Alain Siri, SP du PNDES : « Nous devons poursuivre la mobilisation des ressources propres »

Pour le SP du PNDES, les résultats atteints sont réconfortants.

Alain Siri, le secrétaire permanent est à la tête de l’organe chargé du suivi du Plan national de développement économique et social . A travers cette interview, il fait le bilan des réalisations, des difficultés rencontrées et les solutions expérimentées, après quatre années de mise en œuvre du nouveau référentiel de développement.

Sidwaya (S.): Pour une partie de l’opinion publique, Paul KabaThiéba est parti de la Primature avec « son PNDES ». Est-ce le cas ?

Alain Siri (A.S.) : L’ancien Premier ministre, SEM Paul Kaba Thiéba, a effectivement porté avec vigueur la communication et l’action publique de développement dans la mise en œuvre du PNDES. C’est un mérite. Cela étant, comme Cadre d’orientation du développement au Burkina Faso, l’élaboration du PNDES a été annoncée par le Président du Faso, SEM Roch Marc Christian Kaboré, dans son programme de société et cela, avant même son accession au pouvoir.

C’est pourquoi, en présentant à l’Assemblée nationale, le 18 février 2019, sa déclaration de politique générale, SEM Christophe Joseph Marie Dabiré indiquait dès l’entame de son discours, qu’il présentait la « feuille de route de sa contribution à la réalisation du programme du président du Faso, traduit désormais en Plan national de développement économique et social ».

Aussi, il a articulé son discours sur la situation de la nation devant l’Assemblée nationale, le 16 mai 2019, à la fois sur les réponses apportées par le gouvernement aux défis de l’heure et sur les efforts de mise en œuvre du PNDES.
Du reste, les membres du gouvernement conduisent régulièrement, chacun en ce qui le concerne, l’exécution du pan du Plan qui relève de ses compétences et se soumettent également assidûment aux exercices de revues annuelles et infra-annuelles de performance dans la mise en œuvre du PNDES que vous couvrez régulièrement.

Enfin, comme votre question insinue que la communication sur la mise en œuvre du PNDES a baissé en intensité, j’estime qu’elle invite aussi à mettre vigoureusement en œuvre au cours de l’année qui s’ouvre, les activités de dissémination et de capitalisation des résultats du Plan, bien planifiées dans la stratégie de communication sur le PNDES.

S. : Le Burkina Faso avait organisé une conférence pour mobiliser les bailleurs de fonds autour du PNDES. En quatre années, quelle est la situation de la mobilisation des ressources, à l’interne comme à l’externe, pour le financement du plan ?

A.S. : Les intentions de financements annoncées s’élevaient à 8000 milliards FCFA. Ce montant se distingue de celui du besoin de financement qui est de 5 570,2 milliards FCFA. C’est par rapport à ce montant qu’il faut apprécier la performance du gouvernement en matière de mobilisation des ressources. A cet égard, à la date du 30 septembre 2019, le montant cumulé des ressources extérieures mobilisées s’élève à 3 833,24 milliards FCFA. Il s’agit des montants cumulés inscrits dans les conventions de financements convenus avec les partenaires du Burkina Faso.

Ce montant total représente 68,8 % du gap à rechercher pour le financement du PNDES. En revanche, concernant les ressources propres, la situation en fin septembre 2019, fait état d’un taux de mobilisation de 56,3%, soit 5 531,48 milliards FCFA sur une cible 2020 de 9 825,2 milliards FCFA. Les efforts doivent se poursuivre en matière de mobilisation des ressources propres, car bien mieux que les financements extérieurs, l’exécution de cette catégorie de ressources est aisée et souple.

S. :De façon concrète, qu’est-ce que le PNDES a permis d’acquérir comme réalisations physiques dans les secteurs clés de développement ?

A.S. : Le PNDES étant le cadre d’orientation global du développement, il est très difficile de présenter ses réalisations. Toutes les réalisations du gouvernement et des partenaires institutionnels et privés y concourent. C’est pourquoi, je me contenterai de fournir des exemples par secteur. J’invite vos lecteurs à visiter la page web du PNDES () pour avoir une vue plus exhaustive des réalisations accomplies dans ce cadre. Ainsi dans le secteur de l’éducation primaire, 3470 salles de classe ont été construites dont 1643 pour normaliser les écoles à 3 classes et 1263 pour résorber le phénomène de classes sous paillote, par ailleurs 14 660 instituteurs certifiés ont été recrutés et formés.

