Pour l’ambassadeur de Belgique au Burkina, la coopération entre les deux pays se porte bien.

L’ambassadeur de Belgique au Burkina, Lieven De La Marche, à l’occasion des vingt ans de l’installation de la représentation diplomatique à Ouagadougou, s’est ouvert à Sidwaya, le vendredi 31 mai 2019. L’entretien a porté, entre autres, sur la coopération belgo-burkinabè, les perspectives, et la situation sécuritaire au Burkina.

Sidwaya (S) : Comment se porte la coopération belgo-burkinabè ?

Lieven De La Marche (L.D.M.) : La coopération belgo-burkinabè se porte bien et elle se dynamise davantage. Les relations entre nos deux pays datent de très longtemps. Depuis 1962, il y a une ambassade burkinabè à Bruxelles. Celle de la Belgique au Burkina a été ouverte en 1999. Nous fêtons donc cette année les 20 ans de l’ambassade belge au Burkina. La coopération officielle, quant à elle, date de 1993, avec la tenue de la première session du comité mixte de coopération.

C’est à partir de ce moment, que la coopération entre les deux gouvernements a véritablement pris forme. Avant cela, il y avait déjà des projets dans le domaine de la coopération universitaire, ou encore des actions dans le domaine humanitaire avec des ONG. Il y a par exemple eu des projets emblématiques au niveau de l’université de Ouagadougou avec les facultés de Pharmacie et de Droit. Mon premier contact avec le Burkina remonte à 1985 quand je travaillais, ensemble avec mon épouse, en tant qu’expert pour un projet d’une ONG belge basée à Koudougou.

C’est dire que le Burkina a, depuis longtemps, entretenu des liens étroits avec mon pays. Le pays des Hommes intègres était sur la première liste des Etats partenaires de la coopération belge dans les années 2000, avant d’en sortir en 2003 à la suite d’une révision motivée par de nouvelles options de coopération. Mais on a continué à exécuter les projets communs arrêtés auparavant par la commission mixte de coopération jusqu’en 2008. Fort heureusement, le Burkina a réintégré cette liste de pays partenaires de la Belgique en 2015.

Et c’est à la suite de cela que nous avons signé, en 2016, un programme de redémarrage de notre coopération officielle et un nouveau programme quinquennal en fin 2018. Ce nouveau programme sera exécuté dans la région du Centre-Est.

Bien entendu, en plus de ce redémarrage de la coopération gouvernementale, il y a encore de nombreuses autres interventions mises en œuvre par des acteurs non-gouvernementaux, tels que les ONG belges, les universités, les syndicats et leurs partenaires locaux. La Belgique octroie aussi des prêts concessionnels au gouvernement burkinabè. Depuis plus de 20 ans, il y a aussi une coopération au niveau régional avec Wallonie Bruxelles Internationale (WBI).

Tous les programmes en cours représentent environ 120 millions d’euros (Ndlr : près de 80 milliards F CFA) pour les cinq ans à venir et touchent différents secteurs et domaines : l’eau, la santé, l’éducation, l’agriculture et le développement rural, la sécurité, l’entreprenariat, la culture, le genre et l’autonomisation des femmes, etc.

S. : Quels sont les acquis enregistrés depuis votre arrivée ?

L. D. M. : Les acquis se situent dans la continuation de ce qu’ont fait mes prédécesseurs et sont avant tout le produit d’un travail d’équipe avec tous les acteurs et partenaires impliqués. Depuis mon arrivée en fin avril 2016, nous avons surtout accompagné et facilité le redémarrage de la coopération officielle.

Notre agence de développement, Enabel (ex-CTB), s’est réinstallée dans le pays. Elle s’emploie à exécuter ses projets. Dans le même temps, la coopération à travers les acteurs non-gouvernementaux a été renforcée et approfondie avec l’approbation, en 2017, de 18 programmes de coopération en faveur du Burkina.

Ceci inclut les activités d’ONG belges, la coopération universitaire, la coopération décentralisée ou encore la coopération dans le domaine culturel. A côté de cela, d’autres aspects de notre relation bilatérale ont été renforcés. Il y a eu une mission économique en 2017, la première depuis des années, et le début d’une coopération militaire.

S. : Qu’en est-il de l’aide financière que votre pays accorde au Burkina?

L. D. M. : La Belgique ne fait pas de l’appui budgétaire. Nous l’avons fait dans certains pays de par le passé, mais pas au Burkina Faso. Pour la plupart de nos interventions, nous passons par des acteurs belges comme notre agence d’exécution Enabel, les ONG, les universités et autres entités pour exécuter les projets et programmes, en partenariat avec les administrations et acteurs locaux.

Par contre, nous avons déjà signé plusieurs prêts d’Etat à Etat, dont deux récemment. Le premier prêt à presque 4 millions d’euros, signé en 2016, porte sur la construction d’un système d’adduction d’eau potable au profit des populations déplacées du fait des travaux de construction de l’aéroport de Donsin. Le deuxième prêt, pour un montant de 8 millions d’euros, signé en 2018, a trait également à la réalisation de 28 systèmes d’adduction d’eau potable, dans la région du Centre-Est.

