Le DGEP, Dr Issa Kobyagda : «Plus la population de Ouagadougou va continuer de croître, plus il y aura l’occupation de certains espaces».

Ouagadougou, la capitale burkinabè connaît une démographie galopante. Avec 1 745 565 habitants en 2010, la ville compte de nos jours, plus de deux millions d’âmes. Ce phénomène engendre des difficultés dans la gestion des ordures ménagères. Mais la Planification familiale (PF) semble être une aubaine pour inverser la tendance.

Assis dans un fauteuil, en cette soirée du lundi 2 septembre 2019, El hadj Moussa Ouédraogo, frappé par le poids de l’âge, se repose tranquillement sous un arbre dans sa cour. Pendant que sa première épouse s’occupe à son petit commerce de charbon de bois, la deuxième vaque aussi à ses occupations. Né vers 1941, El hadj Ouédraogo est un fonctionnaire retraité depuis 1996. Il a déposé son baluchon à Ouagadougou en octobre 1956.

Depuis un moment, il est devenu «prisonnier» de sa maison. «Je me rends très rarement en ville, bien que je me fasse accompagner par mon fils à véhicule. La circulation dense de Ouagadougou me donne des vertiges. Cette foule, nous ne l’avons jamais connue à l’époque», dit-il, avec un brin de sourire. Le vieux Ouédraogo est père de 17 enfants tous vivants, dont 11 garçons et six filles. Son choix pour ce nombre d’enfants à l’époque se comprenait.

La vie, relate-t-il, était «rose» et il ne trouvait aucune difficulté pour satisfaire à leurs besoins. «De nos jours, nous vivons dans un monde perplexe où la génération doit bannir l’idée que l’enfant est un don de Dieu ou qu’il est une source de richesse», conseille le septuagénaire. Ce conseil est-il pris au sérieux par la jeune génération ? Toujours est-il que Ouagadougou connait une croissance démographique accélérée ces dernières années. Cette croissance est, selon le Directeur général de l’économie et de la planification (DGEP), Dr Issa Kobyagda, une question de sociologie.

Pour lui, les peuples ont vocation à se reproduire pour des raisons sociales et économiques. Dr Kobyagda indique qu’en 2006, plus de 14 millions d’habitants ont été enregistrés au Burkina Faso. En 2021, il estime que le pays compterait 21 510 131 habitants contre 20 244 080 en 2018 et 20 870 060 en 2019. En moins de 15 ans, la population s’est accrue, soit près de 30% de plus. «Si ce rythme se maintient avec une projection de plus de trois millions d’habitants dans la ville de Ouagadougou en 2021, à combien sera ce nombre en 2050 ?», s’interroge le DGEP.

II précise qu’en plus de la forte natalité qui accélère la croissance démographique, il y a aussi les flux migratoires des provinces vers la ville de Ouagadougou. Cette situation a un impact sur la production des déchets, qu’ils soient ménagers, solides ou liquides de l’avis de l’économiste, car dans toute société de consommation, l’homme produit nécessairement des déchets pour assurer sa survie et son bien-être.

600 000 tonnes de déchets par an

Au rythme actuel de la croissance démographique, Ouagadougou risque d’être, selon les experts, un vaste champ de dépotoirs d’ordures.

Les ordures ménagères sont celles qui découlent des ménages, généralement composées de reste de nourritures, d’emballages, de verres, de feuilles mortes et autres, qui font partie des déchets municipaux ou urbains, selon le directeur de la salubrité publique et de l’hygiène de la commune de Ouagadougou, Saïdou Nassouri.

Pour lui, la quantité et la composition des déchets dépendent d’un certain nombre de critères à savoir, l’effectif de la population, le mode de consommation et le pouvoir d’achat. «La quantité d’ordures ménagères produite est estimée entre 0,54 à 0,60 kg par personne et par jour, ce qui donne une production d’environ 600 000 tonnes de déchets par an, contre 250 000 tonnes dans les années 2000», mentionne-t-il.

