Le bitumage de l’axe Manga-Zabré va contribuer à la prospérité des zones traversées.

Les travaux de bitumage de la route nationale n°29 (RN29) reliant Manga (Centre-Sud) à Zabré (Centre-Est), longue de 79 kilomètres, ont commencé depuis novembre 2017. Les populations riveraines voient, en ce chantier, une passerelle vers un développement durable.

Manga-Zabré. Deux villes situées dans la partie australe du Burkina Faso, et distantes l’une de l’autre de 79 kilomètres. Le bout de la route nationale n°29 (RN29) qui les relie concentre l’essentiel du trafic dans cette partie du pays. En décidant de parcourir ce tronçon à mobylette, en ce milieu de mois d’avril 2019, nous nous sommes préparés à toutes épreuves, malgré les prévisions météorologiques qui annonçaient un pic de 42°C.

7 heures 30 minutes. Nous prenons la route. A cette heure, les rues de Manga sont plus ou moins désertes. Nous circulons sans encombre jusqu’à l’intersection de la route nationale n°29, où débute le bitumage du tronçon reliant Manga à Zabré. Là, nous entamons réellement notre voyage. L’initiative du projet de bitumage est du gouvernement burkinabè, soutenu par la Banque mondiale (BM), dans le cadre de la mise en œuvre du Projet de Transport et de Développement des Infrastructures urbaines (PTDIU).

Le 9 novembre 2017, le président du Faso, Roch Kaboré, lançait les travaux à Zabré. Les entreprises contractantes ont promis de livrer le joyau en novembre 2019, conformément au cahier des charges. Le coût total des travaux est estimé à une vingtaine de milliards francs CFA.

Poussière asphyxiante

La chaussée que nous empruntons jusqu’à la sortie Sud-Est de Manga, recouverte de bitume, est large d’une dizaine de mètres. Depuis le lancement des travaux, les entreprises contractantes sont à pied d’œuvre. Portés par la brise matinale, nous roulons allègrement, fendant le silence du paysage par le ronronnement de notre moto. A Sakuilga, à environ six kilomètres de Manga, nous marquons le premier arrêt, le temps d’échanger quelques mots avec Lassané Bouda.

Agropasteur et leader d’une communauté religieuse, il est admiratif du bitumage de la route qui traverse son village. Le développement du petit commerce aux abords de la voie, la possibilité de « se rendre aisément » à Manga et la fin de la poussière sont, pour lui, autant de motifs de satisfaction. 8 h 20 mn.

Nous prenons congé de notre interlocuteur. A quatre kilomètres de Sakuilga, le bitume prend fin, laissant place à la latérite. Sur une distance de cinq kilomètres encore, le tronçon est recouvert d’une couche de base, dernière étape de préparation de la chaussée qui précède la coulée du bitume, selon le directeur régional des Infrastructures, Issiaka Diallo.

La route, une question vitale

La poussière et les nids de poule seront bientôt de vieux souvenirs pour les usagers.

La dizaine de mètres de la piste de contournement est cependant couverte de poussière épaisse qui nous force à l’arrêt. Après avoir atteint le bord opposé, nous reprenons notre périple. Nous arrivons à Gogo, commune située à 18 kilomètres de Manga. Au centre-ville, des mottes de terres jalonnent la route, attendant d’être étalées sur la chaussée.

A la sortie Sud de la cité, à droite de la route, la mairie, avec ses manguiers feuillus et ses deux grands bâtiments peints en rouge, domine les habitations. Pour le bourgmestre, Bernard Bouda, l’intérêt du projet de bitumage de l’axe Manga-Zabré est manifeste. C’est une question vitale pour les communes traversées, dit-il, car « la route du développement passe par le développement de la route». Il appréhende d’ailleurs l’avènement de ce projet comme une «nouvelle ère » aux opportunités multiples sur le plan socio-économique.

Dans le cadre du projet, a indiqué le maire, l’école primaire Gogo ‘’A’’ a été clôturée. La commune, à l’entendre, a bénéficié également de deux nouveaux forages et est en attente de trois autres.

40 kilomètres en deux heures

Nous quittons le maire Bouda pour poursuivre notre périple. Nous rencontrons Yacouba Maré, ambulancier au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Gon-boussougou, de retour d’une mission à Manga.

Entre son CSPS et le Centre médical de Manga, il fait la navette en moyenne trois à quatre fois par semaine. A chaque voyage, M. Maré dit être peiné pour ses malades «surtout pour les femmes enceintes et les patients souffrant de hernie qui supportent moins les secousses ». Sur la distance de 40 km qui séparent les deux localités, l’ambulancier préfère rouler lentement, passant ainsi deux heures sur la route, afin d’éviter d’aggraver la souffrance des patients. Par chance pour lui, aucun malade n’a encore rendu l’âme.« C’est une grâce et je remercie Dieu », confie-t-il, avant de souhaiter l’achèvement rapide des travaux.

