C’est la saison des grèves au Faso et c’est à chacun sa plateforme revendicative. Tant pis pour celui qui restera en marge de la battue. Il se contentera de ramasser un hérisson à la place du gibier. De toute façon, seule la lutte paie et «Ceux qui luttent sont ceux qui vivent», disait Victor Hugo. Tant pis si la nation ne vit plus. Tant pis si la grève a remplacé le travail. Tant qu’on peut donner à Pierre, on peut aussi faire quelque chose pour Paul. Mais quand on déshabille Pierre pour habiller Paul, il faut reconnaître qu’il y a une légitime question de décence à défendre. Mais ne dit-on pas aussi que quand le vin est tiré, il faut le boire ? En tout cas, depuis un certain temps, nous la buvons sans atteindre la lie, mais le fond n’est pas loin. Allons seulement, nous finirons par toucher ce fond à bout de fond. Et nous remonterons à la surface ou nous resterons sous la houle. Dans un débat national où tout le monde a raison et où tout le monde a tort, il ne reste plus qu’à partager les torts sans se faire des remords. Dans un contexte social de plus en plus pourrissant, à quoi sert de sentir bon quand tout le monde sent mauvais ? Dans un contexte de rapport de force permanent, quel arbitre est qualifié pour siffler la fin de la partie s’il n’a pas de sifflet ? Mais entre nous, combien coûte un sifflet ? Peut-on vraiment aimer les enfants de la même cuvée en choyant le capricieux «galopin» avec du pain et en leurrant le reste de la fratrie avec des placébos enrobés aux couleurs de la patrie ? Parfois, ça marche quand le patriotisme est un truisme et quand le civisme n’est pas un néologisme vu à travers le prisme de l’égoïsme. C’est regrettable de voir que le compromis est une déconvenue convenue sur fond de compromission bien entretenue. C’est même risible de voir que l’on récolte ce qu’on a semé. Très souvent, il n’y a pas de dernier jugement, point d’ultime prière quand la messe est déjà dite. Mais à qui la faute? Jusqu’où irons-nous? Ça passe ou ça casse; ça passe et ça casse; comment surpasser l’impasse à l’ombre du signe indien ? Comment sortir du cercle vicieux quand il y a vice de forme; quand le vice devient une vertu, à quoi cela sert-il d’être digne? Quand le patriote c’est celui qui s’accapare la cagnotte sans la moindre jugeote, à qui faut-il tendre les menottes? Qui doit rendre gorge? Quand on lève le lièvre sans le poursuivre, à quoi sert d’aller à la chasse? Nul ne peut jeter la pierre à l’autre s’il porte une plaque d’accusé-coupable au cou. Personne n’a le monopole de la vérité si sa vérité n’a pas d’autorité. Vanité !… Rien ne sert de se lapider quand on peut s’autoflageller. Le courage de se remettre en cause est une vertu absolue. En attendant que le «Titanic» coule, chacun se bat pour avoir son gilet de sauvetage, mais peut-on vraiment se sauver quand l’abîme n’est pas un refuge ? En attendant l’hypothétique reprise des travaux de la «tour de Babel», l’écho de la cacophonie fait vibrer les murs. Les ouvriers travaillent sans s’écouter, sans se comprendre. Dans la tête de chacun, il y a une tour qui monte au ciel ; mais Rome ne s’est pas bâti en un seul jour. Sur le chantier des «primates» ça travaille : les uns construisent pendant que les autres détruisent. C’est la pagaille, mais puisque personne ne parle le même langage, on s’entend sans s’écouter. On navigue à vue avec des œillères, en prenant le sommet de l’iceberg pour des flocons de neiges. Quand l’affirmation des égos finit par rendre les hommes inégaux, il ne reste qu’à avancer tout de go vers le précipice commun. Dans un panier de crabes, il n’y a qu’un branle-bas-de combat vain et suicidaire. Parce que nul ne saurait être heureux dans un monde de malheureux. Si la justice avait un peu de justesse, elle saurait qu’il ne suffit pas de dire le droit pour être adroit. L’équité n’est pas que le contraire de l’iniquité, elle en est même l’antidote. Le respect est l’arme du grand humble qui s’abaisse pour bien prendre. Le vrai dialogue, ce n’est pas de s’asseoir à la même table; c’est de tout mettre sur la table; c’est de parler le langage qui engage malgré les frictions qui se dégagent. Dommage que nous nous battons, nous contre nous, pour le bien de la nation, sous la pluie, sans parapluie. Attention, les éclairs éblouissent, le tonnerre gronde, la foudre menace. Vite, une arche, un homme intègre à la mer !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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