Dans l’éducation postprimaire, 68 lycées et 449 collèges ont été construits et 7194 enseignants ont été recrutés pour assurer les cours aussi bien dans les collèges et les établissements secondaires général et technique. Dans le secteur de la santé, on peut mettre à l’actif du PNDES la construction de 149 CSPS, la création de 270 CSPS grâce à la transformation de formations sanitaires incomplètes, la transformation de 46 CSPS en centre médicaux ; la construction des CHR de Ouahigouya et Ziniaré ainsi que la formation de 17668 agents de santé communautaires au profit des villages.

En quatre ans, 1065 médecins et 131 pharmaciens ont été également mobilisés. En matière d’eau et d’assainissement, sous la houlette du PNDES, 6446 forages neufs ont été implantés, 2447 autres réhabilités, et 117881 latrines familiales ont été réalisées. Le secteur des routes est celui dans lequel les résultats sont le plus visibles avec 378,55 km de travaux de bitumage achevés, 1 927,83 km de pistes rurales aménagées. A cette liste non exhaustive des réalisations physiques du PNDES, on peut ajouter la construction de 9 nouveaux barrages construits et la réhabilitation de 22 autres dégradés, la mise à disposition de 17 790,70 tonnes de semences améliorées  et 500 tracteurs au profit des producteurs

S. :Toutes ces réalisations ont permis d’améliorer les indicateurs dans certains domaines. Lesquels ?

A.S. : Encore une fois, c’est difficile et même délicat de présenter une sélection d’indicateurs d’effets du PNDES qui illustrent les domaines où les progrès sont palpables. Les progrès sont plus aisés à réaliser dans certains domaines plus que dans d’autres où par nature, les retombées sont difficiles et lentes à générer. Cette précision faite, je m’efforcerai de présenter par axe stratégique du PNDES, 3 ou 4 résultats générés par sa mise en œuvre sous-tendus par l’évolution des indicateurs d’effet.

Ainsi, au niveau de l’axe 1 du PNDES portant sur la réforme des institutions et la modernisation de l’administration, les profils des indicateurs d’effets se sont améliorés dans les domaines de la justice et des gouvernances économique et administrative. C’est ainsi qu’en matière de justice, la célérité dans le traitement des affaires civiles s’est améliorée, avec la durée moyenne de traitement des affaires civiles qui est passé de 2 mois 21 jours en 2015 à 1 mois 21 jours en 2018. Il est de même pour les affaires commerciales, où la durée de traitement est passée de 7 mois 3 jours en 2015 à 6 mois 2 jours en 2018.

En matière de gouvernance administrative, les progrès en matière de dématérialisation des procédures ont permis l’enrôlement en ligne des candidats d’un grand nombre de concours de la Fonction publique et l’inscription des étudiants dans les universités publiques. Dans le domaine de la gouvernance économique, les politiques conduites ont comme effet de porter le ratio des recettes fiscales sur le PIB à 17,4%, contre 14,2% en 2015, symbolisant une amélioration de l’autofinancement du développement du pays.

Au niveau du développement du capital humain (axe 2 du PNDES), les effets bénéfiques de la politique de santé ont eu comme retombées, le recul des fins de vie dans l’enfance et pendant les accouchements. A ce titre et pour ne citer que cette seule statistique, le nombre de décès de mères pour 100 000 accouchements est passé de 134,6 en 2016 à 119,6 en 2018. Au niveau de l’éducation, les effets les plus éclatants de la mise en œuvre de la politique de l’éducation et de la formation concernent l’amélioration du taux d’achèvement au postprimaire qui est passé de 24,2% en 2015 à 40,63% en 2018 et l’amorce du basculement vers davantage de formation technique et professionnelle.

Le bond appréciable de 640 000 nouveaux bénéficiaires d’eau potable en 2018 entretient l’espoir d’un recul appréciable des maladies d’origine hydrique. Enfin, au niveau de l’axe 3 portant sur la dynamisation des secteurs- porteurs pour l’économie et les emplois, l’accroissement de la capacité de stockage en eau de surface de 5035,55 millions de m3 en 2015 à 6 135,35 millions de m3 en 2018 et l’aménagement de plus de 27 hectares de bas-fonds et de périmètres pour l’agriculture ou la maraîcher-culture permettent d’envisager l’accroissement de la production agricole sous maîtrise d’eau et partant, l’augmentation de la productivité agricole.