Awa Kaboré et son époux Prosper Nana sont des fonctionnaires. Composée de sept membres, leur famille dispose d’une barrique pour la collecte des ordures. «Nous produisons moins de déchets. Il y a parfois des semaines où les ramasseuses d’ordures viennent trouver la barrique à moitié pleine», s’exclame-t-elle. Ce n’est pas le cas dans la famille Toé, forte de 15 membres.

En effet, son bac à ordures est toujours plein avant la fin de la semaine et elle est souvent obligée d’utiliser des vieux sacs de riz pour compenser. Le ramassage des ordures se fait par les Groupements d’intérêts économiques/ Petites et moyennes entreprises (GIE/PME), chaque mardi de la semaine, à raison de 1 000 F CFA le mois. Au regard de la taille de ces deux familles, le Dr Kobyagda suppose qu’une famille nombreuse a tendance à produire plus de déchets ménagers, qu’une famille moins nombreuse.

Mais, il relativise tout de même : «Une famille peut être aussi plus nombreuse et produire moins de déchets, tout comme elle peut être moins nombreuse et en produire plus». Il estime qu’une famille nombreuse détenant un pouvoir d’achat plus élevé, doit cumulativement créer plus de déchets, car l’utilisation de certains produits peut augmenter leur quantité. Une étude menée par le Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement (CREPA) en 1998 a révélé que la production d’ordures était plus élevée dans les ménages à haut standing que ceux à moyen standing.

Et le DGEP de faire savoir qu’en économie, il y a la propension marginale à consommer, qui est liée au revenu. Il justifie que les ménages moins riches ont une propension presque proche de 1, pour dire qu’ils consomment presque l’intégralité de leur revenu. Par contre ceux relativement aisés, consomment souvent 30 % à 40% de leur revenu. «Les 40% en termes de volume, dépassent les 100% du revenu du ménage pauvre, qui consacre tout son revenu à sa consommation dont le volume semble relativement très faible par rapport à celui aisé», se convainc Dr Kobyagda.

Le directeur de la salubrité publique et de l’hygiène de la commune de Ouagadougou affirme, qu’il ne peut d’emblée «épouser» les résultats de cette étude, parce que pour lui, tout dépend de la culture et de la mentalité de chaque individu, ainsi que la considération que ces familles ont pour l’environnement. «Il faut reconnaître que la classe moyenne gaspille plus de nourriture, parce qu’elle n’a pas un système de conservation comme celle aisée», remarque le premier responsable en charge de la propreté.

Repenser la gestion des ordures

Le directeur de la salubrité publique et de l’hygiène de la commune de Ouagadougou, Saïdou Nassouri. «Si la démographie continue de galoper, les ordures ménagères vont galoper aussi».

M. Nassouri avance que de nos jours, la production d’ordures ménagères à Ouagadougou a triplé et la commune injecte annuellement plus de trois milliards F CFA pour la gestion. Elle dispose de 35 centres de collecte et compte augmenter ce nombre à 55, d’ici à la fin 2019, en plus du Centre de traitement et de valorisation des déchets (CTVD), déjà construit sur un espace de 70 hectares (ha) dans le village de Polesgo dans l’arrondissement n°4 de Ouagadougou.

Certes, des efforts sont faits par les services de la municipalité, mais le Dr Kobyagda prévient que si rien n’est fait, la ville risque de se retrouver dans une situation beaucoup plus problématique. Allant dans le même sens, le directeur en charge de l’hygiène de la commune de Ouagadougou soutient, qu’il y aura également des difficultés de traitement des ordures.

Il a cité notamment la prolifération des dépotoirs anarchiques, la pollution de l’environnement et ses effets néfastes sur la santé publique et l’augmentation des budgets alloués à la gestion des déchets, déjà difficilement supportables. «La pression démographique qui engendre des difficultés liées au foncier, rend de plus en plus difficile, l’implantation de nouveaux centres de collecte, de tri et de traitement dans la commune», déplore-t-il.

