Les obsèques de l’ancien président zimbabwéen, Robert Mugabe, auront lieu le samedi 14 septembre prochain au National Sports Stadium d’Harare, le plus grand stade de la capitale zimbabwéenne. L’annonce a été faite par le gouvernement à travers un communiqué. Décédé le 6 septembre 2019 à Singapour à l’âge de 95 ans, le corps de l’ancien chef d’Etat est attendu mercredi dans la capitale Hararé où une cérémonie grandiose d’hommages est prévue pour exprimer la reconnaissance de la Nation à celui qui est qualifié de «Héros national» par son successeur, Emmerson Mnangagwa. Chassé du pouvoir par un coup d’Etat, après 37 ans de règne, «Camarade Bob», comme l’avaient surnommé les membres de son parti, reste et demeure avant tout une icône de la lutte pour l’indépendance de son pays, la Rhodésie alors colonie britannique. Avant d’incarner l’image de dirigeant ayant régné d’une main de fer sur le Zimbabwe dont il a précipité l’économie dans une crise sans précédent comme le laissent croire ses détracteurs, l’homme a été un fervent défenseur voire un patriote intrépide.

Fils de charpentier né le 21 février 1924, Robert Gabriel Mugabé est décrit comme un enfant solitaire qui surveillait le bétail, un livre à la main. Il caressait le rêve de devenir prêtre. Séduit par le marxisme, lorsque qu’il découvre la politique à l’université de Fort- Hare, la seule ouverte aux Noirs dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, son dévouement pour la mission ecclésiastique prendra un coup. Dès 1960, il s’engage dans la lutte contre le pouvoir rhodésien blanc et ségrégationniste, mais il est arrêté quatre ans plus tard et placé en détention pendant une décennie au cours de laquelle il perdra son fils né de la relation avec sa première femme, Sally Hayfron. Cette prison lui laisse un goût amer puisqu’il n’assistera pas aux obsèques. Mugabe trouvera refuge au Mozambique voisin, d’où il prend la tête de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU), le bras armé de la lutte contre le colon oppresseur jusqu’à ce que la Rhodésie accède à l’indépendance et devienne Zimbabwé par la suite. Bardé de diplômes, le révolutionnaire Mugabe est apparu à ses débuts comme un dirigeant modèle, faisant preuve d’une détermination et d’une intelligence sans faille avec des résultats palpables : construction d’écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire qui baignait dans une misère parfois indescriptible depuis des années.

Le deuil national et les obsèques grandioses qui se préparent très activement dans la capitale zimbabwenne, sont donc l’expression de la reconnaissance du peuple Zimbabwéen à Mugabe pour son sens élevé du patriotisme et les efforts consentis dans son combat pour extraire la nation du joug colonial. Pendant près de quatre décennies, le «Vieux Mugabe», la moustache fine et les lunettes très épaisses, a marqué les esprits par son franc-parler et les formules choc dont lui seul avait le secret. Ainsi dans ses prises de parole polémiques et parfois controversées, l’ex-homme fort d’Hararé n’hésitait pas à pointer du doigt l’Occident comme responsable de tous les maux qui minent son pays, notamment sa ruine financière, balayant du revers de la main toutes les accusations de dérives autoritaires. Même s’il faut reconnaître que l’épouse de l’ex-dirigeant a été aussi responsable des frasques politiques qui ont émaillé ses dernières années de règne. Grâce Mugabe qui voulait se donner toutes les chances de succéder à son mari à la tête du Zimbabwe exerçait une grande influence dans les décisions concernant la vie du parti présidentiel, instrument de conquête du pouvoir d’Etat. Après sa chute, les rapports entre Robert et son ancien homme de main, Emmerson Mnangagwa, actuellement au pouvoir s’étaient considérablement dégradés. Mais celui-ci s’active à rendre un hommage digne de combattant indépendantiste à son prédécesseur.

Beyon Romain NEBIE

nbeyonromain@yahoo.fr

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