Pour la première fois au Cameroun, depuis 2016, début du conflit qui touche les régions anglophones du pays, le gouvernement a opté pour la discussion. Les débats ont commencé le 30 septembre 2019 et doivent durer toute la semaine. «La gravité de la situation qui prévaut dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest doit nous interpeller et nous préoccuper, mais surtout nous astreindre tous à une obligation de résultats », insistait le Premier ministre à l’ouverture des débats.

Mais cet appel apparaît comme un prêche dans le désert, parce que les groupes armés qui réclament la sécession des deux régions anglophones ne sont pas représentés, car le gouvernement n’a aucune intention d’évoquer la mise en place d’un Etat fédéral, comme le demandent pourtant de nombreux anglophones. C’est dire que les 700 délégués, convoqués pour le grand dialogue national à huis clos répartis dans les huit commissions qui portent sur des thèmes comme le retour des déplacés, le système judiciaire et éducatif ou encore le bilinguisme et le désarmement des ex-combattants, ont, non seulement du pain sur la planche, mais font en vérité, un travail de phacochère.

Déjà, au sein de la commission numéro 8, la plus suivie et la plus importante, sur la «décentralisation et le développement local», les débats sont houleux parce que la question du fédéralisme s’y est invitée. Le pays, autrefois appelé République unie du Cameroun, et devenu en 1984 la République du Cameroun ne doit pas faire fi de son passé fédéral, étant donné qu’il a deux cultures et deux systèmes de gouvernance.

En arrêtant en 2017 les leaders de la contestation sociale, le gouvernement camerounais a, peut-être sans le vouloir, aggravé la crise, se privant ainsi de vis-à-vis relativement modéré dans leurs revendications. Très vite, la revendication pour le fédéralisme et ensuite la céssession s’est accentuée, prenant une forme de lutte opposant l’armée camerounaise aux groupes armés sécessionnistes des deux régions anglophones. Organisé un grand dialogue national sans inviter les représentants crédibles de la contestation revient à raser quelqu’un en son absence.

En soi, le président Paul Biya et son gouvernement veulent concocter des solutions à un problème en vue de les imposer à une partie des Camerounais. «Seul le fédéralisme peut nous aider à vivre ensemble … Il ne faut pas donner de solutions qui ne vont pas répondre à leurs attentes. Si on fait quelque chose aujourd’hui qui ne donne pas la vraie solution, le problème va continuer», a prévenu Cornelius Esua, archevêque de Bamenda, dans la province anglophone du Nord-Ouest.

Plus d’un estiment qu’à défaut de libérer les leaders de la contestation afin qu’ils puissent participer aux travaux du grand dialogue national, il aurait été judicieux de faire l’effort d’associer ceux qui sont encore en liberté. Sinon, le dialogue aura beau aboutir à des «propositions concrètes», leur mise en œuvre sera un leurre. Cette grand-messe de la crise camerounaise n’est donc qu’un monologue de la partie francophone du pays et un coup d’épée dans l’eau, pour ne pas dire un dialogue de sourds entre le gouvernement et les sécessionnistes.

Jean-Marie TOE

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