Les légumineuses sont une spéculation aux multiples avantages. Si leurs graines sont reconnues riches en nutriments par les spécialistes, leurs plantes résistent à la sècheresse et contribuent à l’enrichissement des sols, grâce à leur potentiel en azote.

Pour le secrétaire exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire, Lamourdia Thiombiano, le but du ministère en charge de l’agriculture est d’arriver à la transformation industrielle de ce secteur.

La culture des légumineuses est pratiquée par plus de 69% des ménages agricoles ruraux et adoptée par 46,5% des couches vulnérables, notamment les femmes, qui en tirent une grande partie de leurs revenus, selon des chiffres du ministère de l’Agriculture et des Aménagements hydroagricoles. Viviane Ouédraogo, considérée comme une productrice-modèle de niébé, habitante de la commune rurale de Méguet, dans le Plateau central, parvient à subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Depuis 2017, elle est membre de l’association « Wend la sida ». Pour la campagne 2018-2019, avec une semence de 9 kg, l’organisation a récolté 100 sacs de 100 kg sur une superficie de 1,5 ha. «Une partie de la production est revendue, et l’autre est transformée en produits dérivés à savoir des galettes, des biscuits, le couscous.

C’est avec ces revenus que j’aide mon mari à prendre soin de la famille, notamment en ce qui concerne les frais de santé et la scolarité des enfants», témoigne-t-elle. Fatimata Ouédraogo fait également, depuis huit ans du commerce des légumineuses, son gagne-pain. Elle achète le niébé, le voandzou, le soja et l’arachide, avant de les revendre pendant la période de soudure. « Je peux stocker près de 40 sacs. Une partie est transformée en produits dérivés vendus à travers les foires et marchés. Par saison, je peux avoir un bénéfice d’environ 200 000 FCFA », confie-t-elle. La production et la commercialisation des légumineuses constituent, selon le secrétaire exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire, Lamourdia Thiombiano, une activité très rentable. Selon lui, elle représente, annuellement, près de 145 milliards F CFA dans l’économie burkinabè. De son avis, ce secteur est très prometteur, d’où la nécessité de le promouvoir. Pour la nutritionniste, Nana Thiombiano/ Coulibaly, la filière occupe de nombreuses femmes, notamment dans la production, la consommation et la transformation. « Elle est une source de création d’emplois et permet donc de résorber le chômage à travers la création de petites et moyennes entreprises. En outre, la production des légumineuses est une alternative à l’utilisation des engrais chimiques », explique-t-elle.

Des valeurs nutritives

La consommation des légumineuses, assure-t-elle, est très bénéfique à la santé humaine. Selon Mme Thiombiano, dans le domaine de l’environnement, en association symbiotique avec les bactéries (rhizobium), les plantes des légumineuses libèrent de l’azote dans le sol, l’enrichissent et favorisent ainsi sa conservation. C’est pourquoi, elles sont associées à la culture des céréales ou en alternance. En sus, les légumineuses ont besoin d’une quantité d’eau au début de leur croissance. Mais quelques semaines plus tard, elles se développent avec peu d’eau en condition sèche et chaude.

Les légumineuses contiennent tous les groupes d’aliments (glucides, lipides, protéines, vitamines, minéraux et eaux). «En matière nutritive, ce sont des aliments riches en minéraux (fer, magnésium, zinc, potassium) et en vitamines (de l’acide folique, des vitamines B et C), en glucides complexes et en fibres pour assurer une bonne alimentation», explique la nutritionniste. Selon la nutritionniste, alors qu’un litre de lait apporte 32 g de protéines, un kg de haricot procure 82 g de protéines. En outre, l’huile de soja et de l’arachide contient des phytostérols qui permettent de baisser le taux de mauvais cholestérol. Les glucides complexes, eux régulent la glycémie pour éviter le diabète, tandis que les fibres favorisent la digestion, limitent l’absorption des nutriments en excès, baissent également le taux de mauvais cholestérols. Pour accroître leurs valeurs nutritives, elles doivent être combinées aux céréales à l’exception du soja. « L’arachide et le soja sont aussi riches en lipides (huile).

Consommer du tô accompagné de la sauce arachide ou avec des feuilles vertes (oseille, épinard, etc.) est donc très nutritif. Il en est de même du fonio avec une sauce pâte d’arachide aux légumes. Les légumineuses sont par ailleurs utilisées pour produire des aliments fortifiés comme les farines infantiles, les céréales fortifiées pour les femmes enceintes et allaitantes et les cantines scolaires », indique la spécialiste. Toutefois, prévient-elle, la consommation du soja par les femmes enceintes et allaitantes et les jeunes enfants doit être limitée. En effet, des études ont, déclare-t-elle, démontré qu’il y aurait un effet réducteur des hormones sexuelles chez les hommes et un ralentissement de la croissance chez les enfants.