Ce sont des prêts consentis à des conditions concessionnelles, à long terme (30 ans) avec une période de grâce de dix ans. Le Burkina est très intéressé par de tels prêts, car ils l’aident à élargir les possibilités de financement des projets d’investissement.

S. : Combien votre pays a-t-il injecté au Burkina ces 20 dernières années ?

L. D. M. : De 1999 à 2018, la coopération belge a investi 250 millions d’euros, soit 164 milliards de francs CFA. Mais au-delà de ces sommes, c’est la qualité de notre collaboration, les résultats atteints et la durabilité de nos programmes qu’il faut regarder.

S. : Que peut-on retenir spécifiquement du volet culturel de la coopération ?

L. D. M. : Il y a deux types d’intervention en matière de coopération culturelle, liée à la configuration institutionnelle de la Belgique, notamment un niveau fédéral et régional, avec les régions et les communautés francophones, néerlandophones et germanophones. Le Burkina Faso est parmi les onze pays prioritaires de la politique de coopération avec la Wallonie-Bruxelles depuis plus de 20 ans.

Le nouveau programme se focalise sur l’appui à la reconnaissance, la promotion et la gouvernance des sites patrimoniaux, l’appui au Centre régional pour les Arts vivants en Afrique, l’appui aux filières de gestion culturelle et une contribution au Fonds de développement culturel. Des échanges se font aussi autour des grandes manifestations culturelles comme le FESPACO, les Récréatrales et Jazz à Ouaga.

La valorisation du patrimoine de la cour royale de Tiébélé est un exemple concret de cet appui. Au niveau fédéral, nous finançons Africalia, qui s’intéresse au développement des industries culturelles et au renforcement des capacités au Burkina. Elle a des relations de partenariat avec le cinéma numérique ambulant, la Fédération du Cartel initiateur des Recréatrales-, l’Institut supérieur de l’Image et du Son (ISIS) et la Maison de la parole. Parallèlement, il existe des relations privées entre des artistes ou des festivals burkinabè et belge.

S. : Quelles sont les perspectives de coopération à moyen terme ?

L. D. M. : Nous avons posé les jalons d’une coopération intensive avec la signature des conventions et le début de mise en œuvre des différents programmes. Nous avons des actions de coopération qui courent jusqu’en 2023 et tous les éléments sont réunis pour que cette coopération se renforce les années à venir.

Le seul bémol, c’est la situation sécuritaire actuelle du Burkina, qui fait qu’il est parfois difficile de mener des activités dans certaines zones. Dans certains cas, nous allons devoir adapter nos modes d’intervention. Mais nous espérons que le gouvernement réussira à stabiliser la situation dans les zones touchées.

S. : Comment appréciez-vous la gouvernance et la démocratie au Burkina ?

L. D. M. : Le Burkina a traversé une période intense, notamment avec l’insurrection de 2014 et la Transition mouvementée qui s’en est suivi en 2015. La démocratie s’est réinstallée à partir de 2016, avec l’organisation des élections. En général, la gouvernance au Burkina est très appréciable. Cela se voit aussi dans les différents indicateurs de gouvernance qui existent au niveau international. Toutefois, il reste des points à améliorer et c’est aux gouvernants d’y travailler. La Belgique est prête à accompagner le pays dans ce sens.

Lieven De La Marche à propos de l’insécurité : «Nous espérons que le gouvernement réussira à stabiliser la situation dans les zones touchées».

S. : Vous célébrez les 20 ans de la présence de l’ambassade de Belgique au Burkina cette année. Qu’est-ce qui est prévu ?

L. D. M. : L’ambassade de Belgique au Burkina s ‘est installé en 1999, après son déménagement de Niamey. Cela fait 20 ans et nous allons célébrer cet anniversaire à travers un certain nombre d’activités. Nous allons commencer avec une soirée en hommage à la communauté belge vivant au Burkina, le 15 juin 2019. Cette communauté n’est pas très grande on dénombre à peu près 300 Belges en terre burkinabè mais elle est assez dynamique.

Après suivra une semaine axée sur la coopération au développement avec une rencontre avec les Burkinabè qui ont étudié en Belgique, une foire des acteurs de la coopération et le lancement de notre nouveau programme bilatéral à Tenkodogo. La célébration continuera après l’été et culminera avec un cocktail à l’occasion de la fête du roi des Belges, le 15 novembre prochain.

S. : Ces festivités coïncident donc avec le lancement du programme bilatéral d’Enabel à Tenkodogo. De quoi s’agit-il ?

L. D. M. : Le lancement de ce programme, préparé pendant trois ans, aura effectivement lieu le 21 juin prochain à Tenkodogo dans le Centre-Est. La préparation de ce programme a été entamée depuis 2016. Cela a pris du temps, parce qu’il fallait d’abord identifier la zone et les axes d’intervention et puis formuler et approuver le programme. Il comprend plusieurs volets. La composante centrale vise l’appui au secteur privé local et l’entreprenariat, aux chaînes de valeur, et à l’amélioration du climat des affaires.

