L’ancien Premier ministre et président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouédraogo, a échangé à bâtons rompus avec la rédaction de Sidwaya, le mercredi 8 mai 2019 à Ouagadougou. Ses ambitions présidentielles, ses relations avec l’ancien président Blaise Compaoré et au sein du CDP, la fronde sociale, la question du franc CFA ont été entre autres sujets abordés lors de l’entretien.

Sidwaya (S.) : En mars 1996, vous avez remplacé Roch Marc Christian Kaboré à la tête du gouvernement comme Premier ministre. L’histoire peut-elle se répéter en 2020, à l’issue de l’élection présidentielle ?

Kadré Désiré Ouédraogo (K.D.O.) : Dieu seul connait l’avenir. Nous les humains, avons des propositions, mais la décision finale revient à Dieu.

S. : Quels rapports entretenez-vous avec le chef de l’Etat ?

K.D.O. : Le président Roch Marc Christian Kaboré fut mon prédécesseur comme Premier ministre. Au-delà de cela, nous avons coopéré quand il était président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et moi, chef du gouvernement. Il va sans dire que nous avons eu des rapports de collaboration et j’en garde de très bons souvenirs. Lorsque je suis rentré à Ouagadougou après ma mission à la CEDEAO, il a dépêché une délégation ministérielle pour m’accueillir à l’aéroport. Le lendemain, il m’a adressé une lettre au nom du peuple burkinabè pour me féliciter pour mes actions au sein de l’institution communautaire au nom du Burkina Faso. Le 8 décembre 2018, il m’a fait l’insigne honneur de me décerner la décoration de Grand-Croix de l’Ordre national en reconnaissance de ma contribution à la CEDEAO. Je lui suis reconnaissant pour toutes ces marques de considération.

S. : Comment appréciez-vous sa gouvernance à la tête du pays ?

K.D.O. : Je n’ai pas tous les éléments pour bien apprécier son action. J’apprécie généralement les résultats, et de ce point de vue, nous constatons que les aspirations du peuple restent à être comblées, malgré les efforts du gouvernement. Nous avons beaucoup de défis à relever et d’efforts à faire. Il faut améliorer notre action commune. Il y a des mérites, mais aussi des insuffisances. Je n’ai pas besoin de le rappeler, notre pays est dans une situation très éprouvante. Nous espérons que tout sera fait pour que le Burkina Faso sorte de cette phase difficile.

S. : «L’Europe doit décider de fermer l’approvisionnement des groupes terroristes», a affirmé le président Kaboré lors de la visite de Angela Merkel à Ouagadougou. Qu’est-ce que cette déclaration vous inspire ?

K.D.O. : Il est juste de dire que les armes qui circulent ne sont certainement pas fabriquées dans le Sahel ni au Burkina Faso. Nous subissons les conséquences de la crise en Lybie, surtout avec une dissémination des armes à travers le Sahel. Les armes sont aux mains d’individus peu recommandables et cette situation porte un grave préjudice à notre sécurité. Que tous ceux qui peuvent, par des mesures diverses, freiner cette prolifération des armes dans notre zone, le fassent, car cela rendrait un grand service à la paix, à la stabilité et à la sécurité du Sahel. C’est pour cela qu’au niveau de la CEDEAO, il y a un programme destiné à freiner la prolifération et la circulation des armes légères. Pour importer des armes légères, les Etats ont besoin d’une autorisation de la CEDEAO afin de contrôler la quantité d’armes qui entrent en Afrique de l’Ouest. Il est évident que les groupes armés et les criminels passent par des circuits non règlementaires pour écouler leurs armes. C’est pour cela qu’il faut combattre la circulation des armes légères. C’est une tâche difficile quand on connaît la porosité des frontières et l’immensité de nos territoires. Mais les organisations régionales spécialisées s’occupent de cette question.

