Des barriques servant à collecter les ordures.

La Maison d’arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso (MAC-B) connaît un problème d’assainissement. La gestion des eaux usées, des excreta et des ordures constitue un casse-tête pour les administrateurs de l’établissement, qui abrite plus de 500 détenus, au lieu de 180 comme prévu.

Des Gardes de sécurité pénitentiaire (GSP), en faction à l’aile sud de la Maison d’arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso (MAC-B), assistent deux détenus, qui s’efforcent à démarrer la seule motopompe de l’établissement. Gagnée par l’usure, la machine donne du fil à retordre à ses utilisateurs.

« Nous souffrons tout le temps. La motopompe a vieilli. Souvent, nous avons du mal à avoir le carburant, ce n’est pas du tout facile », explique l’assistant GSP Cheick Wara. La mission confiée aux deux prisonniers, ce jeudi 23 mai 2019, est de vider les fosses septiques. Mais, la motopompe ne répond pas. Des signes d’agacement commencent à apparaître. La machine est installée au quartier dénommé
« Bokassa » (odeur d’excreta en dioula) de la prison.

Des odeurs nauséabondes y polluent l’air. A cela s’ajoute des tas d’immondices et des trous béants remplis d’excreta et des eaux de toilette. Un spectacle désolant et répugnant! Dans cet environnement peu enviable, les détenus astreints à la corvée espèrent toujours démarrer la motopompe. Le chef du service d’hygiène et de l’assainissement, Cheick Wara, qui veille au grain, ne tient pas à écrire une lettre d’explication à sa hiérarchie, parce que les caniveaux n’ont pas été curés du fait de la défaillance de l’appareil.

Inquiet, l’assistant GSP déplore le manque d’entretien de l’engin. « La motopompe reste à l’air libre, et pendant l’hivernage, elle est battue par la pluie », regrette-t-il. Mais au bout d’une quarantaine de minutes, les deux détenus parviennent, enfin, à mettre en marche la vieille machine.

L’équation des fosses septiques

Sans dispositif de traitement, ces fosses béantes servent à recueillir les eaux usées.

Heureux de cet « exploit », l’assistant Wara prend congé des pensionnaires. En poste à « Bokassa », le lundi 27 mai 2019, son collègue Arouna Lengani évoque les odeurs insupportables sur les lieux.  « Nous n’avons vraiment pas le choix. Durant les heures de garde, nous sommes obligés de manger sur place pour ne pas abandonner notre poste», explique-t-il. Le responsable de la sécurité de la MAC-B, le GSP Edouard Ilboudo, fait grise mine.

Il soutient que quand les grandes fosses septiques, qui encadrent certains postes de travail, sont pleines, les déchets sont entreposés à l’air libre. « Nous travaillons dans des conditions très difficiles. A chaque fois, nous enregistrons des plaintes. Malheureusement, nous n’avons pas de solution», rapporte M. Ilboudo. A l’entendre, les gardes sont pénibles à « Bokassa », puisqu’occasionnant souvent des maladies. « Nous ne sommes pas des spécialistes pour le prouver.

Mais nous savons que les eaux usées et les excreta sont à la base de nombre de nos maladies », renchérit-il. Pour lui, des larves se développent dans les fosses septiques, sans oublier les moustiques à l’origine du paludisme. La nuit, relate M. Ilboudo, il est impossible de rester sur les lieux, à cause des moustiques.

Lorsque les fosses septiques sont pleines, les prisonniers sont chargés de les vider et d’exposer les déchets. Une situation qui met mal à l’aise le personnel pénitentiaire et les détenus. Dans l’enceinte de l’établissement, de gros trous ont été creusés pour recevoir les eaux usées. Les détenus y prennent leur douche, font la lessive et la vaisselle et défèquent. Les toilettes sont construites de sorte que les eaux de la douche, de la lessive et de la vaisselle sont évacuées par un caniveau. Le bâtiment ne dispose pas de fosses pour retenir les eaux, signale Cheick Wara. « Les eaux convergent directement vers les fossés à l’extérieur », renchérit-il.

A l’extérieur de la MAC-B, des tas d’ordures sont visibles. Chaque jour, le centre de détention est nettoyé et les poubelles vidées hors de la cour. Des immondices se forment. Ce qui complique la gestion des déchets solides, à en croire les administrateurs de la MAC-B. La prison ne dispose pas de bacs à ordures, ci fait qu’une décharge de fortune s’est créée. Les ordures produites quotidiennement dans la prison y sont déversées. Seules des séances d’incinération périodiques permettent de désencombrer les lieux.

Par manque de bacs, les ordures sont entassées à ciel ouvert au sein de la prison.

