Prix de l’Assemblée nationale au dernier FESPACO, Desrances sera présenté en grande première, ce samedi 7 septembre 2019, dans les salles de cinéma « Canal Olympia », au ciné Burkina et ciné Neerwaya à 18 heures 30. Dans cette interview, la réalisatrice, Apolline Traoré, revient, entre autres, sur la trame du film, sa carrière et l’état actuel du septième art burkinabè.

Sidwaya (S): Desrances, votre tout dernier film, projeté en compétition lors de la 26e édition du FESPACO, passe simultanément, ce samedi 7 septembre 2019, dans plusieurs salles de cinéma. Quelles sont vos attentes?

Apolline Traoré (A.T.) : Je souhaite que les cinéphiles burkinabè se déplacent massivement dans les différentes salles de cinéma (Canal Olympia, ciné Burkina, Neerwaya). Nous avons travaillé de telle sorte que Desrances passe à la même date en plusieurs endroits. Car, chaque public a son lieu. C’était mon combat. L’autre objectif est de montrer le film aux autorités qui, au regard de leur agenda chargé, n’ont pas toujours le temps de se déplacer en salle. C’est pourquoi, le samedi 7 septembre 2019, nous avons une programmation privée à Canal Olympia Yennenga, qui leur est spécialement dédiée.

S: De quoi parle Desrances?

A.T.: Deux sujets principaux sont abordés dans Desrances. Le premier est relatif à la crise post-électorale ivoirienne, ses répercussions sur les populations et le Burkina Faso qui a subi de nombreux dommages collatéraux. Le second sujet a trait à la transmission du nom. Dans nos sociétés aujourd’hui, avoir un garçon est très important pour la plupart des pères. Ces derniers souhaitent transmettre leur nom à leur fils. « Qu’est-ce qui est le plus important entre transmettre un nom ou des valeurs? », est la principale interrogation du film.

S: D’autres projections sont-elles prévues dans les autres régions du Burkina?

A.T.: Nous prévoyons une projection à Bobo-Dioulasso dans le mois de novembre. Cela va aller crescendo pour les autres régions. Car, les salles de ciné sont très rares à l’intérieur du pays.

S: Dans « Moi Zaphira », « Frontières », et « Desrances », vous mettez pour héroïnes, des femmes. Votre cinéma est-il féministe?

A.T.: Le terme est trop fort. C’est plutôt un cinéma engagé pour la défense de la femme, et de l’enfant. C’est le cinéma que j’ai choisi de faire. Mais, cela n’exclut pas que je mette en avant un homme. Cela a été le cas dans Desrances où pour la première fois l’acteur principal est un homme avec, toutefois, à ses côtés une jeune fille. Ce sont les deux acteurs principaux.

S: Les réalisatrices, selon vous, peuvent-elles véritablement percer dans le 7e art, un milieu généralement dominé par les hommes?

A.T.: J’ai pour habitude de dire que la femme est minoritaire dans tous les métiers. Ce n’est pas seulement au cinéma. On a dit que la femme ne pouvait pas être banquière, ou mathématicienne. Elle l’est devenue. En fait, je ne partage pas l’opinion selon laquelle ce métier est plus difficile pour les femmes. Il est difficile pour tout le monde. Le plus important, homme ou femme, est d’avoir l’amour de ce que nous faisons. Il faut se battre, avec passion et persévérance, pour tirer son épingle du jeu.

S: Lors des deux dernières éditions du FESPACO, une grande majorité du public burkinabè croyait en vos chances de remporter l’Etalon d’Or de Yennenga avec « Frontières » ou « Desrances ». Mais le jury en a décidé autrement. Qu’est-ce que cela vous a donné comme sentiment?

A.T.: J’éprouve un sentiment de reconnaissance par rapport au public burkinabè. Le plus important pour moi est le soutien du public. C’est déjà quelque chose d’extraordinaire. Je dis toujours ceci: « Si j’avais à choisir entre l’Etalon d’or de Yennenga et une salle remplie de monde, je prendrais, sans hésiter, la seconde proposition ». Le jury du FESPACO est souverain. Il faut respecter son verdict. S’il n’a pas choisi « Frontières » ou « Desrances », ce n’est pas la fin du monde. Son choix se portera un jour sur moi. On ne fait pas un film, juste pour le FESPACO. Desrances va être présenté dans dix pays de l’Afrique, dans tous les cinémas Canal Olympia. Et pendant environ un an, je vais parcourir le monde avec ce film. Je ne pourrai pas, en tant que cinéaste, demander mieux.

S: Qu’est-ce qui explique votre longue absence sur le petit écran après vos séries télévisées, « Mounia et Rama », et « Le Testament »?
A.T: C’est une longue pause (rires). Les séries télévisées sont très longues et difficiles. Les téléspectateurs ne s’en rendent peut-être pas compte, mais c’est très coûteux et éprouvant. Vous êtes obligé de passer cinq à six mois sur la même histoire et le même décor. Et à chaque fois, c’est un véritable challenge de faire mieux ou de changer les plans ou les prises. C’est épuisant sur le plan intellectuel. Je n’ai pas rompu avec le petit écran. J’entends pour les prochaines fois associer d’autres réalisateurs comme c’est le cas pour les séries américaines et européennes.

S: Après vos études de cinéma aux États-Unis, pourquoi n’avoir pas entamé une carrière à Hollywood, la capitale du cinéma mondial?

A.T: Dès la fin de mes études, il y avait un choix à faire. Est-ce que je reste à Hollywood ou je fais le cinéma que j’ai envie de faire? Parce qu’à Hollywood, il y a des règles. Pour travailler là-bas, il faut t’intégrer sur tous les plans. C’est un milieu très fermé. J’ai découvert le FESPACO en 2001. Mon monde s’est alors ouvert. J’y ai connu toute la crème du 7e art africain, Idrissa Ouédraogo, Sembène Ousmane, Gaston Kaboré, Cheick Oumar, etc. Je me suis dit voilà ma place. J’ai décidé de rentrer chez moi. Je ne voulais pas être une cinéaste américaine.

Interview réalisée par
W. Aubin NANA

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