Les Universités africaines de la Communication (UACO) s’ouvrent le lundi 25 novembre 2019 à Ouagadougou. Dans cette interview accordée à Sidwaya, le jeudi 21 novembre, le ministre de la Communication et des relations avec le Parlement, Remis Dandjinou, lève un coin du voile sur l’organisation de l’évènement.

S : Le thème de la 11e édition des UACO est : « Communication et géopolitique : construire une autre image de l’Afrique ». Quelle image du continent voulez-vous promouvoir ?

Remis Dandjinou (R.D.) : La réalité est que nous sommes nous-mêmes, les premiers à confectionner une image qui nous revient et, qui parfois, nous déçoit : l’image d’une Afrique qui cherche ses repères, sa voie, qui est continuellement en conflit. De nos jours, par exemple au Burkina Faso, il y a certes l’insécurité, mais nous avons aussi d’autres éléments à mettre en valeur, même concernant la question sécuritaire. A titre illustratif, dans le cas des réfugiés, c’est les capacités des populations à prendre en charge leurs frères et sœurs venus d’ailleurs. Personne ne met suffisamment en valeur le côté altruiste, humaniste, burkinabè dans le sens de l’intégrité et la disponibilité à aider autrui, dont certaines populations ont fait montre. On ne montre que les aspects déplaisants. Je sais que parfois dans la presse, c’est de bonne guerre. Mais, nous sommes dans un cadre géopolitique et c’est l’image que nous renvoyons de nous-mêmes que les autres utilisent à leurs fins et parfois pour nous desservir. Il est important que nous sachions cela. C’est pourquoi, des professionnels des médias et des universitaires, des personnes ressources seront là pour partager leurs réflexions dans le sens d’améliorer l’image que nous donnons de nous-mêmes aux autres.

S : La manifestation se tient, malgré un contexte sécuritaire difficile au Burkina Faso. Voulez-vous faire passer un certain message ?

R.D. : C’est toujours la question de l’image. Comment donner l’image d’un pays comme le nôtre qui fait face à des défis sécuritaires énormes, mais qui doit continuer à se construire en ayant la capacité de donner un message d’espoir, de réfléchir aux goulets d’étranglement ou aux difficultés qui nous empêchent de profiter pleinement des potentialités ? C’est la raison de la tenue de ces 11es UACO avec l’accompagnement des plus hautes autorités. Nous allons, cette année, faire participer des journalistes venus de l’intérieur du pays. Nous allons également associer la majorité des ministres de la Communication de l’espace Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), espace dans lequel nous partageons en partie les difficultés sur le plan sécuritaire et les soucis de reconstruction de l’image à même de porter les espoirs de développement et de vivre-ensemble des populations.

S : Qu’est-ce qui justifie l’institution d’un pays invité d’honneur et le choix de la Côte d’Ivoire en cette qualité ?

R.D. : L’innovation se justifie par le fait que nous ne voulons plus que les UACO soient liées à des personnes, mais soient ancrées dans l’espace sous-régional, d’abord de l’UEMOA et ensuite, au fur et à mesure, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Pendant longtemps, les UACO ont dépendu du carnet d’adresse de telle ou telle personne. Nous voulons qu’elles deviennent véritablement des universités africaines où les acteurs seront intéressés à venir déjà, parce que c’est un cadre de production intellectuelle et de réflexions. Nous avons associé la Côte d’Ivoire comme invité d’honneur, afin de partager son expérience en tant que pays qui a connu une histoire tumultueuse, qui est arrivé à reconstruire son image sur la scène internationale et qui continue à y travailler. Les éditions à venir permettront de désigner d’autres pays de la sous-région comme invités d’honneur.

S : D’où viennent les participants et combien sont-ils ?

R.D. : Les participants sont au nombre d’environ 500 dont 70 venant de la sous-région et des universités européennes qui ont postulé aux appels à production intellectuelle. Des ministres de la communication de l’espace UEMOA, des directeurs de médias, notamment de la presse écrite et de médias d’Etat seront présents. Nous avons également voulu que des journalistes résidant hors de l’Afrique, qui participent à écrire l’histoire du continent, notamment dans l’espace francophone, puissent venir voir comment leur travail est ressenti. Ainsi, des plumes connues viendront pour des échanges afin de trouver le juste intérêt à la fois de la collecte, du traitement et de la diffusion de l’information et de la sauvegarde des images de nos pays.

S : Quel bilan faites-vous du parcours des UACO depuis leur institution ?

R.D. : Il faut reconnaître à ceux qui ont eu l’initiative des UACO, le mérite d’avoir créé un espace de réflexions. Les actes des universités permettent de revoir ce qui s’est passé sur des questions à l’époque sensibles, comme l’accès aux médias sociaux, les médias par rapport à la transformation du système économique dans lequel ils exercent. Toutes ces réflexions menées ont pu préparer ces médias sous régionaux à évoluer. L’ambition est actuellement d’avoir avec le FILEP (Ndlr : Festival international de la liberté de presse) une meilleure synergie pour capitaliser les acquis des deux événements qui se tiennent les mêmes années à un ou deux mois d’intervalle. Une meilleure synergie, afin d’avoir une économie d’échelle importante et de faire de Ouagadougou, une capitale de la réflexion sur la communication comme pour le cinéma, à travers le FESPACO et pour les arts à travers le SIAO.

S : Quel appel lancez-vous aux hommes de médias et au public ?

R.D. : Je les invite à participer aux différentes activités. La télévision fera quotidiennement des résumés, mais la présence aux différents panels est importante. Car, elle mettra tout le monde au diapason des communications et d’avoir, en fin de compte, un enrichissement mutuel.

Interview réalisée par

Jean Philibert SOME

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