S. : Que répondriez-vous à ceux qui accusent l’ancien pouvoir d’être derrière les actes terroristes au Burkina ?

K.D.O. : Lorsqu’on est dans une situation similaire à celle du Burkina Faso, il faut éviter de trouver des boucs émissaires ou de nous accuser mutuellement. L’essentiel, c’est ce que nous faisons pour faire face à l’insécurité. A supposer qu’il y ait des commanditaires, en trois ans, on a eu le temps d’élaborer des stratégies pour contrer toute mauvaise intention. Il faut plutôt regarder vers l’avenir et les stratégies en vue de contenir le phénomène, plutôt que de rechercher qui en est responsable. Le plus important, c’est de combattre ces actions d’où qu’elles viennent. C’est notre détermination qui est essentielle et non pas les accusations qui ne font d’ailleurs qu’aggraver la situation.

S. : Que faut-il faire, à votre avis, pour mettre fin aux attaques terroristes ?

K.D.O. : Il n’y a pas de baguette magique pour trouver une solution à ce phénomène. C’est certainement la combinaison de plusieurs mesures qui peuvent nous permettre d’en venir à bout. Certes, il faut une stratégie militaire, mais il y a aussi d’autres questions de développement à résoudre. Il y a un paquet de phénomènes qui favorisent le terrorisme. Il faut une solution qui dépasse l’option militaire, nécessaire et indispensable, mais pas suffisante.

S. : Comment appréciez-vous la réponse du pouvoir en place à ce phénomène ?

K.D.O. : Je ne juge qu’aux résultats. Pour le moment, nous ne sommes pas satisfaits. Nous continuons à subir de nombreuses pertes en vies humaines au sein des forces de défense et de sécurité, des populations et des agents de l’Etat. Cette situation est inacceptable. Il y a encore du chemin à faire et nous ne sommes pas satisfaits, jusqu’à ce jour, de la réponse apportée à la situation. Il faut redoubler d’efforts pour éviter que notre pays ne devienne la proie à tous ces criminels qui endeuillent nos familles et plombent l’économie nationale. A ce jour, il y a des zones du pays où des investisseurs hésitent à y mettre les pieds. Ceci est un désavantage certain pour notre économie.

S. : Récemment, vous avez produit un communiqué condamnant les assassinats à Comin-Yanga. Pourquoi maintenant et pas avant ?

K.D.O. : Lors de la première attaque terroriste du 15 janvier 2016, je suis venu à Ouagadougou, en tant que président de la Commission de la CEDEAO. J’ai été reçu par le président du Faso et j’ai exprimé à cette époque, non seulement ma condamnation et celle de la CEDEAO, mais également apporté notre solidarité au Burkina dans cette épreuve. L’organisation sous régionale a donné une contribution financière à l’occasion. Quand il y a eu le drame de Yirgou, j’ai également réagi tout comme à d’autres circonstances. Ce n’est pas seulement le décès des enseignants à Comin-Yanga, que je déplore du reste. Je me suis exprimé à maintes époques, peut-être que ma voix n’était pas audible.

S. : Vous avez accepté, le 16 février à Bobo-Dioulasso, d’être candidat à la présidentielle de 2020. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager ?

K.D.O. : Notre pays vit l’une des périodes les plus éprouvantes de son histoire, avec de nombreux défis. Nous avons pensé qu’en de pareils moments, il est du devoir de tout citoyen, de mettre son expérience à la disposition de la nation burkinabè. C’est par devoir patriotique que je me suis engagé en vue d’apporter ma contribution à la résolution des nombreux défis auxquels le Burkina Faso fait face. J’apprécie positivement le fait que des citoyens burkinabè aient lancé un appel à ma candidature. Je les remercie pour la confiance placée en ma personne et leur ai dit mon engagement ferme à me mettre à la disposition du pays, pour qu’ensemble, nous puissions trouver des solutions aux défis du moment.

S. : Votre candidature a-t-elle reçu l’aval de l’ancien président Blaise Compaoré ?

K.D.O. : Je peux vous dire que le président Blaise Compaoré a été informé de ma décision de me présenter à l’élection présidentielle. Il lui revient de répondre à votre question s’agissant de l’aval dont vous parlez.