Planifier les naissances

A en croire El hadj Moussa Ouédraogo, la solution à la gestion des déchets ménagers, est de limiter ou de planifier les naissances, à travers la Planification familiale (PF), même s’il est convaincu que des pesanteurs socioculturelles constituent un obstacle à cette pratique. «Certains couples ‘’riches’’ pensent faire beaucoup d’enfants. Ils se disent pouvoir payer leur scolarité et combler leurs besoins en santé.

Et leurs emplois, pourront-ils les payer ?», se demande le DGEP, Dr Issa Kobyagda. Pour lui, la volonté de réduire ou de décélérer les naissances permet une meilleure prise en charge de ces préoccupations. Il suggère de ce fait que la population soit suffisamment sensibilisée à la PF, parce que d’aucuns jugeront qu’elle est une imposition des autorités, pour les empêcher d’avoir des enfants.

«Pour éviter la solution radicale comme la politique de l’enfant unique en Chine, il faut décélérer les naissances, sinon, il y aura un moment où l’Etat emboîtera le pas de ce pays», préconise-t-il. L’ancienne secrétaire permanente du Conseil national de population (CONAPO), Delphine Barry, qui a pris part à la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), tenue en 1994 au Caire en Egypte, témoigne que les débats sur la santé sexuelle et reproductive étaient houleux, car la position des confessions religieuses était tranchée.

Pour ces dernières, cette rencontre était une tribune pour prôner l’union homosexuelle et la manipulation génétique humaine pour concevoir des bébés in-vitro. Après 25 ans, Mme Barry estime que de nombreux résultats ont été atteints, à travers la mise en œuvre du Programme d’actions (PA) de la CIPD. Il s’agit entre autres, de la maîtrise de la fécondité dans tous les pays, notamment au Sud du Sahara, du taux de prévalence contraceptive.

Et la ministre déléguée chargée de l’Aménagement du territoire, Pauline Zouré, d’appuyer que le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 2,9 en 1994 à 2,5 en 2019 et la prévalence contraceptive moderne a augmenté de six points, passant de 52% à 58%. Cependant, elle déplore encore des disparités considérables, quant à l’accès aux services de santé de la reproduction.

Pour preuve, en 2015, environ une femme sur cinq a un besoin non satisfait en méthodes contraceptives modernes. C’est le cas de Kadidiata Zongo. Veuve, il y a de cela trois mois, elle est mère de huit enfants. Sa coépouse en a six. La quarantaine bien sonnée, Mme Zongo, ménagère de profession, raconte que du vivant de son mari, malgré les multiples tentatives pour utiliser une méthode contraceptive, ce dernier a toujours manifesté un refus catégorique et l’a prévenue en ces termes : «Le jour où tu vas opter pour une quelconque méthode, tu quitteras ma cour». Impuissante, dame Kadidiata, s’est soumise, pour faire plaisir à son époux.

Après l’accouchement de son dernier qui n’a aujourd’hui que sept mois, elle opte, advienne que pourra, pour la planification familiale. Le représentant résident de l’UNFPA, Auguste Kpognon fait savoir que les 179 pays participants à la CIPD, y compris le Burkina Faso, ont convenu qu’autonomiser les femmes et leur permettre de décider librement du calendrier et de l’espacement de leurs grossesses, ouvrirait la voie au développement durable.

«Au Caire, nous avons imaginé un avenir dans lequel chaque grossesse est voulue. Car, chaque femme ou fille, disposerait d’une autonomie sur son corps et serait en mesure de choisir quand et avec qui avoir des enfants», martèle-t-il. Il poursuit que l’UNFPA s’engage à la réalisation de trois résultats transformateurs d’ici à 2030, au bonheur des populations, à savoir, zéro besoin non satisfait en matière de PF, zéro décès maternel évitable et zéro violence basée sur le genre.

Afsétou SAWADOGO

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