Déçus et impuissants face à ce spectacle, Cheick Wara et ses collègues ne savent plus à quel saint se vouer. Auparavant, se souvient-il, le service d’assainissement de la commune de Bobo-Dioulasso vidait chaque semaine les fosses, mais il a abandonné, par manque de moyens. « Dans le temps, nous avions un camion vidangeur. Notre intervention était à caractère social, car c’est nous qui mettions notre propre carburant pour vidanger ces fosses. C’était une prestation gratuite », confie le responsable par intérim en charge de l’assainissement de la commune de Bobo-Dioulasso, Pamphile Nignan. Mais depuis un moment, le camion vidangeur est en panne et il n’est plus opérationnel, informe-t-il.

Aujourd’hui, la MAC-B connaît d’énormes difficultés. Exiguïté de la cour de détention, vétusté des bâtiments, fosses insalubres… Cette situation crée un climat d’anxiété. En plus de cela, l’effectif des pensionnaires de la prison ne facilite pas la tâche aux administrateurs. En effet, l’établissement se caractérise par sa surpopulation. Construits en 1947 pour abriter 180 détenus, les locaux en hébergent 557, à la date du 24 mai 2019.

L’une des sources de l’insalubrité des lieux se trouve aussi dans la surpopulation carcérale, d’après l’analyse du directeur adjoint de la MAC-B, Adama Sanon. « Plus les détenus sont nombreux, plus les déchets s’amplifient », explique-t-il. Le problème d’effectif pourra trouver solution avec la construction en cours d’un nouveau centre de détention, mais la question de l’assainissement restera, elle, toujours posée.

Dans sa politique d’humanisation des maisons d’arrêt et de correction, le ministère en charge de la justice est en train d’ériger un nouveau bâtiment R+2 (extensible à R+3) pour renforcer les anciens locaux. La capacité d’accueil du bâtiment est d’environ 500 places. Seul bémol, un dispositif d’évacuation et de traitement des eaux usées n’est pas prévu.

L’impuissance des administrateurs

Le directeur adjoint de la MAC-B, Adama Sanon, pense que la surpopulation carcérale est l’une des causes de l’insalubrité.

Les eaux de toilette et de vaisselle qui débordent des fosses septiques se déversent directement dans un caniveau de drainage, longeant l’avenue du gouverneur Binger à Bolomakoté au secteur n°6 de la ville. Direction, le marigot « Houet », cours d’eau abritant les silures sacrés. Les riverains ne cachent pas leur calvaire face aux odeurs qui se dégagent de cet égout de circonstance. Sita Touré est gérante d’un kiosque jouxtant le caniveau. La puanteur des lieux a eu raison de son commerce.

Elle affirme avoir perdu de nombreux clients, à qui les odeurs ont coupé l’appétit. Pour retenir la poignée de clients qui lui est restée fidèle, dame Touré a fait confectionner des dalles pour couvrir le caniveau, le long de son kiosque. Mais que faire ? Le responsable par intérim en charge de l’assainissement de la commune de Bobo-Dioulasso se veut clair : la prison civile est une « propriété privée », la mairie n’a pas le droit d’y intervenir. « Comme nous n’avons pas accès au pénitencier, nous ne savons pas comment le système d’écoulement est fait pour que les eaux se déversent dans les caniveaux, situés hors de la prison », relève-t-il.

M. Nignan annonce dans la foulée que son service enverra, les prochains jours, une correspondance aux autorités pénitentiaires afin qu’elles prennent les dispositions « nécessaires ». Comme un aveu d’impuissance, le directeur adjoint de la MAC-B confie que sa structure n’a ni politique ni stratégie de gestion des déchets, des eaux usées et des excréments. « A chaque fois, nous enregistrons des plaintes…

Malheureusement, nous ne pouvons pas trouver de solution », avoue-t-il. Le seul salut, selon l’inspecteur Sanon, pourrait venir du raccordement au système d’égout de la ville, à défaut de la construction d’une unité de traitement des eaux usées. « L’unité de traitement sera bénéfique pour tous, mais elle coûte très cher, et la MAC-B n’a pas les moyens », fait comprendre le directeur adjoint. Il nourrit néanmoins l’espoir que de bonnes volontés leur viendront en aide.

« Expertise France-Burkina » est l’une d’elles. Cette ONG a déjà offert du matériel d’assainissement, dont des poubelles à la MAC-B. Elle a également mis en place un comité d’hygiène, qui se réunit chaque fin de mois pour faire l’état de l’assainissement de la prison. Le défi est donc immense pour les responsables de l’établissement pénitencier, mais l’horizon semble se dégager. Aux dernières nouvelles, la MAC-B vient d’acquérir un camion-vidangeur grâce à l’aide d’un partenaire.

Boudayinga J-M THIENON

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