Lorsqu’on veut égrener les principales causes du sous-développement de l’Afrique, l’on ne peut passer sous silence la question de la dette extérieure du continent. Sur les 54 pays africains, 17 sont considérés comme ayant un endettement excessif. Une situation, qui préoccupe à la fois les populations et les dirigeants du continent noir. C’est du reste l’intérêt du sommet de Dakar au Sénégal, co-organisé le 2 décembre 2019, par la présidence sénégalaise et le Fonds monétaire international (FMI), en partenariat avec les Nations unies et le cercle des économistes. Cette tribune a été l’occasion pour plusieurs chefs d’Etat africains et bien d’autres participants, de réfléchir aux solutions visant à trouver le juste équilibre entre le développement durable des Etats. A ce propos, la sempiternelle question est de comprendre comment l’Afrique peut-elle encore financer son développement lorsque plus de 40% des recettes budgétaires sont consacrées au remboursement de la dette ? L’on serait d’emblée tenté de croire qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. Selon la patronne du FMI, Kristalina Georgieva, sept pays africains sont dans une situation de surendettement, pendant que neufs autres sont proches de ce seuil. Ce qui réconforte le président sénégalais, Maky Sall, dans sa position que la situation n’est pas aussi préoccupante, car l’endettement global du continent tournait autour de 45% en 2018. Et son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, de lui emboîter le pas en prenant l’exemple sur son pays. «Le pourcentage de la dette sur le PIB en Côte d’Ivoire est de 48%. Ce pourcentage était de 66% en 2011. Cette baisse a été possible à cause de l’effacement de la dette des pays très endettés», a-t-il confié. Même si des efforts sont consentis pour la maîtrise de la dette, il n’en demeure pas moins que les indicateurs actuels commandent encore plus de sacrifices afin de la ramener à une proportion raisonnable. A cet effet, une rigueur dans la gestion de la chose publique doit être de mise si les pays africains veulent franchir les cinq étapes de la croissance économique de Rostow, à savoir, passer de l’économie traditionnelle à une société de consommation de masse, en passant successivement par les conditions préalables du développement, le take-off ou décollage et la phase de la maturité. Pour réussir ce pari, une guerre sans merci contre l’analphabétisme, la corruption, le terrorisme et les effets du changement climatique s’imposent. Aussi, une mobilisation suffisante de recettes internes s’avère-t-elle nécessaire pour que l’Afrique prenne en charge ses besoins de fonctionnement, ses investissements et sa dette ? Au-delà des efforts du continent, l’idée même de maintenir une telle dette pose problème. Lorsqu’on revisite un pan de l’histoire, après cinq siècles de pillage, d’esclavage et de colonisation et vingt années d’ajustements structurels, les populations du Sud sont en droit d’exiger des réparations pour toutes les souffrances subies et causées par un mécanisme qui leur est imposé. L’annulation totale de cette dette sera donc la première des réparations. Une telle position est encore plus justifiée pour la simple raison que la dette a déjà été remboursée plus d’une fois. Pour 1 dollar dû en 1980, les Etats africains ont remboursé 4 dollars mais en doivent encore 2,5. Cette dette a donc cessé de faire l’objet d’un remboursement équitable dans des conditions régulières, pour devenir un instrument de domination. Au moment où toute la planète présente l’Afrique comme le nouvel Eldorado, les Africains gagneraient à se pencher sur leur rapport avec le monde extérieur en prenant en main les leviers de la commande du développement, car comme le disait Joseph Ki-Zerbo : «On ne développe pas, on se développe».

Abdoulaye BALBONE

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