Que reste-il de la Révolution d’août 1983 ?

Le Burkina Faso a commémoré, le 4 août dernier le 36e anniversaire de l’avènement de la Révolution démocratique et po-pulaire sous l’égide du capitaine Noël Isidore Thomas Sankara. En effet, cela fait exactement 36 ans qu’un groupe d’officiers, en complicité avec une frange de la po-pulation renversait, par un coup d’Etat, dans la nuit du 4 août 1983, le médecin-commandant Jean Baptiste Ouédraogo. A la tête du Conseil national de la Révolution (CNR), organe dirigeant, le jeune officier, anti-impérialiste, dénonce avec véhémence “le processus de néo-colonisation”. Sa ligne directrice est l’auto-détermination de la Haute-Volta et des pays africains, le développement du continent basé sur l’exploitation de ses ressources propres et de ses potentialités. Charismatique et orateur hors pair doublé d’une extraordinaire personnalité, il invite, par ailleurs, les voltaïques à cultiver les valeurs d’intégrité, de probité et d’amour du travail. Homme d’action incomparable mû par une vision, Thomas Sankara est ainsi parvenu, en l’espace de quatre années, à réaliser, dans la ferveur d’une mobilisation populaire sans précédent, de grandes œuvres sur le plan économique et social. Des retenues d’eau aux postes de santé primaire, en passant par les nombreuses écoles et autre bataille du rail, l’on peut, avec certitude, affirmer que le peuple burkinabè, sous sa houlette, a su prendre en main son propre destin. La moralisation de la vie publique, grâce à une lutte sincère et efficace contre la corruption, les vols et les détournements, avec un auto-ajustement conséquent sur le plan économique, permettent au Bur-kina Faso (ancienne Haute-Volta) de donner un bel exemple de bonne gouvernance à la communauté nationale et internationale, sous les regards médusés des institutions de Bretton Woods. Cette dynamique révolutionnaire sera malheureusement interrompue le soir du jeudi 15 octobre 1987. Thomas Sankara est assassiné. 32 ans après cette mort tragique, que reste-t-il de la Révolution d’août 1983, qui augurait des lendemains meilleurs pour la Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso) ? Les Burkinabè incarnent-ils aujourd’hui les valeurs que “Thom Sank” a défendues jusqu’au sacrifice suprême? Qu’en est-il du système de gouvernance ? Ce sont autant de questions auxquelles il faudra trouver réponse au lendemain de la commémoration du 4-Août 1983. La Révolution a laissé, en effet, un lourd héritage que le peuple burkinabè semble avoir du mal à porter. Nous vivons dans un pays où l’individu a pris le dessus sur le groupe comme l’a relevé Laurent Bado, président du Parti pour la renaissance nationale (PAREN), dans son dernier livre sur «l’actionnariat populaire». Le pays des Hommes intègres est, le moins qu’on puisse dire, marqué par deux mondes partageant les mêmes frontières sans pour autant se confondre. Les uns, minoritaires baignant dans un luxe et une opulence indécente, et les autres, l’écrasante majorité, ploient sous une misère indescriptible dans un environnement dominé par la peur du lendemain. L’objectif principal du CNR, à savoir «la défense des intérêts du peuple (…), la réalisation de ses profondes aspirations à la liberté, à l’indépendance véritable et au progrès économique et social» n’est plus qu’un lointain souvenir ressassé à longueur des journées et d’années. Pour les héritiers réels ou supposés de la Révolution du 4-Août 1983, la disparition précoce de Thomas Sankara s’apparente à un «rêve brisé» à jamais. L’opulence de l’élite politico-économique des régimes successifs, la corruption galopante à tous les niveaux de la société burkinabè, et le niveau de développement actuel du Burkina Faso qui contrastent avec les nobles idéaux du jeune capitaine sont la preuve de cette implacable réalité.

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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