Mauritanie : éviter les germes de la division !

Les résultats de l’élection présidentielle en Mauritanie, annoncés, le dimanche 23 juin dernier par la CENI et donnant vainqueur le candidat du pouvoir, Mohamed Ould Ghazouani avec 52,01% des suffrages, ont été aussitôt contestés par l’opposition. Les quatre opposants en lice pour le scrutin ont rejeté les résultats provisoires estimant «inévitable» la tenue d’un second tour, le 6 juillet, entre l’un d’entre eux et M. Ghazouani. Pour se faire entendre, ils ont annoncé leur intention de contester ce «verdict monté de toutes pièces» par tous les moyens légaux et de manifester pacifiquement pour obtenir satisfaction. La date du lundi 24 juin 2019 avait même été désignée pour la journée de protestation, avant d’être repoussée au jeudi 27 juin prochain pour deux raisons. La première raison évoquée est le match des Mourabitounes pour leur première sélection à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui devait mobiliser la jeunesse.

La seconde raison, aussi capitale que la première, est la non préparation de la marche. En se donnant quelques jours pour mobiliser au niveau national, une option qui semble être politiquement correcte, l’opposition espère ainsi pouvoir manifester légalement. Si Nouakchott, la capitale mauritanienne, était dans le calme dans la matinée du lundi, la soirée a été plutôt mouvementée. La police a effectué une descente musclée aux quartiers généraux des deux candidats d’opposition à l’élection présidentielle, qui contestent la victoire du candidat du pouvoir. Il s’agit de l’anti-esclavagiste, Biram Ould Dah Ould Abeid, arrivé 2e avec 18,58% des voix et le journaliste, Baba Hamidou Kane, qui a obtenu 8,71% des suffrages. Selon ce dernier, la police a chargé gratuitement les militants de son parti regroupés à l’intérieur et en face de leur siège, occasionnant des dégâts matériels et des blessés. Le siège du parti de Biram dah Abeid, n’a pas aussi été épargné par les bidasses. Les deux formations dénoncent des arrestations massives injustes et injustifiées de leurs militants et de nombreux blessés. Sur le plan sécuritaire, elles regrettent une interdiction de manifester contraire à la règlementation en vigueur.

Une position contestée par le camp adverse qui soutient que les quatre candidats de l’opposition se sont réunis lundi vers 14h30 au QG de Biram dah Abeid. A l’occasion, ils se sont entretenus pendant près de deux heures pour, au final, décider de reporter la marche de protestation. Convaincu qu’il s’agit plutôt d’une volonté de taire à tout prix toute contestation, les deux autres candidats malheureux de l’opposition, Mohamed Ould Maouloud et Sidi Mohamed ould Boubacar, ont apporté leur soutien à Biram et à Kane. Les violences du lundi dernier viennent encore durcir les positions et mettre à nu la sempiternelle problématique des élections en Afrique. Celle de scrutins émaillés de fraudes, de corruption, de trafic d’influence sur les électeurs du fait de leur ignorance. Certaines formules politiques du genre «on n’organise pas une élection pour la perdre» ou encore «tel groupe ethnique ou caste n’a pas droit aux privilèges du pouvoir» sont régulièrement utilisées. Et pourtant elles contribuent à semer les germes de la division et de l’autoritarisme que tout pays africain, à l’instar de la Mauritanie qui se trouve actuellement dans une zone de turbulence se doit d’éviter. Au risque de mettre en péril la cohésion nationale et la marche du pays vers un avenir radieux.

Abdoulaye BALBONE

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