Le Premier ministre Dabiré en Suisse: Un discours sur l’état de la nation à la diaspora

Avant l’ouverture de la 108e conférence internationale du travail à laquelle il est convié, le Premier ministre, Christophe Dabiré, s’est entretenu avec ses compatriotes vivant en Suisse, le 9 juin 2019, à Genève.

Le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, a tenté de rassurer les quelque 500 Burkinabè vivant en Suisse et recueillir leurs préoccupations, aussitôt arrivé en Suisse. C’est sous une fine pluie qu’il a foulé le sol de Genève, le 9 juin 2019, pour prendre part à la 108e conférence internationale du travail. Invité par le directeur général du Bureau international du travail, le chef du gouvernement burkinabè a été accueilli à son arrivée dans la capitale helvetique, à l’aéroport par l’ambassadeur du Burkina à Genève, Dieudonné W. Sougouri.
Après un bref passage à l’hôtel Intercontinental, situé au Petit Saconnex, il s’est rendu directement à l’ambassade du Burkina, en compagnie du ministre en charge du travail, Pr Séni Ouédraogo et de celui chargé de l’emploi et de l’entrepreneuriat des jeunes, Salifo Tiemtoré. Là, il a rencontré une représentation des 500 Burkinabè vivant en Suisse.
Débout, micro en main, M. Dabiré s’est adressé à ses compatriotes, venus des principales villes de Suisse, mais aussi de la France voisine. Pour lui, le Burkina vit certes une période difficile, mais reste soudé et débout, contrairement aux représentations diplomatiques qui peignent la carte du pays en rouge, à l’exception de Ouagadougou. «Nous nous sommes réorganisés pour nous adapter à l’ennemi invisible. Les attaques contre les bâtiments des forces de défense et de sécurité ont baissé. Maintenant, il attaque des églises, des mosquées et des temples pour nous opposer. Mais notre peuple est conscient qu’il faut éviter le piège», a-t-il dit. Dans son «message d’espoir», il a rassuré ses compatriotes que la situation sécuritaire s’améliore en dépit des nombreux défis. En plus du renforcement de la coopération avec les pays du G-5 Sahel, l’ensemble des Etats voisins participent à la traque de l’ennemi, de son avis. Il a aussi rappelé la nécessité de poursuivre les efforts de consolidation de la base du développement social et économique. «Parfois, ce sont les effets de la pauvreté qui favorisent ces situations», a-t-il noté avant de demander le soutien de ses compatriotes à son gouvernement.
Au début de son intervention, il a rendu hommage aux soldats tombés pour la patrie. L’hymne national a vibré à l’unisson dans le hall du bâtiment abritant l’ambassade, chose qui a ému le chef du gouvernement, selon ses dires. C’est après qu’il a demandé une discussion interactive avec les «frères, sœurs, amis, enfants et petits-enfants» vivant en Suisse, déclenchant une pluie de questions.

«Il ne manque que Kua»

En effet, divers sujets ont été évoqués comme l’abandon du CFA, l’accaparement supposé du commerce par des expatriés, la fronde sociale et la rupture du dialogue avec les syndicats, l’or, sa destination finale, ses fraudeurs et son apport invisible au développement du pays. De même, la publicité «trompeuse» des sociétés en direction des Burkinabè de l’extérieur, l’aide alimentaire «indigne» de pays étrangers, la question des poursuites judiciaires des acteurs épinglés par l’ASCE-LC ou le REN-LAC, les Koglweogo et l’insécurité actuelle, la politique d’insertion des cadres dans les institutions internationales, etc. ont retenu l’attention des Burkinabè vivant en Suisse. «Il ne manque que Kua», plaisante un participant. Pour ce qui les concerne directement, ils ont alerté le Premier ministre sur certaine lenteur constatée dans les démarches administratives et exprimé des inquiétudes sur leur participation au vote au cas où il y aurait moins de 500 inscrits dans leur zone. Certains ont estimé que le Burkina Faso peut tirer grand profit de sa coopération avec la Suisse pour le développement de son capital humain, l’un des axes stratégiques de la politique du gouvernement du président Roch Marc Christian Kaboré. D’autres ont souhaité des facilités pour mieux investir au pays et ont même bénéficié d’une courte audience après la rencontre.
«La plupart des personnes vivant ici ont envie de retourner au pays. C’est leur préoccupation principale», a insisté le délégué du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger en Suisse, Tahirou Komi. «Quand nos compatriotes cherchent à investir au pays, ils souhaitent le faire sans encombres. Ils aimeraient qu’on leur ouvre les portes», a-t-il résumé.
Décontracté, souvent taquin, M. Dabiré, aidé par les ministres Séni Ouédraogo et Salifo Tiemtoré, a longuement répondu aux questions. Concernant la fronde sociale, il a rappelé son intervention devant l’Assemblée nationale, au cours de laquelle, il a avait donné raison aux syndicats qui ne demandent que l’application d’accords obtenus sous la Transition et bien avant. Il a aussi rappelé que malheureusement, le budget national ne permet pas de satisfaire toutes les revendications qu’il juge légitimes cependant. La tradition de lutte des Burkinabè et les nombreuses libertés démocratiques offertes donnent un écho particulier à la fronde, a-t-il relativisé.
Et concernant les soupçons de fraude d’or, il a indiqué qu’il revient à la justice de se prononcer, en toute indépendance. Le gouvernement ne pourra que lui offrir des moyens à sa demande. De l’avis du ministre Séni Ouédraogo, l’apport de l’or est visible dans les recettes propres et sert au paiement des salaires dont la masse a doublé en quatre ans.
«C’est une tradition qui s’est instaurée lorsque le chef de l’Etat se déplace dans un pays. Il prend l’habitude d’échanger avec les Burkinabè qui sont à l’étranger pour leur donner les nouvelles du pays. J’ai profité de cette occasion pour suivre les pas du chef de l’Etat», a expliqué le Premier ministre Dabiré, à la fin des échanges. Il s’est dit réconforté de savoir que non seulement les Burkinabè de Suisse suivent de près l’actualité de leur pays mais aussi qu’ils sont déterminés à apporter leur contribution au développement économique et social. Il a promis d’aider l’ambassadeur Sougouri afin qu’il puisse répondre en permanence aux sollicitations de ses compatriotes. Un couteau suisse, muni d’une commande et de 21 fonctions, lui a été offert par la communauté burkinabè de Suisse, afin qu’il puisse couper «le pain (qu’il a) sur la planche». Le président du Conseil national du patronat burkinabè, Apollinaire Compaoré, ainsi que le président du Haut conseil du dialogue social, Jean Marc Palm, ont assisté aux échanges.
Avant de prendre congé de ses hôtes, le chef du gouvernement a salué «la sincérité des échanges», jugeant «fructueuse» la rencontre.

Aimé Mouor KAMBIRE
(Depuis Genève)

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