S. : Est-ce que vos soutiens ne se sont-ils pas servi de l’image du CDP pour mobiliser ?

K.D.O. : Pas du tout ! Un communiqué a été diffusé par la direction du parti, trois jours durant à Bobo-Dioulasso, avant le meeting, pour informer les militants que ce n’était pas une manifestation du CDP. Ceux qui sont venus me soutenir l’ont fait en toute connaissance de cause. C’était un rassemblement de patriotes qui veulent du bien de leur pays et cela dépasse largement le cadre d’un parti politique. Il y avait des militants du CDP et d’autres partis mais aussi de simples citoyens qui n’avaient jamais fait la politique. Tous estiment que compte tenu de la situation dans laquelle se trouve notre pays, leur devoir est de s’engager pour l’en sortir. Je ne peux que leur rendre hommage d’être venus nombreux et d’avoir semé l’espoir à Bobo pour notre pays.

S : Plusieurs opposants ont annoncé leurs candidatures. Cette pléthore de prétendants à la magistrature suprême ne va-t-elle pas fragiliser les chances de l’opposition ?

K.D.O. : Pas du tout ! Lorsqu’il est question de l’intérêt du pays, chaque Burkinabè, qui s’estime en mesure d’apporter quelque chose, a le devoir de s’engager. Je ne vois aucun inconvénient à ce qu’il y ait beaucoup de candidatures. D’ailleurs, nous nous plaignons souvent que l’offre politique n’est pas suffisamment variée au Burkina. Si nous avons la chance que cette offre s’élargisse, il faut s’en réjouir.

S. : En tant qu’ancien président de la Commission de la CEDEAO, votre candidature est-elle soutenue par des chefs d’Etat de la sous-région ?

K.D.O. : La CEDEAO est une organisation internationale qui ne s’occupe pas de la politique interne des Etats. Il faut dissocier l’action de l’institution de celles de ses anciens membres ou présidents de commission ou en exercice.

S. : Vous avez quand même un carnet d’adresses bien fourni qui pourrait vous servir?

K.D.O. : C’est un honneur d’avoir servi à de hautes fonctions, pas seulement en tant que président de la commission de la CEDEAO. J’ai été vice-gouverneur de la BCEAO, ambassadeur à Bruxelles et haut cadre à l’UEMOA. J’ai eu beaucoup d’amis et je m’en félicite. Lorsque j’ai fini mes fonctions à la CEDEAO, la plupart des chefs d’Etat se sont dit satisfaits de mon action. Ils l’ont affirmé au dernier sommet en décembre 2015 à Abuja. Ils ont même insisté pour le mettre dans le communiqué final et plusieurs d’entre eux m’ont fait l’honneur de me décorer dans leurs Ordres nationaux.

S. : Avez-vous leur soutien pour votre aventure présidentiable ?

K.D.O. : C’est à eux qu’il faut poser la question.

S. : Si le CDP ne vous soutient pas, peut-on s’attendre à la création d’un parti politique qui va porter votre candidature ?

K.D.O. : La campagne électorale est une question de stratégie. En temps opportun, nous aviserons. L’essentiel est d’avoir une dynamique qui nous permet de défendre nos idées. Pour cela, nous avons besoin de stratégie et d’organisation.

S. : Est-ce que vous vous sentez toujours au sein du CDP ?

K.D.O. : Je suis toujours militant du parti. Je n’ai pas changé de cap jusqu’à ce jour. Le CDP est un grand parti qui doit pouvoir s’adapter au contexte. Je souhaite que le parti s’y mette, en intégrant les aspirations et la volonté de notre peuple au changement. Nous devons quitter la politique politicienne pour nous attaquer aux vrais défis de notre peuple. C’est ce que je souhaite au CDP et aux autres partis politiques.

