Procès du putsch : le Pape, appelé à la rescousse des accusés

Les avocats de la défense, Me Babou Bama, Alexandre Daboné, Stéphane Ouédraogo et Régis Bonkoungou ont plaidé la cause de leurs clients respectifs devant le tribunal militaire, le lundi 8 juillet 2019. Chacun a sollicité l’acquittement des accusés qu’il défend.

Les caporaux Massa Saboué et Saïdou Lankoandé, le sergent-chef Médard Boué et le lieutenant Relwendé Compaoré n’attendent plus que le verdict du tribunal militaire pour connaître leurs sorts respectifs. Leur avocat commun, Me Babou Bama, a fini de dérouler les derniers arguments de sa défense lors de sa plaidoirie finale, le lundi 8 juillet 2019. L’avocat a d’abord rappelé les faits impliquant chacun de ses clients et qui leur valent d’être inculpés dans ce procès. A l’écouter, rien d’alarmant ne peut être imputé aux accusés qu’il défend. Ainsi, le caporal Saboué n’a fait qu’accomplir la mission à laquelle il a été astreint depuis 2008 : conduire Gilbert Diendéré.

En rappel, celui-ci est taxé d’être un fidèle du général pour l’avoir accompagné jusqu’au dernier moment du putsch quand il s’est rendu à la nonciature. Il lui est reproché également d’avoir été en interaction avec dame Diawara pour organiser un plan aux fins d’attaquer la gendarmerie pour libérer le général Djibrill Bassolé. «Donc le parquet reproche au caporal d’être un fidèle du général !», s’est étonné Me Bama. L’avocat s’est demandé ce qu’il serait advenu si l’accusé avait abandonné le général.

«Des officiers supérieurs composent votre tribunal, ils ont des conducteurs qui apprendront sûrement des choses en fonction du jugement réservé au caporal pour avoir conduit le général», a déclaré Me Babou Bama aux juges militaires. Pour lui, conduire le général n’a rien d’un ordre illégal. Tout comme les autres actes exécutés par ses clients. En ce qui le concerne, ce sont des ordres manifestement légaux de leurs supérieurs hiérarchiques que ses clients ont exécutés, étant entendu que les missions entraient dans le cadre du travail normal de militaire. «Quand on n’a pas d’élément, il faut le reconnaître et dire qu’il n’y a rien contre l’accusé», a renchéri l’avocat.

De façon générale, il a soutenu qu’il n’y a pas de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat contre ses quatre «alevins». Par conséquent, il a plaidé principalement pour leur relaxe. Appelés à la barre, les accusés en cause ont tous demandé pardon et souhaité la clémence du tribunal. Le caporal Saïdou Lankoandé, auteur des coups de cordelettes sur des manifestants, a même promis de ne plus jamais porter de coups sur ses enfants à la maison. «Après 16 mois à la MACA, la correction est effective, je ne vais plus recommencer», a promis le caporal, tandis que son coaccusé, le lieutenant Relwendé Compaoré, bien que reconnaissant que le parquet n’a pas eu la main trop lourde à son égard (15 mois avec sursis) a demandé que le tribunal le relaxe. Me Alexandre Daboné a embouché la même trompette pour le compte des accusés, le soldat de 2e classe, Sidiki Ouattara et le sergent Jean-Martial Ouédraogo. Le tribunal face à l’histoire Faire la ronde en ville et effectuer des patrouilles n’ont rien d’exceptionnel pour un militaire, selon lui. Des missions que ses clients ont bien exécutées, a insisté le conseil.

La preuve en est que la vidéo enregistrée au carrefour de la télévision BF1 montre que Sidiki Ouattara est en train de faire seulement la ronde sur sa moto. Il n’a commis aucun acte qui puisse blesser ou causer la mort de quelqu’un», a soutenu Me Daboné. L’avocat a relevé que ses clients n’ont commis aucun acte matériel de complicité qui puisse justifier une quelconque condamnation. En sus, a-t-il relevé, le parquet n’a aucunément pu démontrer une quelconque intention de participer à un attentat à la sûreté de l’Etat. Des arguments suffisants pour les disculper. Me Alexandre Daboné a surtout insisté sur le rôle historique du tribunal dans cette procédure. Il a espéré que les juges rendront une décision historique. «Ne cherchez pas à satisfaire les attentes d’une partie de la population et de certaines officines d’activistes pour qui les accusés sont présumés coupables», a-t-il dit aux juges avant de finir sur une note religieuse. Me Daboné a, en effet, insisté sur l’intention du mois de juillet du Pape François qui est de prier pour les magistrats et avocats afin que leur travail soit guidé par l’intégrité et la recherche de la vérité. Après leur conseil, les deux mis en cause ont demandé pardon à tous et imploré la clémence du tribunal.

Pour sa part, le prévenu lieutenant Daouda Koné a compté sur la sagesse des juges pour être acquitté. Aux dires de son avocat, Me Stéphane Ouédraogo, il est simplement allé à l’appel de son supérieur, à une réunion des officiers dans le bureau du chef de corps de l’ex-RSP. «Chargé de l’alimentation des hommes en son temps, il est sorti avant la fin de la réunion présidée par le général Diendéré. Il n’y a pas pris la parole. Sa présence à la rencontre ne constitue pas une infraction, de même que la sécurisation du parcours des médiateurs et le maintien des hommes au camp», a soutenu Me Ouédraogo. Et d’ajouter que personne n’a été tuée ni blessée pendant l’exécution des ordres reçus par son «protégé». Du reste, a poursuivi l’avocat, celui-ci ne peut être accusé de complice d’attentat à la sûreté de l’Etat sans acte matériel de complicité. Pour éviter que la responsabilité pénale du lieutenant Koné ne soit engagée sur des «constructions intellectuelles» du parquet, l’avocat a demandé qu’après trois ans de procédure, il y ait un retour à la raison, indépendamment des faits liés aux victimes dont il respecte la mémoire. «Vous ne devez pas la vérité seulement aux victimes, vous la devez également aux accusés», a opiné Me Stéphane Ouédraogo. Son confrère Régis Bonkoungou défend le sergent-chef Ali Sanou, accusé de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires, dégradation volontaire aggravée de biens et incitation à commettre des actes contraires à la discipline militaire. Contre le sous-officier, le parquet a requis 25 ans de prison ferme.

Selon le défenseur, ni les procès-verbaux d’enquête et d’interrogatoire («simples renseignements»), ni les témoignages ne donnent de preuve matérielle incriminant le sergent-chef. «En l’absence de preuve matérielle, le parquet vous demande de vous réfugier derrière votre intime conviction», a signifié l’homme en robe noire au tribunal. Il a ensuite argué que toutes les interventions de son client étaient la concrétisation d’ordres de supérieurs. Concernant les meurtres, coups et blessures, Me Bonkoungou a affirmé qu’il n’y a pas de lien de causalité entre ces faits et son client. De ce fait, il a demandé l’acquittement du chef Ali Sanou. La suite de sa plaidoirie se fera ce mardi 9 juillet à partir de 9 heures.

Fabé Mamadou OUATTARA

Jean Philibert SOME

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