Le Burkina, terre des OGM !

La recherche dans la lutte contre le paludisme connaît des avancées sensibles, à travers le monde. Indispensables à toute «trouvaille» digne de ce nom, les essais qui entrent dans ce cadre, permettent de recueillir d’importantes données en vue de faire avancer la recherche. C’est ainsi que malgré les critiques et inquiétudes d’Organisations non gouvernementales (ONG) et de certains Burkinabè, l’Institut de recherche en sciences de la santé du Burkina Faso (IRSS) a libéré des moustiques mâles génétiquement modifiés (OGM) dans la ville de Bana, dans le Sud-Ouest du pays, le 1er juillet 2019. Cette libération de «moustiques génétiquement modifiés mâles stériles auto-limitatifs», une première du genre en Afrique, fait partie d’un projet financé par l’initiative Target Malaria, un consortium de recherche dirigé par l’Imperial College de Londres.

Pas d’inquiétude selon l’Institut, ce lâcher à petite échelle est conforme aux exigences éthiques et réglementaires et a rencontré, non seulement l’assentiment des populations des zones concernées, et l’approbation de l’Agence nationale de biosécurité du Burkina Faso. Il est connu de tous qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs, mais l’espèce humaine est tellement fragile et précieuse qu’elle ne saurait faire l’objet de tests à tout va. L’inquiétude des Burkinabè quant aux conséquences néfastes de ce lâcher sur l’homme et l’environnement est d’autant plus fondée que de façon générale, les effets de ces essais ne sont perceptibles que plusieurs années plus tard, avec probablement à la clé, des maladies incurables et des déformations congénitales. L’un de ces malheureux exemples est celui de la Polynésie française qui a fêté le 2 juillet 2019, le douloureux 53e anniversaire du 1er essai nucléaire de la Métropole sur son territoire. En effet, pendant 30 ans, de 1966 à 1996, la France a testé ses bombes nucléaires en Polynésie.

53 ans après donc, alors que ce territoire ultramarin paye encore les conséquences sanitaires, sociales et environnementales des essais, la lutte des victimes pour faire reconnaître le rôle préjudiciable de la métropole et obtenir justice se heurte encore au secret-défense.
Pour le cas du Burkina Faso et au-delà de la libération des moustiques, le Dr Abdoulaye Diabaté, chercheur entomologiste, dans les colonnes de Sidwaya du mardi 2 juillet 2019, levait un coin de voile sur les résultats des études d’une équipe de scientifiques de l’Institut de recherches en science de la santé(IRS) sur les capacités d’un champignon transgénique (modifié avec la toxine d’une araignée) dans la lutte contre le paludisme. Bien avant, le Burkina Faso a toujours flirté avec les OGM.

A titre illustratif, le pays a enregistré l’un des plus gros ratés dans l’expérimentation et l’utilisation à grande échelle des OGM avec les semences de Coton Bt de la firme américaine Mosanto. Présenté comme une solution miracle face aux invasions de chenilles des années 1990 qui menaçaient la production, le coton Bt a eu ses heures de gloire au point de faire du pays des Hommes intègres vers 2010, le 1er producteur africain de coton. La suite, on la connaît avec la tempête que son utilisation a entraînée chez les producteurs qui affirmaient qu’il n’était pas rentable et que la fibre du coton devenait de plus en plus courte.

Les chercheurs ont beau expliqué que le fruit de leurs travaux sont la résultante d’un processus scientifique rigoureux, mais plusieurs autres acteurs leur opposent le fait qu’avec les manipulations génétiques, des «sciences incertaines», «la modification du génome d’une espèce vivante peut entraîner un changement de comportement de cette espèce». Il convient donc que le gouvernement analyse les tenants et les aboutissants de ces recherches qui, si elles sont concluantes, seront une avancée significative dans la lutte contre le paludisme. Cela s’impose au risque de faire des Burkinabè, des cobayes humains.

Jean-Marie TOE

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