S. : Etes-vous favorable au retour de Blaise Compaoré ?

K.D.O. : Quelles que soient les circonstances, la place d’un ancien chef d’Etat est dans son propre pays. Il est normal que celui qui a dirigé notre pays pendant 27ans, quelles que soient les erreurs ou insuffisances, rentre au bercail. Les conditions de ce retour doivent être définies par des voix plus autorisées que la mienne.

S. : Avez-vous vu l’ancien président depuis sa chute ?

K.D.O. : Bien sûr, à plusieurs reprises. Je l’ai rencontré lorsque j’étais encore président de la commission de la CEDEAO et aussi après mes fonctions. Pour moi, les relations humaines sont plus importantes que les considérations politiques.

S. : Le débat sur la réconciliation nationale fait rage alors que des anciens dignitaires ont maille à partir avec la justice. Quelle est votre position sur le sujet ?

K.D.O. : : Je l’ai dit clairement à Bobo-Dioulasso, mon sentiment est que notre pays a besoin d’une véritable réconciliation. Vous ne pouvez pas espérer aller au développement, vaincre le terrorisme dans l’état actuel où nous sommes. Chacun en a gros sur le cœur, des citoyens ont vu leurs maisons saccagées, brûlées ou leurs proches assassinés. Il y a de la haine dans les cœurs. Comment voulez-vous construire le pays si vous laisser cette situation en l’état ? C’est une urgence pour nous d’assurer la cohésion des Burkinabè, la paix des cœurs et de faire en sorte que nous puissions être unis à nouveau pour faire face aux principaux défis. La réconciliation nationale est une priorité. Maintenant, les voies par lesquelles on y parvient dépendent de nous. C’est pourquoi, j’ai l’intention d’apporter ma contribution non seulement au problème de la réconciliation, mais à d’autres questions importantes comme celles de la sécurité, du développement économique et social.

S. : Pourquoi vous ne proposez pas la voie maintenant ?

K.D.O. : Le peuple burkinabè a placé sa confiance au gouvernement. Il appartient aux dirigeants de trouver les solutions. Je suis disponible pour apporter ma contribution à la question de la réconciliation. J’ai été reçu par le Premier ministre, Christophe Dabiré, qui a décidé de rencontrer ses prédécesseurs. Je lui ai exprimé ma disponibilité à apporter des idées qui peuvent favoriser la réconciliation nationale.

S. : Etes-vous pour la justice transitionnelle pour aller à la réconciliation ?

K.D.O. : La justice transitionnelle doit être explorée parmi les recherches de solutions à la situation actuelle. Il ne faut pas l’écarter. La réconciliation n’est pas un mot mais un comportement. Est-ce que dans nos actes de tous les jours nous avons vraiment besoin de réconciliation ? Si nous répondons positivement à cette question, nous avons fait un grand pas dans le sens de la réconciliation. Il faut poser des actes qui montrent que nous avons besoin de réconciliation. Il appartient à ceux qui nous gouvernent s’insuffler la machine pour que les citoyens adhèrent.

S. : Blaise Compaoré ne sait-il pas renier en prenant la nationalité ivoirienne?

K.D.O. : Il lui appartient de répondre à votre question.

S. : Lors du coup d’Etat de septembre 2015, la CEDEAO avait préconisé l’amnistie des putschistes. Comment expliquez-vous cela ?

