Thomas Sankara:un rêve brisé

assassiné, le 15 octobre 1987. Trente-deux ans après sa disparition tragique, son rêve d’émancipation des peuples burkinabè et africains n’est pas encore une réalité.

Charismatique, anticolonialiste et panafricaniste, le capitaine Thomas Sankara refusait de voir l’Afrique être confinée dans le rôle d’«arrière-monde d’un Occident repu». Malheureusement, le 15 octobre 1987, aux environs de 16 h 30 au Conseil de l’Entente à Ouagadougou, cette expérience révolutionnaire «exaltante» s’achèvera sous le crépitement des kalachnikovs. Le père de la Révolution burkinabè était assassiné avec douze de ses compagnons par un commando. Un nom venait de s’ajouter à la longue liste des révolutionnaires africains éliminés avec la complicité des puissances occidentales : Patrice Lumumba au Congo, Amilcar Cabral en Guinée-Bissau et au Cap-Vert, Ruben Um Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié au Cameroun, Mehdi Ben Barka au Maroc, etc. Son assassinat a bouleversé tout un continent, brisant l’espoir d’émancipation auquel il avait su donner corps depuis le Burkina Faso, le pays des Hommes intègres. En effet, dès son accession au pouvoir le 4 août 1983, il appelle aussitôt la population à former des Comités de défense de la révolution (CDR). C’est le début de la Révolution burkinabè, nourrie par un profond désir d’indépendance. Féministe convaincu, écologiste avant l’heure, anti-impérialiste, Thomas Sankara est également épris de paix et de justice sociale. En l’espace de quatre années, il parvient à faire accéder un pays du Sahel à l’autosuffisance alimentaire. Très lié au monde rural, il n’hésite pas à s’en prendre frontalement aux féodalités. Les objectifs du jeune capitaine sont on ne peut plus clairs : «Libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler que, sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance». Il se montre, en outre, critique vis-à-vis de la dette qui maintient les pays africains dans une position d’assujettissement aux ex-métropoles. Sankara veut guérir son pays de la dépendance aux «aides» extérieures. De nouveaux circuits de distribution sont ainsi créés pour favoriser les productions locales et les fonctionnaires sont priés de s’habiller en Faso Dan Fani.

Envoyer des Burkinabè sur la lune

Dans les domaines de l’éducation, de l’environnement, de l’agriculture, de la réforme de l’Etat, de la culture, de la libération des femmes, de la responsabilisation de la jeunesse, les programmes se succèdent à un rythme effréné, suscitant parfois des dissensions avec les syndicats et jusque dans le camp révolutionnaire. Sur la scène internationale, l’homme s’impose très vite comme une grande voix du continent africain et, au-delà, des peuples opprimés ou maintenus sous tutelle. En 1986, lors d’une visite du président français, François Mitterrand, à Ouagadougou, il critiquera, en effet, devant les caméras, les complaisances de ce dernier avec le régime d’apartheid en Afrique du Sud. La Françafrique touchée en plein cœur voit sa mainmise en Afrique de l’Ouest menacée. Les réseaux françafricains sont-ils impliqués dans l’élimination physique de Thomas Sankara ? Une chose est sûre, trente-deux années après son assassinat, à l’heure où les puissances occidentales resserrent leur emprise politique, économique et militaire sur le continent pour perpétuer son pillage, son combat reste plus que d’actualité, c’est-à-dire parachever la décolonisation pour permettre aux Africains de conquérir leurs droits au progrès et à liberté. Visionnaire, ambitieux, «Thom Sank», comme on l’appelait affectueusement, visait la lune, au propre comme au figuré. Une année avant sa disparition, à l’occasion d’une visite officielle en Union soviétique, il est invité à la Cité des étoiles où sont formés et entraînés les cosmonautes. La découverte d’une capsule Soyouz, des stations Saliout et Mir lui font grande impression.  « J’ai dit non, ce n’est pas tout camarade, je voudrais vous demander une chose… Deux places. Il faut que vous prévoyiez deux places pour former des Burkinabè. Nous aussi, nous voulons aller sur la lune. On veut aller là-bas ! Et nous sommes sérieux. Nous voulons envoyer des gens sur la lune », racontera-t-il plus tard. C’est son idéalisme qui l’a perdu, d’aucuns disaient, regrette Alouna Traoré, le seul rescapé de la tuerie du 15 octobre, pour qui c’était un rêveur. Le rêve de Thomas Sankara, et sans doute celui de millions d’Africains et de Burkinabè, a-t-il pris fin le jour de son assassinat? Rien n’est moins sûr.

