Rarement un sujet a alimenté autant l’actualité nationale. L’adoption du projet portant modification du Code pénal par l’Assemblée nationale, le 21 juin 2019, continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive.

La disposition qui stipule : «Est puni d’une peine d’emprisonnement d’un an à dix ans et d’une amende de trois cent mille (300 000) francs CFA à deux millions (2 000 000) francs CFA, quiconque, en temps de paix, participe en connaissance de cause, par quelque moyen que ce soit, à une entreprise de démoralisation des Forces de défense et de sécurité», fait polémique.

Cette partie, ajoutée à d’autres passages de la nouvelle loi, ont mis les organisations professionnelles des médias et des acteurs de défense des droits humains dans tous leurs états. Estimant que ces dispositions portent atteinte à la liberté de presse et d’expression, ils demandent le retrait de ces amendements.

Certes, les contestataires sont dans leur rôle régalien d’interpellation et de proposition, mais pour ce qui est des nouveaux articles, il faut admettre que la lutte contre le terrorisme nécessite beaucoup plus de prudence et de rigueur dans le traitement de l’information sécuritaire.

Comme nous l’écrivions dans un précédent éditorial, les moyens de communication mal utilisés servent la cause des forces du mal. C’est en cela que la surmédiatisation des actes terroristes par les médias peut alimenter la psychose, voulue par les extrémistes. De ce fait, mettre des garde-fous dans le traitement de ce type d’information n’est pas mauvais en soi, surtout lorsqu’il s’agit de la sécurité intérieure.

Il est vrai que le Code pénal révisé n’est pas exempt de tout reproche, mais il y a péril en la demeure, parce que le Burkina est en guerre. Dans ce contexte où les réseaux sociaux sont prompts à diffuser des informations sans précaution, contrairement aux médias classiques, des restrictions s’imposent.

Que l’on soit attaché à la liberté d’expression ou de presse, il faut se rendre à l’évidence que l’information est une denrée trop précieuse pour la laisser aux mains des profanes, vu les enjeux sécuritaires. Encore faut-il trouver le moyen de dissocier les activistes des journalistes.

En tout état de cause, on peut admettre, sans a priori, que la modification du Code pénal s’inscrit dans la volonté des plus hautes autorités de renforcer l’Etat de droit et le vivre-ensemble. Cet élan a été amorcé depuis quelques années dans la perspective d’une réconciliation nationale.

La tenue du procès du putsch manqué de 2015, qui s’achemine vers sa fin, pourrait être une sorte de catharsis à même de construire un Burkina de paix. En effet, passée l’étape des plaidoiries en cours, les victimes de cette page sombre de l’histoire et leurs familles seront situées sur le sort de leurs bourreaux.

Ce qui marquera du même coup une étape décisive dans le processus de réconciliation nationale, facteur indispensable à un développement durable. A travers bien d’autres actions, la justice donne de plus en plus la preuve qu’elle peut contribuer à l’aboutissement de ce processus et il faut l’encourager.

Dans la même logique, certaines sources judiciaires indiquent la reprise prochaine du procès du dernier gouvernement de Blaise Compaoré, pour situer les responsabilités dans la répression de l’insurrection populaire d’octobre 2014. Cet élan amorcé est l’occasion pour la justice de redorer son blason auprès des justiciables qui n’avaient plus foi en l’appareil judiciaire à cause d’un certain nombre de dossiers.

Il s’agit, entre autres, de l’assassinat de Thomas Sankara, de l’affaire Norbert Zongo, du dossier Dabo Boukary et de celui du juge Salifou Nébié. Comme quoi, on peut espérer des jours meilleurs…

Par Mahamadi TIEGNA

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.