K.D.O. : Je voudrais m’excusez d’avance par rapport à ce sujet, parce que je ne voudrais pas rentrer dans les détails. Nous avons, dans les principes de la CEDEAO, un devoir de réserve même après nos fonctions. Il y a des choses que je sais, mais que je ne vous direz pas. La CEDEAO a été l’un des premiers à condamner le coup d’Etat, parce que dans ses principes, c’est la tolérance zéro à toute accession au pouvoir par des voies non constitutionnelles. La première chose que la CEDEAO fait, c’est de condamner systématiquement tout coup d’Etat et de réclamer un retour à une vie constitutionnelle normale. Lorsque nous avons déclaré cela à partir d’Abuja, les chefs d’Etat ont bien voulu se rendre à Ouagadougou pour aider les Burkinabè à trouver une solution à leur problème. Ils sont venus écouter toutes les forces vives. Mais ils ne pouvaient pas quitter Ouagadougou sans faire la synthèse de ce qu’ils ont entendu. C’est ce qu’ils ont fait avant d’aller rendre compte au sommet à Abuja. Lors de cette rencontre, le 22 septembre, les chefs d’Etat ont décidé de la réinstallation du président Michel Kafando. Le 23 septembre, nous sommes revenus pour cela. C’est dire que la CEDEAO a aidé le Burkina à franchir cette étape difficile, en respectant toujours ses principes. La CEDEAO a été claire vis-à-vis de tous les protagonistes.

S. : Vous n’avez pas répondu à la question de l’amnistie ?

K.D.O. : Cette option n’existe pas dans le communiqué final de la rencontre entre les chefs d’Etat de la CEDEAO et les protagonistes. Donc, l’on ne peut pas mettre cela à leur compte.

S. : Vous êtes financier. Comment appréciez-vous la suppression du fonds commun. Est-elle une justice rendue aux autres travailleurs de l’Etat ?

K.D.O. : Je ne voudrais pas me prononcer sur cette question, pour la bonne raison que je ne maîtrise pas les détails. J’observe comme tout le monde, qu’il y a eu un accord et une loi votée à l’Assemblée nationale pour régler cela. Ensuite, un accord a été trouvé entre le gouvernement et les syndicats. Je ne peux qu’apprécier que le travail ait repris au ministère des Finances. Il y a longtemps que j’ai quitté mes responsabilités de chef du gouvernement. En son temps, ce dont j’ai été témoin, c’est que l’exécutif a procédé à une vaste réforme de la Fonction publique qui avait pour ambition de traiter tous les fonctionnaires de manière équitable. C’est-à-dire à diplôme égal, salaire égal. Nous avons proposé une grille indemnitaire. En fonction de la pénibilité et des responsabilités d’un emploi, elle différait d’un ministère à l’autre. Le régime commun était de base et le régime indemnitaire faisait la différence. J’observe qu’on a tendance à déconstruire cela. Tous les corps veulent créer leur propre statut. A la limite, il n’y aura plus de fonction publique.

S. : Vous désirez diriger le Burkina Faso. N’avez-vous pas peur de la fronde sociale ?

K.D.O. : Quel que soit le problème, il faut retrousser les manches et l’affronter. Si nous avons peur de la fronde sociale, qui va résoudre cela à notre place ? C’est au gouvernement d’y faire face. A mon avis, les recettes sont le dialogue, l’écoute et la mise en œuvre honnête de tous les accords. Notre pays n’a pas de ressources illimitées, nous devons donc discuter en tenant compte de cela. Nous devons trouver une réponse au compromis qui soit acceptable pour tous.

S. : Faut-il supprimer le franc CFA, selon vous ?

K.D.O. : Il ne faut pas poser le problème en ces termes. La monnaie occupe une place importante dans l’économie d’un pays, mais c’est une question sensible qui doit être discutée avec beaucoup de sérénité et de retenue, parce que l’influence sur le reste de l’économie est énorme. Toutes les préoccupations soulevées par la population n’échappent pas aux chefs d’Etat. En tant qu’ancien président de la commission de la CEDEAO, je peux vous assurer que les dirigeants ont mis en place un processus pour aller à une monnaie régionale autonome. Le processus est supervisé par les ministres des Finances et piloté par quatre chefs d’Etat désignés comme chefs de file dans le pilotage du mécanisme. Ce sont ceux du Niger, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Nigéria. Le travail est actuellement en cours pour assurer la convergence des économies des 15 pays de la CEDEAO pour soutenir une même monnaie. La monnaie ne vaut que par l’économie qui la sous-tend. Si l’on n’a pas une économie forte, il ne sert à rien d’engager le débat sur la monnaie. L’important, c’est d’avoir une économie régionale forte. C’est la raison pour laquelle, le plus urgent est d’assurer la convergence des économies, de manière à ce qu’elles puissent supporter la monnaie commune que nous ambitionnons d’établir en 2020. C’est l’objectif de la CEDEAO et un travail acharné est en cours pour que ce projet aboutisse.