W. Aubin NANA
Sources : www.humanite.fr , www.thomassankara.net , www.jeuneafrique.com

1 COMMENTAIRE

  1. DE MON OBSERVATOIRE ET AFRIQUE TRIBUNES

    CAPITAINE THOMAS SANKARA : LE 21 DÉCEMBRE 2019, IL AURAIT EU 70 ANS S’IL N’AVAIT PAS ÉTÉ ASSASSINÉ !

    (post proposé en relecture)

    Entre le 15 octobre 1987 et le 15 octobre 2019, trente deux (32) ans se seront allègrement écoulés sans que le capitaine-peuple Thomas Noël Isidore Sankara ne soit situé sur l’identité de ses assassins. Ses douze compagnons qui ont également péri avec lui.

    Ses deux géniteurs, Sambo Sankara et Marguerite ont pleuré de toutes les larmes de leurs corps jusqu’à quitter la terre de leurs illustres ancêtres sans savoir qui a ordonné à qui de tuer leur enfant, pour quelles raisons et à quelles fins ?

    Pourtant, une autre victime d’assassinat non encore élucidé, le journaliste Norbert Zongo alias Henri Sébgo, brûlé vif le 13 décembre 1998 en rade de Sapouy (ses trois compagnons d’infortune avec) avait toujours supplié les meurtriers d’avoir le courage de reconnaître qu’ils ont été la main qui a tué ou la bouche qui a donné l’ordre de le faire !

    C’était hélas sans compter avec la ferme et farouche lâcheté des assassins et de leurs commanditaires ! Sa mère, Augustine, a également été rappelée à Dieu fin 2018 à Koudougou, chef-lieu du Burlkiemdé les larmes aux yeux, sans avoir la moindre idée de quelle personne a pu commanditer le meurtre de son fils bien aimé.

    Si Thomas Sankara et Norbert Zongo étaient encore en vie, nul doute qu’ils auraient beaucoup apporté à leur peuple, à leur pays, à leur continent et au reste du monde. Mais, des gens qu’ils empêchaient de détourner et de bouffer en rond ont décidé d’abréger leurs vies le 15 octobre 1987 peu après 16 h dans les locaux du conseil de l’entente de Ouagadougou et le 13 décembre 1998 sur la route du Ranch de Nazinga (Sapouy).

    ENNEMI JURÉ DES VOLEURS ET DES BANDITS A COL BLANC !

    Bête noire des prévaricateurs de l’économie, des persécuteurs de tous ordres et de tout acabit, Thomas Sankara agaçait les commerçants véreux, les fonctionnaires pourris, les affairistes malhonnêtes pressés de s’enrichir goulûment sur le dos des pauvres contribuables.

    On s’en doute cependant, quand ses adversaires politiques ont commis l’irréparable, les Burkinabè qui ont le plus regretté la mort du jeune capitaine fougueux de 36 ans faisaient partie des licenciés et dégagés de la fonction publique, des fraudeurs de fisc, de douane et de métaux précieux jugés et condamnés par les TPR (tribunaux populaires de la révolution).

    Hors du territoire national, Thomas Sankara est de plus en plus adulé et régulièrement cité en exemple pour sa grande rigueur dans la gestion des ressources publiques. Le président rwandais, Paul Kagame, lui, ne passe pas par quatre chemins pour exalter les hauts faits d’arme du capitaine-peuple. Cet homme-là, se convainc-t-il, a déjà tout prévu sur le long terme pour nos pays africains !

    Alors, il jette régulièrement un œil dans l’agenda de l’ancien mousquetaire de la révolution d’août 1983 et prend ce qui lui semble bon et réalisable pour son peuple. Du reste, il est convaincu, à l’instar de Sankara, que « tout ce qui sort de l’imagination de l’homme est réalisable par l’homme. »

    Comme lui, le président béninois Patrice Talon, ne tarit pas d’éloges envers le capitaine-président du CNR froidement assassiné et enterré comme un chien dans le cimetière des pauvres sis dans le quartier Dagnoën de Ouagadougou. Ses douze compagnons avec !

    Africain inhabituel, Thomas Sankara reste présent dans la mémoire collective de l’humanité. En témoignent les innombrables marques de reconnaissance, les monuments frappés à son effigie, les grandes écoles dédiées à son nom, les livres, films, pièces de théâtre et écrits de presse qui lui sont régulièrement consacrés !

    Toutes choses qui font de lui une véritable icône de la lutte anti-impérialiste et anticolonialiste. Et, même mieux, un immortel dont le nom est déjà inscrit en lettres d’or au Panthéon de l’histoire. Pendant ce temps, ses assassins sont activement recherchés par toutes les polices et les institutions judiciaires de la planète, l’imprescriptibilité du crime du 15 octobre 1987 étant formellement établi par la justice burkinabé !

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