Une contribution à la sécurité alimentaire

De 2011-2018, les rendements ont connu une croissance de 13% dans les régions du Nord et de la Boucle du Mouhoun…

Cependant, le soja est plus riche en protéines que les autres aliments, soit un taux de 38% contre 20 à 25%. Il peut être consommé sans les céréales, mais avec des légumes. Les individus du groupe sanguin O doivent, cependant, prendre le soin de décortiquer auparavant ce groupe d’aliments avant de les consommer. Car, ces personnes, soutient-elle, digèrent difficilement leurs enveloppes.

Et pour éviter les cas de ballonnement, poursuit-elle, les légumineuses doivent être trempées dans de l’eau la veille de leur préparation, avant d’être retirées pour la cuisson. « La consommation des légumineuses contribue à prévenir le marasme, le kwashiorkor, l’anémie, la constipation, le diabète (sucre lent), les maladies cardio-vasculaires (phytostérols) et l’obésité», précise-t-elle. Grâce à cette richesse nutritionnelle, fait-elle savoir, la filière peut contribuer à l’atteinte de la sécurité alimentaire.

Selon le secrétaire permanent du Conseil national de la sécurité alimentaire, la production de ces céréales est importante dans l’employabilité des jeunes. «La filière engage une grande diversité d’acteurs, principalement les associations dans la production, la transformation et la commercialisation», explique-t-il. Pour lui, elle contribue à l’atteinte de la sécurité alimentaire. De ce fait, le ministère en charge de l’agriculture a mis en place la politique de subventions des intrants, des semences améliorées et du matériel agricole.

Sur le terrain, en collaboration avec la direction générale de la promotion de l’économie rurale et les associations, les producteurs sont formés aux meilleures pratiques culturales afin d’avoir d’excellents rendements. « Cet enseignement comprend des formations, des visites de terrain, la mise en place de champs-écoles, l’appui à la conservation et à la transformation en produits finis », détaille M. Thiombiano. Cependant, la véritable difficulté, de l’avis de la productrice Viviane Ouédraogo réside dans la transformation industrielle. Pour elle, seule cette transformation peut apporter de la valeur ajoutée aux revenus des producteurs. A ce sujet, le secrétaire exécutif Lamourdia Thiombiano, rassure que le projet de passage à la l’industrialisation est en voie de réalisation. « Le gouvernement y travaille. Car, plus on ajoute de la valeur à un produit, plus les revenus sont meilleurs et mieux cela améliore les conditions de vie des populations », s’est-t-il convaincu. Selon lui, la transformation en produit fini est un élément essentiel pour améliorer l’accès à la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Fleur BIRBA
fleurbirba@gmail.com

Qu’est-ce qu’une légumineuse ?

Contrairement à son nom, une légumineuse n’est pas un légume. Elle est une plante dont les produits sont des gousses contenant des graines à deux cotylédons. Il s’agit, entre autres, du haricot (niébé), des pois bambara ou pois de terre, des lentilles, du néré, du mung bean, de l’arachide et du soja. Ce sont les légumineuses les plus connues au Burkina Faso. Produites de manière variée sur l’ensemble du territoire, elles s’adaptent aux zones arides à faible pluviométrie. Selon les chiffres du ministère en charge de l’agriculture, environ 15% des superficies emblavées sont consacrées à leur production. Ce qui fait du pays des Hommes intègres, le 1er producteur mondial de poids de terre et le 3e producteur mondial de niébé.
F.B.

De la Journée mondiale des légumineuses

C’est sous le slogan «des graines pour nourrir l’avenir», que la 68e Assemblée générale de l’ONU a décrété 2016, Année internationale des légumineuses (AIL). Les Nations unies sont, en effet, convaincues de l’importance nutritionnelle de ces aliments pour les hommes, les animaux et le sol. Au Burkina Faso, c’est sous le thème «Valorisation des légumineuses dans le cadre des ODD et pour la résilience au changement climatique» qu’elle s’est tenue en février 2017 à Kongoussi, sous les auspices du chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré. A l’issue de cette journée, la Déclaration dite de Ouagadougou a recommandé l’institutionnalisation d’une journée des légumineuses. En 2018, le Burkina Faso a organisé une journée dédiée aux légumineuses. C’est ainsi que le 19 février 2018 dans le village de Koumbané, dans la commune rurale de Namissiguima, située dans la région du Nord, a eu lieu la 1re Journée nationale des légumineuses sous le thème « promouvoir les légumineuses pour la création d’emplois au profit des jeunes et des femmes et l’amélioration de la sécurité alimentaire ». Au regard de l’engagement du Burkina Faso et des partenaires au développement, l’Assemblée générale des Nations unies a accédé à la proposition de Ouagadougou, en adoptant, le 20 décembre 2018, une résolution instituant une Journée mondiale des légumineuses à célébrer le 10 février de chaque année. Le 11 février 2019, la 1re journée mondiale a été célébrée en différé au Burkina Faso, à Méguet, dans la région du Plateau central, sous le thème : «Des légumineuses pour renforcer les sources de revenus et les moyens d’existence des ménages».
F.B.

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