra de faire le point réel des diplômes utilisés pour postuler aux concours. Il y a généralement un contrôle après l’admission au concours. C’est peut-être une opportunité de voir, si cette vérification a été effective. C’est un contrôle à un deuxième niveau. Je suppose qu’on va demander aux agents de présenter les originaux des diplômes. Car, lorsqu’il s’agit de copie légalisée, avec la technologie, il est plus facile de faire des manipulations. Je ne pense pas que ce soit une opération ciblée contre une certaine catégorie d’agents. Il appartient à l’administration de préciser comment cela va se faire dans un contexte de difficultés financières. L’opération est de grande envergure et demande de ressources financières. Je crains pour le volet coût du contrôle »

Antoine (nom d’emprunt), agent au ministère de la Culture: « La vérification n’aboutira à rien »

« La vérification de l’authenticité des diplômes des fonctionnaires n’est pas une mauvaise idée. Il faut faire attention aux retombées que cela peut avoir. Ceux qui ont fourni les diplômes sont co-responsables de la situation certes, mais les personnes ayant permis qu’ils postulent sont aussi responsables. Ainsi, si on doit procéder au contrôle on risque de créer un problème social très grave. Imaginez-vous quelqu’un qui est fonctionnaire depuis 20 ou 25 ans. Si on découvre qu’il a postulé avec un faux diplôme, qu’est-ce qu’on fait ? La loi prévoit le licenciement. Il aurait fallu que le gouvernement se limite à dire que désormais tous les diplômes feront l’objet d’un contrôle minutieux. Revenir en arrière répond à autre chose. Même, s’il y a des problèmes au niveau de l’administration, je pense qu’il faut trouver les solutions plutôt que retourner fouiller dans les dossiers. Ce n’est pas trop intéressant. La vérification n’aboutira à rien, car l’idée d’y procéder n’a été pas suffisamment été mûrie. La manière dont elle est annoncée et le contexte de remous sociaux dans lequel, nous sommes laissent penser que c’est une forme de dissuasion des syndicats quant à leurs luttes. Le contrôle n’aura aucun effet parce que, même si l’administration découvre qu’il y a faute, elle ne pourra pas la sanctionner sauf à mettre à mal la paix sociale »

Jean François Zongo, agent au ministère de la Fonction publique : « C’est une première »

« Depuis que j’ai intégré la fonction publique, c’est une première. Je ne pense pas que la mesure de contrôle cible particulièrement quelqu’un. Celui qui intègre frauduleusement l’administration publique a occupé l’emploi d’une autre personne qui est peut-être dans la nature. Pour la raison de la rationalisation des dépenses publiques dont les salaires des fonctionnaires, il faut contrôler. Par ailleurs, l’usage des faux diplômes dont les détenteurs n’ont pas les compétences joue sur la performance de l’administration. Le contrôle est une bonne initiative, seulement il ne faudrait pas que ce soit de la poudre aux yeux. Il faut qu’il aboutisse à l’identification et à la sanction de tous fraudeurs sans exception. Sinon ce serait encourager les candidats à l’intégration dans la Fonction publique à utiliser les faux diplômes »

Madi Bologo, archiviste : « Je ne crains rien »

« Si le contrôle aboutit, il permettra d’identifier le faux. La mesure est assez osée et j’attends de voir les tenants et les aboutissants afin d’apprécier. Personnellement, je ne crains rien. On ne peut pas permettra à des gens qui utilisent du faux d’intégrer la fonction publique. Cela ne contribue pas à la performance de l’administration »

Une anonyme au ministère de l’Energie : « la mesure est vague »

« Je ne suis pas contre le contrôle, mais la mesure est vraiment vague. Le gouvernement devrait indiquer que la vérification va concerner une période précise. Sinon, on est là à travailler depuis 20 ans, on ne sait plus où se trouve son diplôme qu’il faudra certainement présenter. Si, c’est le gouvernement qui va le retrouver tant mieux. Concernant particulièrement les diplômes obtenus à l’étranger, comment l’administration fera le contrôle ? ».

Propos recueillis par Jean Philibert SOME

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