S. : L’échéance de 2020 est-elle tenable ?

K.D.O. : C’est une question de volonté politique. Les critères de convergence ont été adoptés par l’ensemble des chefs d’Etat de la CEDEAO avec l’aval des gouverneurs des banques centrales. Un chronogramme prévoit bien le lancement de la monnaie en 2020. Si tout le monde respecte ses engagements, il n’y a pas de raison que nous n’atteignions pas notre objectif.

S. : Le projet de la monnaie commune est-elle réaliste sans la convergence des économies ?

K.D.O. : C’est un projet réaliste que l’on peut faire à condition d’avoir la discipline nécessaire. S’il y a la stabilité dans les pays membres de la zone CFA, ce n’est pas fortuit. C’est le fruit d’un travail méthodique et d’une discipline stricte appliquée par chaque Etat. Nous pensons, pour notre part, que cela est faisable.

S. : En moins d’un mois, les présidents algérien Bouteflika et soudanais, El Béchir ont été contraints à la démission. Ce scénario était-il envisageable ?

K.D.O. : C’est encore une fois les leçons de l’histoire que nos peuples nous enseignent. C’est ce que les Algériens et les Soudanais ont fait. Il appartient à nous autres Africains d’en tirer les leçons et d’améliorer notre gouvernance. Lorsqu’il y a eu l’insurrection au Burkina Faso et d’autres cas similaires dans d’autres pays, nous avons pris la responsabilité au niveau de la CEDEAO de proposer et d’adopter la limitation des mandats à deux. Cela peut éviter ce genre de situations. Quand on vit avec le peuple, il faut savoir connaître ses aspirations. L’heure n’est pas au pouvoir à vie, raison pour laquelle, nous avons pris de façon pragmatique la décision que chaque Etat intègre dans sa Constitution que le mandat du président est limité à deux. Cela nous éviterait toutes ces querelles, toute cette gymnastique, cette énergie que nous déployons à combattre les trois mandats et autres.

S. : Pourquoi le principe des deux mandats coince?

K.D.O. : Le principe des deux mandats a été introduit en tirant des enseignements de ce qui s’est passé dans notre pays. Malheureusement il y avait deux pays, dont je ne citerai pas les noms, qui se sont opposés à cette orientation. L’évolution sociopolitique a fait que maintenant, il y a une unanimité dans la zone CEDEA0 pour que le mandat présidentiel se limite à deux.

S. : Le président guinéen, Alpha Condé, semble vouloir rempiler pour un troisième mandat en modifiant la Constitution de son pays. Peut-on dire qu’il n’a pas tiré leçon des évènements de 2014 au Burkina Faso ?

K.D.O. : C’est ce que j’apprends par la presse, mais n’étant pas au fait de la situation en Guinée, nous n’aimerions pas commenter cela. Il appartient aux Guinéens de réagir sur cette question.

S. : Vous pouvez tout de même donner un conseil aux Guinéens…

K.D.O. : Je ne suis pas la personne indiquée pour donner ce type d’avis au peuple guinéen, encore moins à ses premières autorités. Mais, notre position, tout comme lorsque nous étions à la présidence de la commission de la CEDEAO reste inchangée. Nous pensons que nous avons encore une fois ici l’occasion d’éviter des turbulences et de réserver plutôt nos énergies à autre chose.

