Commune de Kaya : Bientôt la rentrée scolaire, les déplacés inquiets

Le maire de Kaya, Boukaré Ouédraogo : «Certains déplacés sont en réalité des fils de Kaya qui étaient partis à la recherche de terres fertiles ou d’or».

Les attaques terroristes ont entraîné des déplacements massifs de populations qui ont fui leurs zones d’origine pour se réfugier à Kaya, chef-lieu de la région du Centre-Nord. Hébergés pour la plupart dans les écoles de la commune, les déplacés internes doivent libérer les salles de classe pour la rentrée scolaire prévue, le 1er octobre 2019. Ce sont des gens plus que jamais inquiets que Sidwaya a rencontrés le jeudi 12 septembre 2019.

Moctar Sawadogo, la soixantaine bien sonnée et un membre supérieur amputé à la hauteur de l’épaule, vit depuis le mois de juillet à l’école primaire publique du secteur n°4 de Kaya dans le Centre-Nord. Venu de Dibilou son village natal situé à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de la région, il a fui après avoir échappé à une attaque terroriste qui a fait 24 morts sur le marché de la localité et a débarqué avec toute sa famille sur le domaine scolaire qui abrite un camp de déplacés.

«Des hommes armés non identifiés ont fait irruption au marché du village, ouvrant le feu sur les occupants. Ils ont laissé 24 personnes sur le sol avant de poursuivre leur chemin», relate le vieux Sawadogo qui a encore en mémoire le spectacle d’horreur et la douleur infligée aux familles et proches des victimes. Comme lui, ils sont 6143 personnes à avoir trouvé refuge sur le site à l’école «A» du secteur n°4. Depuis notre arrivée à Kaya, raconte M. Sawadogo, tout se passe tant bien que mal et nous partageons entre nous ce que nous recevons comme aide, étant donné que nous venons du même village.

Mais avec la rentrée scolaire qui s’approche, poursuit-il, nous devons libérer les salles de classe pour permettre aux élèves de la commune de reprendre le chemin de l’école comme leurs camarades des autres régions du pays. Cette situation inquiète le sexagénaire de Dibilou que nous avons rencontré, le jeudi 12 septembre 2019 à Kaya, qui craint de se retrouver dans la rue. «Nous ne savons pas le sort qui nous sera réservé, car la rentrée approche et nous n’avons pas un autre endroit où nous abriter.

Au fur et à mesure que les jours passent, le sommeil devient difficile», confie-t-il visiblement peiné, ajoutant que la situation est d’autant plus intenable qu’ils comptent parmi eux des élèves déplacés. A la tête d’une large famille (236 membres), Harouna Sawadogo et toute sa concession occupe un immeuble inachevé situé au secteur n°6 de Kaya. Ressortissant de la commune de Pissila, le chef de famille revient sur les raisons qui l’ont contraint à tout abandonner pour prendre la fuite avec les siens en direction de Kaya.

Harouna Sawadogo et sa famille (236 membres) ont trouvé refuge …

Les attaques, raconte-t-il, ont commencé dans notre zone en début d’année, mais nous sommes restés sur place espérant que la situation allait se calmer, jusqu’au jour où le doyen de la famille a été abattu froidement par les hommes armés. «J’ai alors décidé de partir pour préserver le reste de la famille. Les femmes ont mis les enfants dans les charrettes et ensemble nous avons fait le trajet (30 kilomètres environ) pendant la nuit pour arriver à Kaya au petit matin», explique-t-il entouré d’une horde d’enfants.

Dans ce bâtiment en construction qui expose l’intimité totale de la famille, aucun visiteur ne peut résister à la pulsion naturelle d’examen de conscience qui anime tout être, face à la misère indescriptible dans laquelle baignent ses semblables. Selon le recensement du comité de gestion, les membres de la famille sont majoritairement des enfants de moins de 10 ans.

«De la recherche de terres fertiles…»

Si cette famille est moins menacée par le sort qui guette les autres déplacés hébergés dans les établissements scolaires, elle éprouve cependant de sérieuses difficultés à répondre aux besoins alimentaires de ses membres. Contrairement aux deux familles précédentes, Salfo Ouédraogo et ses trois épouses sont accueillis par un oncle maternel installé à Kaya. Pour lui, peu importe les conditions de vie, le plus important c’était de trouver un abri.

Selon le maire de Kaya, Boukaré Ouédraogo, la commune a enregistré à la date du 12 septembre 2019, 75 648 déplacés sur plus de 177 000 pour la province du Sanmatenga. Face à ce nombre qui ne cesse de grossir au fil du temps, des organismes se mobilisent pour apporter des soutiens multiformes. Mais pour résoudre la question des déplacés dans sa commune, le bourgmestre appelle à plus de solidarité et de compassion de la part des citoyens. «Si, nous voulons juguler la crise humanitaire en cours, il faut que la chaîne de solidarité débute dans les familles et évoluer ensuite à l’échelle des organisations internationales d’aide humanitaire», propose, Boukaré Ouédraogo.

…dans cet immeuble inachevé situé au secteur n°6.

La question des déplacés, souligne-t-il, est complexe dans la mesure où certains d’entre eux sont en réalité des fils de Kaya qui étaient partis à la recherche de terres fertiles ou pour raison d’orpaillage. «Au lieu d’intégrer leurs familles respectives, ces derniers ont préféré se faire recenser comme des déplacés au même titre que ceux venus des localités lointaines et n’ayant vraiment pas une connaissance dans la ville de Kaya», regrette le maire. Ce dernier craint que les activités de sa municipalité ne se résument à la gestion des déplacés, ce qui portera un coup dur au développement de sa commune.

Le représentant des déplacés logés à l’école « A » du secteur n°4 de Kaya, Moctar Sawadogo, implore Dieu et les mânes des ancêtres pour un retour rapide au calme. «Notre plus grand souhait, c’est de voir la situation se calmer afin que nous puissions retourner dans nos villages respectifs et vaquer à nos occupations», formule-t-il. Un espoir partagé par Salfo Ouédraogo dont le domicile aurait reçu la visite d’individus suspects après le départ de la famille.

Des ONG intervenant dans le domaine de la santé de la reproduction se mobilisent de leur côté pour lutter contre les grossesses non-désirées dans les camps de déplacés notamment chez les filles de moins de 20 ans. Yvette Yoda est Agent de marketing social (AMS-lady) travaillant pour le compte de Marie Stopes International à Kaya. Selon la sage-femme, les conditions de vies dans les camps de déplacés exposent les jeunes filles à des grossesses non-désirées et l’ONG entend limiter les risques.

«Notre combat est de faire en sorte que les femmes et singulièrement les jeunes filles des sites des déplacés ne soient victimes de grossesses non-désirées qui vont alourdir leur peine», explique-t-elle. Elle confie que ses services sont très sollicités dans les camps considérés comme des sites non-conventionnels. «Avant, nous partions dans les villages environnants de Kaya pour nos prestations mais depuis quelques temps, nos interventions se font dans les camps des déplacés internes dans la ville», fait-elle savoir. Cette réorientation des services vers les sites d’accueil des déplacés a été faite en accord avec la représentation nationale de l’ONG au Burkina Faso.

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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