A côté de cela, un volet prend en compte nos actions en faveur des droits sexuels et de reproduction des femmes et des adolescents, déjà entamées sous le programme de redémarrage avec l’UNFPA, avec l’appui des ministères de la Santé et celui de la Femme. Il y aura aussi un volet police de proximité, donc sécuritaire et également un programme transversal de renforcement des capacités.

Ce programme concerne la région du Centre-Est, et plus particulièrement l’axe Tenkodogo-Koupèla, des villes secondaires importantes pour le tissu économique local. Il s’étale sur cinq ans, avec une enveloppe financière de 45 millions d’euros.

S. : La question sécuritaire est préoccupante au Burkina, avec les attaques terroristes à répétition. Quel genre d’appui le pays peut-il attendre de la Belgique ?

L. D. M. : Sur le plan sécuritaire, nos appuis utilisent différents canaux. Le plus important, c’est le canal européen. La Belgique fait partie de l’Union européenne, à travers laquelle il y a un appui massif au Burkina et au G5 Sahel. Spécifiquement, nous apportons notre expertise à travers le projet européen dénommé, Projet d’appui au renforcement de sécurité intérieure du Burkina Faso (PARSIB), qui vise des appuis en équipements, formation et expertise pour renforcer la réponse à des attentats terroristes et la gestion des crises en milieu urbain.

Cela a par exemple permis d’améliorer la réactivité des forces de sécurité face aux dernières attaques terroristes à Ouagadougou. Dans notre programme bilatéral, le volet police de proximité évoqué tantôt est également à prendre en compte. Sans oublier une coopération militaire qui se décline en des possibilités de formations en Belgique pour les officiers burkinabè et un projet de rénovation du centre de formation para commando à Pô, qui va bientôt commencer.

S. : Votre pays est membre du Conseil de sécurité de l’ONU. Le G5 Sahel peut-il compter sur le soutien de votre pays pour plaider sa cause à l’international ?

L. D. M. : Je crois que oui. La Belgique est depuis le début de l’année présente au Conseil de sécurité des Nations unies, pour un mandat de deux ans. Pour notre pays, le Sahel est une zone prioritaire en matière de politique étrangère et de lutte contre le terrorisme et l’insécurité. Nous suivons au sein du Conseil de sécurité avec intérêt l’évolution du G5 Sahel et la situation dans la région.

Nous sommes déjà très présents au Mali à travers les programmes de formation aux forces de sécurité de l’Union européenne à la MINUSMA, et nous sommes aussi aux côtés du G5 Sahel. Nos positions au sein du Conseil de sécurité concernant le G5 sont souvent assez proches de celle des pays du Sahel. Notre présence dans cette instance est placée sous le thème : «Bâtir le consensus, agir pour la paix». Un thème qui s’applique à la situation au Sahel.

S. : Le gouvernement belge déconseille-t-il la destination Burkina à ses ressortissants, au regard du contexte sécuritaire fragile ?

L. D. M. : Comme beaucoup de représentations diplomatiques, nous émettons un avis de voyage pour nos ressortissants désirant visiter le Burkina Faso. Au vu de la situation sécuritaire, certaines zones et provinces sont déconseillées. Par exemple, nous n’encourageons pas nos ressortissants à aller dans les zones de l’Est et du Nord, et dans les provinces sous état d’urgence.

C’est le signal que le gouvernement burkinabè a lui-même donné. Nous n’avons pas de carte colorée, mais nous donnons des indications assez précises sur les endroits à éviter. Cela peut évidemment changer en fonction de l’évolution de la situation.

S. : Qu’en est-il des relations commerciales entre les deux pays ?

L. D. M. : Le Burkina occupe une place peu importante dans les relations commerciales avec la Belgique. En termes d’importation de la Belgique, il occupe la 100e place et, s’agissant de l’exportation vers notre pays, le Burkina se positionne à la 140e place. Cela ne doit toutefois pas occulter les opportunités offertes par le Burkina. En 2017, comme précisé tantôt, il y a eu une mission économique qui a été organisée par la région bruxelloise.

Les entreprises belges présentes se sont montrées très intéressées pour faire du commerce avec le Burkina. Depuis, nous voyons un intérêt du secteur privé belge en croissance. Il y a aussi Bruxelles Airlines qui vient d’ouvrir son quatrième vol par semaine sur Ouagadougou. Ce qui participe à la dynamisation des échanges commerciaux.

S. : Quels sont les produits burkinabè qui intéressent les Belges ?

L. D. M. : Ce sont surtout les fruits et légumes : le haricot vert, la mangue, etc. A un certain moment, le Burkina exportait aussi de l’or vers la Belgique, mais ce n’est plus le cas. Notre pays regorge de ports et une logistique assez importante qui approvisionne toute l’Europe de l’Ouest. Le Burkina peut en profiter en termes d’échanges commerciaux.

Interview réalisée par Kader Patrick KARANTAO

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