Procès du putsch : «Omer Bationo n’a commis aucun fait», Me Kanyili

A l’audience du procès du putsch manqué du mercredi 3 juillet 2019 au tribunal militaire, des avocats de la défense ont plaidé pour l’acquittement total pour leurs clients.

Les plaidoiries des avocats de la défense, entamée depuis le 27 juin 2019, se suivent et se ressemblent. Le 3 juillet 2019, les avocats Flore Toé, Maria Kanyili, Jacques Soré et Pascal Ouédraogo ont tour à tour plaidé pour l’acquittement de leurs clients ou à défaut, la clémence du tribunal avec des sanctions assorties de sursis. A l’ouverture de l’audience, c’est Me Toé qui a pris la parole, pour défendre l’accusé Nobila Sawadogo, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires et contre qui, le parquet militaire a requis quinze mois de prison avec sursis. Une peine que l’avocate trouve lourde pour son client. Selon elle, le prévenu n’a posé aucun acte répréhensible qui nécessite cette sanction, parce qu’il a seulement été dans le cortège du général Diendéré au moment des faits. Et de poursuivre qu’en agissant ainsi, l’accusé ne faisait qu’obéir aux ordres de son supérieur hiérarchique, la discipline étant la règle cardinale dans l’armée.

«Il n’a ni assisté aux différentes réunions, ni fait de patrouilles, encore moins de missions de maintien d’ordre. D’ailleurs, les témoignages des accusés Moussa Nébié et Sami Da l’ont confirmé» a-t-elle démontré. A entendre Me Toé, le parquet a fait fi de ces témoignages à décharge dans ses réquisitions. «C’est pourquoi, je prie votre tribunal de tenir compte de ces faits au moment des délibérations et d’accorder l’acquittement total à mon client», a-t-elle souhaité. Me Maria Kanyili, quant à elle, assure la défense du colonel Omer Bationo et du soldat de 1re classe, Samuel Coulibaly. Certes, le ministère public a requis l’acquittement du premier prévenu, mais l’avocate a encore plaidé son acquittement total. «Omer Bationo n’a commis aucun fait personnel de nature à soutenir le coup d’Etat. Mieux, le général Diendéré a affirmé lors de sa déposition à la barre que le colonel n’a jamais participé à quoique ce soit», a-t-elle déclaré.

Du saccage de la radio de Zorgho

Pour ce qui est de l’accusé Samuel Coulibaly, il est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires et complicité de dégradation aggravée de biens. De l’avis de Me Kanyili, son «protégé» a seulement conduit le sergent Ali Sanou à Zorgho sous l’ordre de son chef de poste, Lamoussa Badoun. «Arrivé sur les lieux, mon client n’est jamais descendu du véhicule. Ce qui signifie qu’il n’a posé aucun acte personnel qui pourrait justifier les faits à lui reprochés. En plus, il n’a jamais participé aux différentes réunions, ni aux patrouilles encore moins aux missions de maintien d’ordre. Alors pourquoi le parquet a requis 25 ans de prison ferme contre lui?», s’est-elle interrogée. Le parquet n’ayant pu apporter aucune preuve de l’implication de son client dans le saccage de la radio de Zorgho, Me Kanyili a demandé au tribunal de ne pas faire planer le fardeau des coupables sur le dos des innocents.

L’élément matériel de complicité «n’étant pas prouvé» et l’accusé «n’ayant pas fait usage de son arme» au moment des faits, Me Kanyili a souhaité l’acquittement du soldat ou subsidiairement le sursis.

A la suite de cette plaidoirie, c’était au tour de Me Jacques Soré, avocat du sergent Issa Yago, de présenter sa défense. Contre l’accusé, le ministère public a requis 15 mois de prison assortis de sursis. Mais pour l’avocat, cette peine est lourde à supporter pour son client, parce qu’il n’a, à aucun moment, assisté aux réunions, participé aux patrouilles et l’expertise téléphonique n’a relevé aucune communication entre lui et d’autres accusés. «Sa mission a été d’assurer la protection du président Yayi Boni. Après cela, le sergent est rentré chez lui», a expliqué l’auxiliaire de justice. Et de poursuivre que l’accusé est un homme exemplaire, qui demande la clémence du tribunal. L’acquitter serait la meilleure décision, au cas échéant, réduire la peine de sursis proposé. Même son de cloche chez l’avocat Pascal Ouédraogo, défenseur du caporal Pascal Moukoro et du sergent Salif Coulidiaty. Pour lui, le caporal a été impliqué dans ce coup d’Etat, parce qu’il était au mauvais endroit, au mauvais moment.

«Permettre à l’accusé de s’amender»

Le second client, d’après l’avocat, n’a posé aucun acte, il a été inculpé à la suite des déclarations, rectifiées plus tard, de Hamadou Ly, mais le parquet n’a pas tenu compte de cela. «Pour ces deux accusés, le doute est évident et les acquitter au bénéfice du doute serait la décision à prendre», a-t-il indiqué.

Dans la soirée, Me Arnaud Sampébré a demandé au tribunal de mettre hors de cause son client, Paul Sawadogo, parce que l’arrêt de mise en accusation n’a retenu aucun fait contre lui. A l’entendre, c’est par inadvertance que celui-ci s’est retrouvé sur la liste des accusés. Quant à Dieudonné Willy et Me Timothée Zongo, ils veulent voir leur client, le magistrat militaire Abdoul Karim Traoré, libre ou à défaut condamné avec sursis. Car, selon leurs dires, il n’y a aucun élément qui prouve que l’accusé est le rédacteur des communiqués du CND. Me Zongo a indiqué que le parquet s’acharne sur leur client qui était à la recherche d’informations pour écrire son ouvrage.

«En tant qu’expert en médiation, je ne pouvais pas rester indifférent à cette crise dans mon pays», a mentionné le colonel Traoré. Le conseil du lieutenant Abdoul Kadri Dianda, Me Bali Bazémo, a aussi requis l’acquittement pour son client. Aux dires de l’avocat, l’accusé n’a fait que conduire une équipe à l’aéroport et observer le quartier consigné, sur les ordres de ses supérieurs. Pour cela, il a souhaité qu’il soit simplement relaxé. Me Paul Kéré, lui, a défendu le soldat Abdou Compaoré.

Il a plaidé pour l’acquittement du mécano du RSP dont le rôle n’est pas d’être dans les unités de combat. «La vertu pédagogique du procès pénal c’est de permettre à l’accusé de s’amender et de revenir à de meilleurs sentiments», a affirmé l’avocat. Me Idrissa Badini défend trois accusés dont le soldat Amadou Ly. Pour avoir été appelé par ses supérieurs pour renforcer un poste de garde à la présidence, l’avocat a estimé que son client ne mérite pas 15 ans de prison ferme comme l’a requis le parquet mais la relaxe pure. L’audience reprend le vendredi 5 juillet.

Fleur BIRBA
Mady KABRE

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