« Il faut rouler comme sur des œufs »

A l’entrée du village de Samtenga, de gros camions ayant déjà fait le plein de chargement de coton s’apprêtent à emprunter la RN29 pendant que d’autres attendent. Alassane Bobolé, la quarantaine, est conducteur d’un de ces mastodontes. Il convoie régulièrement le coton vers les usines de la Société des fibres et textiles (SOFITEX) à Ouagadougou et à Safané dans la Boucle du Mouhoun.

Depuis qu’il emprunte cette route, explique-t-il, il lui arrive fréquemment d’accuser des retards de livraison, à la suite des pannes techniques. «Il faut toujours faire attention et rouler comme sur des œufs», conseille pour sa part, Labdani Woba, un autre camionneur. Taya, à mi-chemin de Manga-Zabré. Plus de quatre heures se sont écoulées depuis notre départ de Manga.

Après ce village modeste, nous traversons quelques centres semi-urbains : Gon-boussougou, Médiga et Dindéogo, situé à la lisière de la région du Centre-Est. A partir de Dindéogo, il est difficile d’aller au-delà de 30 km/h. Les nids de poule, laissés par les eaux de pluie sous l’effet du poids des véhicules, ne facilitent pas la circulation. C’est un calvaire pour les automobilistes. S’accommodant peu à peu à ce parcours du combattant, nous avançons prudemment vers notre destination.

Au moment où le soleil entamait la seconde moitié de son trajet journalier, un grand panneau pointe à l’horizon avec ses écriteaux aux caractères grossis: «Bienvenue à Zabré, dans la région du Centre-Est».

Des véhicules «sur mesure»

Depuis le démarrage des travaux de bitumage de la RN29, nombreux sont les transporteurs de Zabré qui sont heureux. La plupart des véhicules qu’ils conduisent ont subi des modifications au niveau de la carrosserie et des roues pour être plus résistants. Selon Adama Bouda, membre de la section de Zabré de l’Organisation des Trans-porteurs routiers du Faso (OTRAF), il a fallu ces retouches pour s’adapter à la voie.

Des projets en instance

Le maire de Gogo, Bernard Bouda : « le bitumage de la route va accélérer le développement des zones traversées ».

Une compagnie de transport desservant Manga s’est même ravisée, seulement après avoir perdu un de ses cars, en voulant prolonger sa ligne jusqu’à Zabré, a confié Fousseni Sanga, un autre transporteur. Plusieurs sociétés de transport voudraient s’implanter à Zabré, mais «à la condition que la voie soit bitumée», renchérit Salam Gouba, un jeune chauffeur. Les transporteurs ne sont pas les seuls à souhaiter la fin du calvaire.

C’est le cas de l’homme d’affaires Sébastien Bationo, qui explique que ses commandes de marchandises mettent du temps avant d’arriver, du fait du mauvais état de la route. «Avec ce qui reste et le coût du transport, nous sommes obligés d’augmenter les prix pour faire un minimum de bénéfices», confie-t-il. M. Bationo nourrit pourtant de grandes ambitions, se projetant déjà à la fin des travaux de la route.

Il se réjouit de savoir que la ville pourra accueillir ses premières banques et d’autres services indispensables au renforcement du tissu économique. Le premier adjoint au maire de Zabré, Yembiga Souga, est optimiste également quant à l’essor de sa commune, avec le bitumage de la RN29.

«Zabré va se développer et rivaliser avec les grandes villes du pays », promet-il. Dans l’immédiat, selon lui, la route sera la fin d’une «éternité de calvaire» pour les usagers mais plus tard elle fera aussi de Zabré une ville carrefour. Il fonde cette conviction sur la promesse faite par le gouvernement et ses partenaires de bitumer aussi le tronçon Zabré-Zoaga à la frontière ghanéenne.

De l’avis de M. Souga, au terme des travaux, Zabré sera au cœur d’un trafic reliant les villes de Pô, Tenkodogo, Ouagadougou et Zoaga, Zebila et Bolgatenga au Ghana. Mieux, pour lui, en ouvrant des voies secondaires à partir de l’axe Manga-Zoaga vers les zones de productions agricoles comme le pôle de croissance de Bagré dans le Centre-Est ou encore les zones minières à Gogo dans le Centre-Sud, l’économie locale gagnera davantage en dynamisme.

Mamady ZANGO

mzango18@gmail.com


Zabré s’impatiente

Lancés en novembre 2017 par le président Kaboré, les travaux de bitumage de la RN29 Manga-Zabré sont prévus pour s’ache-ver en principe en novembre 2019. A moins de six mois de la fin des travaux, le taux de réalisation est estimé à 26% avec un délai consommé de 70%.

MZ


Des entreprises peu bavardes

Jusqu’à ce que nous entamions la rédaction de cet article, nos tentatives pour en savoir davantage sur la lenteur des travaux et le respect des délais auprès des entreprises contractantes ont été vaines.

MZ

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