Au Burkina Faso, la malnutrition constitue un problème de santé publique. La situation est toujours préoccupante dans certaines régions notamment l’Est, le Sahel, les Cascades, le Centre-Est, selon l’OMS. Une preuve que la sensibilisation aux meilleures pratiques nutritionnelles est une nécessité. Nous avons rencontré pour la circonstance, Estelle Bambara, nutritionniste, chef de service surveillance et prise en charge de la malnutrition à la direction de la nutrition du ministère de la Santé.

Sidwaya (S.) : Qu’est-ce que la malnutrition ?
Estelle Bambara (E.B.) : C’est un état pathologique résultant d’un déséquilibre entre les apports et les besoins ou dépenses de l’organisme. Ce déséquilibre est dû à la carence ou à l’excès relatif ou absolu d’un ou de plusieurs nutriments essentiels. Chez l’enfant, on rencontre la malnutrition aigüe ou maigreur qui correspond à un faible poids par rapport à la taille, la malnutrition chronique qui est un retard de croissance. C’est-à-dire une petite taille par rapport à l’âge, l’insuffisance pondérale (faible poids par rapport à l’âge), la surcharge pondérale (surpoids et/ou obésité) et les carences spécifiques en micronutriments. Les plus fréquentes sont
les carences en iode, en fer et en vitamine A.

S. : Comment la reconnaître ?
E. B. : La malnutrition peut se manifester cliniquement ou n’être décelable que par des analyses biochimiques, anthropométriques ou physiologiques. Les signes visibles sont l’amaigrissement (peau sur les os), les œdèmes sur les deux pieds, jambes ou généralisés, une petite taille, le goitre, la pâleur des muqueuses, la cécité nocturne, etc. Cependant, il y a des manifestations qui ne sont pas visibles. En ce moment, il faut prendre les paramètres anthropométriques (mesures sur le corps) et faire des analyses au laboratoire pour pouvoir la détecter. On peut également reconnaître la malnutrition en prenant le poids et la taille, en mesurant le périmètre brachial, en recherchant les œdèmes au niveau des deux pieds et des tests sanguins par exemple le taux d’hémoglobine.

S. : Quelles sont les causes de la malnutrition ?
E. B. : Les causes sont multiples, interdépendantes et situées à trois niveaux. Il s’agit des causes directes qui se situent au niveau de l’individu et comprennent les maladies et les pratiques d’allaitement et d’alimentation inadéquates (qualité et quantité). Les causes sous-jacentes se situent au niveau des ménages et comprennent l’insécurité alimentaire des ménages, le faible accès aux soins de santé, l’insuffisance de soins aux enfants et l’insuffisance d’hygiène et assainissement. Les facteurs fondamentaux sont représentés, entre autres, par les faibles niveaux d’éducation et de développement économique des populations, la forte croissance démographique, la pauvreté générale de la population et le statut de la femme (faible niveau d’instruction, faible pouvoir de décision, faible pouvoir d’achat, etc.).

S. : Quelle est la situation de la malnutrition au Burkina Faso ?
E. B. : Depuis 2009, on note une évolution positive des tendances des prévalences des différents types de malnutrition avec une situation en-deçà des seuils d’urgence de l’OMS qui sont de 10% pour la malnutrition aigüe, 30% pour la malnutrition chronique et 20% pour l’insuffisance pondérale. En effet, en 2018, les prévalences de la malnutrition aiguë, de la malnutrition chronique et de l’insuffisance pondérale chez les enfants de moins de 5 ans sur le plan national, étaient respectivement de 8,5%, 25% et 17,8%. 1% des enfants de moins de 5 ans présentaient une surcharge pondérale dont 0,3% d’obésité. Cependant, ces prévalences cachent des disparités entre régions et à l’intérieur des régions avec des régions et des provinces qui ont des prévalences dépassant ces seuils d’urgence.

S. : Comment prévenir la malnutrition ?
E. B. : Les causes de la malnutrition étant multifactorielles, la lutte contre la malnutrition doit être multisectorielle et nécessite l’engagement et l’implication de tous les secteurs (santé, agriculture, eau et assainissement, ressources animales, environnement, éducation, protection sociale, collectivités, etc.). Il faut également une bonne communication sur le sujet pour permettre aux bénéficiaires d’avoir l’information exacte.

S. : Quels sont les aliments à conseiller pour prévenir la malnutrition ?
E. B. : Pour répondre aux besoins nutritionnels de l’enfant et préserver sa santé, l’alimentation de l’enfant à partir de six mois doit répondre à certains critères. Elle doit être saine, facile à manger, digeste, nourrissante, équilibrée et suffisante. Selon le calendrier saisonnier, elle doit comporter les trois groupes d’aliments. Les aliments constructeurs (protéines) qui servent à la construction de nouvelles cellules et réparation, la défense de l’organisme et la production d’enzymes et hormones. On les retrouve dans la viande (bœuf, mouton, porc, chèvre, lapin, poule, pintade, dinde, canard,), poisson, lait, yaourt, fromage, œufs, légumineuses (haricot, lentille, arachide, pois de terre, sésame, soja, soumbala)…Les aliments énergétiques (glucides et lipides). Ils apportent de l’énergie et contribuent également à la construction de nouvelles cellules et réparation de cellules endommagées, à l’absorption et l’utilisation des autres nutriments. On les trouve dans le mil, sorgho, maïs, riz, fonio, blé, patate, igname, manioc, taro, pomme de terre, sucre, huile, beurre de karité…Les aliments protecteurs constitués par les minéraux et les vitamines. Ils rentrent dans la structure des cellules (fer et calcium), la constitution des hormones (iode), le fonctionnement des organes, la croissance, la digestion (vitamine C et fer), la réparation et la protection. On les retrouve dans l’orange, mangue, ananas, liane-goïne, pain de singe, jujube, karité, néré, detarium, tamarin, goyave, légumes-feuilles (baobab, bulvaka, oseille, patate, épinard…), tomate, gombo, poivron, carotte, chou, aubergine, sel iodé, etc.

S. : Quels conseils aux parents ?
E. B. : Pour enrayer le cercle vicieux intergénérationnel de la malnutrition, il est primordial que les interventions nutritionnelles vitales soient axées sur les 1000 premiers jours (de la conception jusqu’ à l’âge de 2 ans) encore appelé fenêtre d’opportunité. Ces actions sont essentiellement les bonnes pratiques d’alimentation de la femme enceinte, la prévention contre les maladies chez la femme enceinte, le suivi de la grossesse et l’accouchement dans un centre de santé, la mise au sein précoce dans l’heure qui suit la naissance de l’enfant, la pratique de l’allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois, l’introduction de l’alimentation de complément en quantité et en qualité à partir de six mois tout en poursuivant l’allaitement jusqu’à deux ans, la prise en charge et la prévention des maladies de l’enfant (paludisme, diarrhée, pneumonie, malnutrition aigüe, etc.). La période des 1000 jours est une période de forte croissance de l’enfant et une bonne nutrition procure des avantages pour toute la vie. Ces avantages sont la croissance saine et le développement cérébral, des systèmes immunitaires plus forts, un quotient intellectuel plus élevé, de meilleures performances éducatives et une espérance de vie plus longue. La nutrition adéquate est la clé du développement humain et économique durable.

Entretien réalisé par Gaspard BAYALA

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