A l’issue de la cérémonie, le Dr Zéphirin Dakuyo, pharmacien, pionnier dans les produits pharmaceutiques à base de plantes et directeur général du laboratoire Phytofla, se prononce sur le thème.

Sidwaya (S.) : Il est aujourd’hui question d’associer la médecine traditionnelle et la médecine moderne pour le traitement des populations. Comment vous appréciez cette démarche ?

Dr Zéphirin Dakuyo (Dr Dakuyo) : Vraiment, c’est une très bonne démarche. Cela a été mon combat depuis plus d’une trentaine d’années. Il faut que les deux médecines travaillent main dans la main pour l’amélioration de l’état de santé des populations. Vraiment, c’est une très bonne démarche et là je me réjouis de voir que les choses ont vraiment bien évolué dans le domaine de la promotion de la médecine traditionnelle.

S : Le thème de cette journée porte sur l’enseignement de la médecine traditionnelle dans les universités. N’y a-t-il pas cette inquiétude que la médecine moderne vole vos savoirs ?

Dr Dakuyo : Pour moi, il n’y a pas vraiment d’inquiétude. Comme on le dit, le savoir est universel et les plantes appartiennent à tout le monde. Dieu a créé ces plants pour nous tous. Ailleurs, que ce soit en Europe, en Chine ou dans les pays asiatiques, tout le monde enseigne la médecine traditionnelle au niveau des universités. Il n’y a pas de raisons qu’en Afrique nous soyons toujours là à dire non, ce n’est pas rationnel. Je suis vraiment très content et de ce côté, je n’ai personnellement pas d’inquiétude. Moi je n’ai rien à cacher. Comme le dit le philosophe, l’arbre appartient à tous et le fruit n’est à personne. Les arbres c’est pour nous tous.

S : Il est question aussi d’un fonds d’appui aux tradipraticiens qui vous a été promis. Est-ce que ce fonds est vraiment nécessaire, selon vous ?

Dr Dakuyo: Le fonds est nécessaire pour soutenir un peu les activités des tradipraticiens. Je voudrais surtout qu’on mette l’accent sur la préservation de la nature. Parce que je me rends compte que dans dix ans, plus de la moitié de nos espèces vont disparaître. Donc je crois que c’est très important dès maintenant de reproduire les espèces végétales que nous utilisons. Parce que nous sommes devenus de plus en plus nombreux et il n’y a plus d’espace pour cultiver. Donc actuellement, il faut absolument planter. Et ce fonds-là doit vraiment appuyer la régénération de la nature. C’est très important pour nous.

S : L’autre défi, c’est la référence mutuelle des patients vers les deux médecines. Comment cette pratique se fait sur le terrain ?

Dr Dakuyo : Je crois que depuis un certain nombre d’années, cette pratique existe déjà. Nous, on l’a expérimentée quand j’étais encore pharmacien à l’hôpital. On avait instauré à l’hôpital de Banfora un centre. Et quand vous rentrez, vous avez le choix entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle. Et dans les deux sens, les gens venaient. Quand ils n’ont pas leur compte dans la médecine traditionnelle, ils s’en vont au niveau de la médecine moderne et inversement.

Cela a très bien fonctionné et jusqu’à présent, ça fonctionne très bien. Je suis pharmacien de formation et actuellement, la collaboration est vraiment très bonne collaboration entre les praticiens de la médecine moderne et moi-même. Chaque jour, je reçois entre 8 et 10 personnes et dans le mois, entre 80 et 100 personnes. Et quand vous regardez chez ces patients, tout le monde a passé à 100% au niveau de la médecine moderne. Ils n’ont pas eu de compte et ils viennent voir Docteur Dakuyo.

Et puis, si les gens viennent, c’est parce qu’ils sont satisfaits. Je pense qu’actuellement, il faut que les deux médecines collaborent. Il n’y a pas de médecine qui soit au-dessus de l’autre. La preuve, quand vous allez à l’hôpital et que ça ne va pas, on vous dit d’aller vous soigner à l’indigénat. C’est dire que quelque part, on reconnaît sa faiblesse et on reconnaît que l’autre est supérieur et dans certains cas, ça marche très bien.

Entretien réalisé par J.M.T.

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