Comme tu m’as manqué ! Ce fut la traversée du désert. Au nom de tous ceux qui ont subi ton absence, le coude en berne, je verse un verre de bière, une boule d’alcool frelaté pour ressusciter ma fierté amputée et je fais une prière, afin que plus jamais, la tragédie de ta pénurie ne s’abatte sur la confrérie de la gnole. « Oh Bacchus, dieu de l’ivresse et de l’extase, que tes doses arrosent toutes les gargotes moroses où je papote en prose ; que des rivières de bières inondent nos gorges asséchées et que notre seul refuge se noie dans tes déluges d’effluves ! Amen ! ». Ô bière de mes fières moustaches imbibées, bière de mes noyades au goulot, bière de mon être anémié, je te boirai à jamais ! Ô alcool, alcool, quand tu es frelaté, tu m’emportes dans la voie lactée, tu me fais balader, dans un monde à l’envers ; avec deux verres, le feu rouge devient vert, je passe ; tant pis si je trépasse ; il faut mourir de quelque chose. Ah l’alcool, quand tu nous tiens, c’est bien, on est tellement bien qu’on ne sent rien, on n’entend rien, on ne voit rien ! Quand tu es fraîche, tu m’excites les papilles, mes pupilles se dilatent, mes lèvres vibrent, même mes oreilles se redressent. Ah la bière, quand tu mousses, ma langue trémousse, tes pépites de bulles dorées me rappellent les rayons du soleil, tu m’émerveilles quand la bouteille vermeille transpire, je respire comme un vampire, je soupire. Tu es le pire de mes désirs, pour toi je suis prêt à donner ma foi, ma foi ! Quand je te bois, je vois au-delà du réel, le monde devient irréel, les hommes ne sont plus que des ombres sombres sur un tableau de flou éthylique. Comme c’est hallucinant et fascinant ! Ô bière qui libère mes sens et oblitère mes souffrances, toi qui sponsorise mes errances et tolère mes carences, toi qui t’empares de ma conscience pour me montrer le bon sens, dans le silence de mes transes, je balance entre nonchalance et somnolence. Je plane, je flâne, je glane dans ma tête des idées qui se répètent à perpète. Je pète les plombs, mais je reste d’aplomb. Parfois, sans copeck, je m’entête à faire la quête pour faire la fête et n’en faire qu’à ma tête. A la sauvette, je m’endette à la buvette chez « Yvette » pour une partie de pipette à la cuvette. Tu es trop chouette ! « Bière, c’est pas bière ! » regarde comme tu me rends fier d’être en enfer ! De la calebasse à la bouteille en passant par les doses expresses de
« toossé » et ou de « tchutô tchurô » avalées à la volée, l’alcool m’immole, mais je le boirai au vitriol. Peu importe la camisole, l’alcool, c’est mon pétrole, mon gazole. Parfois, je me désole, mais l’alcool me console. C’est ma boussole, avec ou sans le Nord, je t’honore ô mentor !

« L’alcool est mon berger, je ne manquerai de gorgée, je ne crains aucune soif, il me fait reposer dans les fers en verre du breuvage de l’esclavage, et quand je marche dans les «six mètres » sombres, dans l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ». Sans alcool, la vie serait comme une tour de contrôle sans boussole ni parabole et ça ce n’est pas drôle ! Alcool, alcool, comme tu me colles par les colles, je te vénère, ô toi mon idole, j’irai à ton école, sans ras-le-bol, je te boirai même à l’éthanol. Pour une fiole, j’abandonne ma geôle de piaule, je m’isole, loin des marmailles qui miaulent. Je sirote ma bière avec ceux qui poirotent dans les gargotes et marmottent seuls en rentrant le soir et en chantant l’hymne de la défaite. Pour tous ces alcooliques, point de hic. Boire, c’est refuser de voir le monde en noir ; boire c’est se raconter des histoires pour croire que nos déboires ne sont que des victoires et qu’un bon sommeil de loir efface au réveil les soucis du soir. Il faut boire pour croire !

Mais encore faut-il croire pour boire. Quel déboire ! Chaque année, l’alcool tue près de 3 millions de personnes dans le monde. C’est trop, c’est gros. Pour une bière de trop, on peut se retrouver sur une civière, pire, dans une bière, pour le cimetière, au grand bonheur des termitières. Pour un verre de plus, on peut s’offrir une place en enfer et il n’y a plus rien à faire sur terre. Pour tous ces alcooliques boulimiques aux comportements éthyliques, si vous broyez du noir, rien ne sert de boire au point de ne plus rien voir. La vie n’est pas toujours noire, la gloire de boire est dérisoire et même illusoire ! Attention, attention, les alcools frelatés tuent, mais retenez surtout que qui boit un verre boira une cave. Mais boira bien qui boira le dernier ! A votre santé !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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