Utilisation de l’injectable DMPA-SC :  « Il n’y a que le Burkina Faso qui a réussi à tracer sa consommation », Rodrigue Ngouana Ngoufo

Le Burkina Faso fait partie des quatre premiers pays à savoir, le Sénégal, le Niger et l’Ouganda, à  introduire en 2014, le DMPA-SC, une méthode contraceptive moderne sous cutanée, au profit des femmes et des filles Six ans après, le directeur du projet DMPA-SC à Jhpiego, Rodrigue Ngouana Ngoufo a révélé  dans cet entretien, que les indicateurs de Planification familiale (PF) du pays des ‘’Hommes intègres’’ sont pour la plupart en évolution. Le projet prend fin en 2021 et des réflexions sont en cours selon lui, sur la possibilité de rendre disponible cette méthode injectable dans les pharmacies.

Sidwaya (S) : Qu’est-ce que le DMPA-SC ou Sayana Press ?

Rodrigue Ngouana Ngoufo (RNN) : Le DMPA-SC ou Sayana Press est une méthode moderne injectable, qui procure trois mois de protection contre une grossesse. La femme ou la fille s’injecte elle-même sous la peau, soit à l’avant de la cuisse ou de l’abdomen. Elle est protégée contre la grossesse, si elle s’injecte dans les deux semaines précédentes ou les quatre semaines suivant la date prévue de l’injection. Par contre, si elle est à plus de quatre semaines après la date prévue de l’injection, il se peut qu’elle ne soit pas protégée contre une grossesse. Dans ce cas-ci, elle ne fait pas l’injection. Elle doit  contacter un agent de santé pour discuter de ses options de Planification familiale (PF).

S : Le projet intervient dans combien de pays du Partenariat de Ouagadougou  (PO) ?

RNN : Ce projet se met en œuvre dans huit des neuf  pays du PO, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Togo, avec l’appui technique de Jhpiego. Son objectif est d’appuyer les pays à introduire et à passer progressivement à l’échelle, ce contraceptif moderne, dont l’achat est supporté par l’UNFPA, afin d’aider les pays à compléter la gamme des produits contraceptifs offerts aux femmes et aux filles. Cette approche vise à renforcer l’autonomisation des femmes et leurs capacités de choix des méthodes contraceptives.

S : Y a-t-il un engouement autour de cette méthode  moderne de courte durée ?

RNN: L’acceptabilité de cette méthode injectable est plus élevée chez les femmes. Le fait que l’aiguille soit petite, elle facilite l’injection et les femmes  ont trouvé que l’idée était géniale, de pouvoir s’injecter soi-même, sans craindre la douleur, à la différence  de l’autre méthode qui était intramusculaire. Cette méthode lui donne son autonomie dans la gestion de sa santé. Il a été démontré que plus de 80% des femmes continuent les méthodes contraceptives lorsqu’elles utilisent le DMPA-SC. Au Burkina Faso, le taux de prévalence contraceptive est représenté par des injectables avec près de 10% d’utilisatrices du DMPA-SC. Les préférences sont essentiellement les implants (44,1%) suivis des injectables (31,9% dont 13,1% pour le Sayana Press) et la pilule (12,6%).

S : Une femme peut-elle s’auto-injecter sans passer par un agent de santé?

RNN: L’auto-injection des méthodes contraceptives fait partie de l’auto-prise en charge. Il faut que la femme se rende d’abord dans une formation sanitaire et si son choix est porté sur le DMPA-SC, l’agent de santé lui apprend comment s’auto-injecter. Le Burkina Faso et le Bénin sont déjà des utilisateurs, le Mali aussi emboîte les pas. Ces pays sont en train de développer la directive nationale de l’auto-injection. Cela signifie qu’une fois que la femme réussie à faire elle-même son injection, l’agent de santé peut lui remettre une ou deux doses pour son réapprovisionnement à la maison, pour dire qu’avec ces doses, elle ne doit repartir pour son prochain rendez-vous que dans six ou neuf mois. Cela dépend des dispositions prises dans chaque pays.

S : Cette méthode a-t-elle des effets secondaires ?

RNN: Il y a des femmes qui ont essayé plusieurs méthodes avant de trouver celles adaptées à leur organisme. Lors de l’utilisation de DMPA-SC, certaines femmes pouvant éprouver une absence de saignements menstruels, soit des saignements abondants ou irréguliers, des maux de tête, de changement d’humeur, de douleurs ou des crampes  abdominales.  Il n’y a pas d’inquiétudes. Elles  peuvent contacter un agent de santé. Mais pour une femme qui renouvelle tous les trois mois, cette méthode, il ne doit normalement pas y avoir de problèmes.

S : Le DMPA-SC est-il disponible et gratuit dans les pays utilisateurs?

RNN : C’est l’UNFPA qui assure la distribution des produits dans tous les pays. Le Niger dispose plus de 600 mille doses stockées. En 2016, la Côte-d’Ivoire était à 400 mille doses et elle a démarré une phase introductive dans trois de ses districts sanitaires. A ce jour, il ne lui reste que 120 mille doses et un plan de passage à l’échelle a été développé et il devra être validé ce mois de décembre. Au Burkina Faso il n’y a pas de stock mais plutôt une consommation accrue, car il est passé de 20 194 consommatrices en 2014 à 324 395 en 2018. Le Bénin qui était en rupture depuis le mois de juin a pu se réapprovisionner en novembre dernier. Des pays sont en train de voir comment les auxiliaires de pharmacie peuvent offrir la méthode aux utilisatrices comme les agents communautaires le font à travers des formations. Le Kenya a déjà fait cette belle expérience et nous verrons dans quel cadre la dupliquer dans les pays du PO pour faciliter l’accès. De nos jours, nous parlons de la gratuité des méthodes contraceptives qui n’est pas effective dans certains pays du PO. Mais le Niger et la Mauritanie sont les deux seuls pays ou le DMPA-SC est gratuit.  Dans les autres pays, il est payant entre 500 et 1 000 F CFA.

S : L’analphabétisme ne serait-il pas un obstacle pour l’utilisation de cette méthode ?

RNN : Pour cette méthode, la femme n’a pas besoin de savoir forcement lire ou parler le français. En milieu communautaire, les agents de santé conseillent aux femmes en langue locale de l’utiliser. Il y aussi les aides mémoires à travers les dessins, qui peuvent les aider. Notre objectif est que ce produit ait un impact sur les femmes, dans les localités reculées. Il y a celles qui utilisent le DMPA-SC à l’insu de leurs maris, mais il faut reconnaître que l’engagement des hommes est important dans la Planification familiale et les religieux essayent de nos jours, de lever ce tabou, en sensibilisant les hommes à l’utilisation des méthodes contraceptives.

S : Quels sont les défis en matière d’adoption du DMPA-SC ?

RNN : Nous sommes en train d’associer les communicateurs dans ce projet, notamment ceux du  Partenariat de Ouagadougou (PO), afin qu’il ait plus de communication  au  niveau national. Nous voulons également mobiliser les ressources pour appuyer la mise en œuvre du plan national de passage à l’échelle y compris les approches à haut impact du DMPA-SC. Il y a l’amélioration de la chaîne logistique et celle d’approvisionnement, en vue de garantir une sécurisation des stocks des produits SR et du DMPA-SC  et le renforcement des procédures de gestion  des déchets biomédicaux liés à l’usage du DMPA-SC.

Afsétou SAWADOGO

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