S. : Quel commentaire faites-vous de l’actualité politique au Bénin ?

K.D.O. : Une fois encore, nous ne souhaitons pas commenter la politique intérieure d’un pays voisin. Nous nous contenterons seulement de dire que dans les principes démocratiques de la CEDEAO auxquels le Benin a d’ailleurs souscrit, c’est que la société doit être purement démocratique, le multipartisme et l’inclusivité doivent être de rigueur. Nous pensons qu’il est bon que chaque citoyen puisse avoir son mot à dire, que les élections soient ouvertes à tout le monde et que le peuple souverain choisisse les dirigeants qu’il préfère.

S. : Que pensez-vous de ces personnalités ?

-Blaise Compaoré

K.D.O. : Nous avons été son Premier ministre pendant cinq ans. Nous sommes reconnaissants pour la confiance qu’il a placée en nous pour diriger le gouvernement et également du soutien qu’il nous a apporté au moment de l’exercice de nos fonctions. Nous le respectons en tant qu’ancien chef d’Etat, comme nous respectons les autres ex-dirigeants de notre pays. Parce qu’ils portent en eux notre dignité à tous. Chacun a essayé de faire ce qu’il peut pour ce pays, malgré les erreurs et les insuffisances. Tous nos anciens dirigeants ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour notre pays et nous ne pouvons qu’être reconnaissants pour cela et leur donner le respect qu’ils méritent en tant qu’anciens dirigeants de notre nation.

-Roch Marc Christian Kaboré

K.D.O. : C’est le Président du Faso. Il fut mon prédécesseur à la tête du gouvernement. Nos rapports sont vraiment cordiaux. Nous lui sommes également reconnaissant d’avoir balisé la route pour nous. Puisque c’est avec lui, que nous avons fait la passation de service en 1996. Comme nous vous l’avons dit, nous rendons toujours grâce à nos prédécesseurs pour le travail dans lequel nous-mêmes avons apporté notre propre contribution. Il a bien voulu nous honorer au nom du peuple burkinabè à la fin de nos fonctions de président de la commission de la CEDEAO. Nous le remercions pour cela. Nous lui souhaitons beaucoup de succès dans les nobles missions qui sont les siennes.

– Basolma Bazié

K.D.O. : C’est un leader syndicaliste très dynamique et un partenaire incontournable pour le gouvernement. C’est de cela aussi qu’un pays est fait. Que les divergences s’expriment et que les débats d’idées sortent des compromis dynamiques qui font avancer le pays. Je salue sa contribution au monde syndical et au développement de notre pays.

-Yacouba Zida

K.D.O. : Yacouba Zida a été le président intérimaire de la Transition avant d’être Premier ministre. A l’époque, nous avons eu l’occasion de travailler beaucoup avec lui. Que ce soit les Nations Unies, l’union européenne ou la CEDEAO, nous lui saurons gré d’avoir prêté une oreille attentive aux recommandations de la communauté internationale qui ne voulait que du bien de la nation burkinabè.

-Zéphirin Diabré

K.D.O. : Nous avons des rapports parfaits. Zéphirin Diabré a été ministre de l’Economie et des Finances dans le premier gouvernement que j’ai formé en 1996, à l’issue duquel il est parti comme président du Conseil économique et social avant d’aller aux Nations unies. C’est de là-bas qu’il est revenu comme président de l’UPC et Chef de file de l’opposition. Nous pensons qu’il joue bien son rôle. Nous saluons également sa contribution à l’avancée de la démocratie dans notre pays.

– Le Dima de Boussouma

K.D.O. : Le Dima de Boussouma est mon neveu. Pour nous, la famille est importante, mais nous devons la dissocier de la politique. Parlant de politique, nous ne sommes pas du même parti. Il est du RDS qui est de la majorité présidentielle, alors que moi je n’en suis pas, mais cela n’enlève en rien au fait que nous sommes parentés.

-Eddie Komboïgo

K.D.O. : Il est le président du CDP. Il fait ce qu’il peut pour dynamiser le parti. Je lui souhaite d’être attentif à l’évolution de notre pays, aux aspirations de notre peuple, d’adapter toujours le parti à ces réalités.

Entretien réalisé par la Rédaction

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