Le projet de loi sur la recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI) a été voté le 30 juillet en séance plénière au Parlement ivoirien où les députés du parti au pouvoir sont majoritaires. Le texte portant sur la réforme de la CEI a donc été adopté sans surprise à une large majorité, avec 124 voix pour, 78 voix contre et une abstention.

Ainsi, les commissaires passeront de 17 à 15, le parti présidentiel et l’opposition auront chacun trois représentants, six représentants de la société civile, un de la magistrature, un représentant du président de la République et enfin, un du ministère de l’Intérieur. Les représentants de l’Etat et de la coalition RHDP au pouvoir n’occuperont donc plus que cinq sièges, contre la moitié auparavant.

Si pour les uns, notamment le camp gouvernemental, cette recomposition répond aux exigences de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, qui avait émis fin 2016 un arrêt recommandant «une CEI plus équilibrée», l’opposition politique continue de dénoncer «une CEI déséquilibrée» avec les représentants du chef de l’Etat et du ministère de l’Intérieur, tous les deux, issus camp présidentiel.

Dans leur ensemble, les acteurs sont toutefois unanimes que la nouvelle CEI comporte des avancées, mais malheureusement, cette nouvelle composante n’a pas suffi pour la fièvre de la récrimination. A un an de la présidentielle de 2020, tout porte à croire que la nouvelle monture de cette Commission électorale contient encore des germes de conflit, signes avant-coureurs de violences électorales.

Sortie d’une longue et meurtrière crise consécutive aux élections de 2010, la Côte d’Ivoire a besoin de tout, sauf d’une nouvelle crise pré ou postélectorale. La situation est d’autant plus inquiétante que la crise ivoirienne a débuté à la proclamation des résultats par la CEI, aujourd’hui recomposée. De ce fait, la formule est désormais célèbre au bord de la lagune Ebrié : «Ce n’est pas la CEI qui vote, mais c’est la CEI qui proclame les résultats».

Cela, pour rappeler l’un des éléments déclencheurs de ce sombre passé ivoirien qui a fait plus de 3 000 morts. La situation politique nationale, rappelons-le, est déjà suffisamment très tendue du fait de la redistribution des cartes politiques avec les frictions entre Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié (du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, PDCI) et Guillaume Soro, dues à la mise en place du Rassemblement des Houphouëtistes pour le développement et le progrès (RHDP), «nouvelle version».

A cela s’ajoutent les récentes libérations de Laurent Gbagbo par la Cour pénale internationale et de son épouse Simone Gbagbo, tous du Front populaire ivoirien (FPI).
Il convient donc pour les différents acteurs de trouver un terrain au plus vite, pour éviter le retour des vieux démons. Relativement stable depuis la succession du père de l’Indépendance de la Côte d’Ivoire, Nana Félix Houphouët-Boigny décédé en 1993, la Côte d’Ivoire est devenue le théâtre de crises politiques à partir de 1999, avec l’exclusion de Alassane Dramane Ouattara de la course à la présidentielle, consécutivement au concept d’«Ivoirité» que ce dernier a contribué lui-même à forger.

La suite est connue de tous. Il ne reste donc qu’à croiser les doigts afin que la sagesse habite l’élite politique ivoirienne composée en majorité de «vieux» afin d’éviter au pays, de retomber dans ces crises fratricides dont il a du mal à se séparer. Le ministère en charge de l’intérieur gagnerait pour sa part, à travailler à rendre plus crédible le processus électoral et surtout impartiales les élections elles-mêmes. Cela aura le mérite d’éviter la contestation des résultats, avec son corollaire de violence postélectorale.

Jean-Marie TOE

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