Dans le domaine de l’énergie, la Puissance installée (en Mégawatts) est passée de 300MW en 2015 à 359,547 MW en 2018 avec une puissance disponible qui a été accrue de 325 MW en 2015 à 560 MW en 2019. La dynamique de l’accroissement de la puissance ouvre de plus larges perceptives à l’accroissement de l’accès des ménages et des entreprises à l’électricité. En matière d’infrastructures routières, grâce aux routes construites et aux pistes rurales réalisées, les indicateurs de couverture du territoire en routes bitumées et en pistes rurales ont progressé ainsi qu’il suit : de 24% en 2015 à 25,61% en 2018 pour ce qui est de la proportion de routes bitumées et de 27% en 2015 à 33,6% en 2018 pour ce qui est de la proportion de pistes rurales.

J’ajoute à cela que des routes en bon état procurent à la population une facilité de mobilité, des économies de dépense de carburant et d’entretien de leur moyen de déplacement, sans compter les opportunités de création d’affaires que procurent les bords des routes. Ne dit-on pas que « la route du développement passe par le développement de la route » ! J’achèverai cette sélection des effets quantifiés de la mise en œuvre du Plan par la réduction du coût de la connexion internet à la suite de l’accroissement du débit internet international (+ 38 Gbps), procuré par la mise en œuvre des projets de développement de l’infrastructure numérique : l’implantation de la fibre optique, la mise en place de centres de données, du point d’atterrissement virtuel, etc.

Alain Siri : « Pour faire face à l’insécurité, le gouvernement a réorganisé
les allocations budgétaires »

S. :Quelles sont les conséquences de l’insécurité, en général et des attaques terroristes, en particulier, sur la mise en œuvre du PNDES ?

A.S. : Malgré la forte résilience de notre économie et de la nation tout entière, qui a fait du Burkina Faso, le deuxième pays performeur en matière de croissance économique en 2018 en Afrique de l’Ouest, le défi de la sécurité a malheureusement des conséquences indésirables importantes sur la mise en œuvre du PNDES. En 2018, la croissance du PIB réel a été de 6,8%. Cette croissance se situerait aux environs de 6,0% en 2019, certainement en raison des conséquences de la situation sécuritaire. En effet, en plus des nombreuses pertes en vies humaines, de destruction des biens publics et privés, des déplacements de populations, l’insécurité a eu comme conséquence d’affecter l’exécution du budget.

Elle a obligé le gouvernement à réallouer une part importante des crédits budgétaires à la lutte contre l’insécurité au détriment de l’investissement dans les domaines économiques et sociaux proprement dits. Ces réallocations réduisent le rythme d’exécution des investissements du PNDES dans les secteurs économiques et sociaux cités. De même, les déplacements de populations ont comme corollaire, la perte d’activités des migrants internes pour lesquels, il faut également consacrer des ressources plus importantes en matière de secours d’urgence. La mise en œuvre du Programme d’urgence pour le Sahel (PUS) élargi désormais à quatre nouvelles régions, du Programme d’appui au développement des économies locales (PADEL), l’adoption de la loi de programmation militaire ( 2017) et la participation au G5 Sahel, s’inscrivent dans la volonté de l’Etat de faire face à ces phénomènes.

S. :En dehors du terrorisme, quelles sont les autres difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du PNDES ?

A.S. : Outre, le défi sécuritaire, la mise en œuvre du PNDES est affectée par d’autres aléas adverses, tels que la fronde sociale des travailleurs du secteur public qui couve toujours. Outre les arrêts de travail subséquents aux grèves et autres formes de mouvements sociaux, les conséquences budgétaires des négociations de trêves sociales ont également altéré la capacité de l’Etat à exécuter les investissements structurants prévus dans le cadre du PNDES.

Des contraintes d’ordre technique ont également affecté la mise en œuvre du Plan: les difficultés d’exécution de la commande publique, la faible capacité de certaines entreprises attributaires des marchés publics et les difficultés d’obtention à temps des avis de non- objection auprès de certains partenaires pour exécuter les financements de ceux-ci.

S : A un an de la fin du PNDES, quelles sont les mesures prises pour surmonter ces difficultés ?

A.S. : La résorption des difficultés de mise en œuvre se réalise au jour le jour. Aussi, concernant les difficultés d’exécution de la commande publique, l’Etat a d’abord introduit de nouveaux textes allégeant l’exécution de la commande publique en 2017 et 2018 et poursuit, au quotidien à travers l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), le renforcement des capacités des acteurs de la commande publique. Pour ce qui est des relations avec les partenaires techniques et financiers, le suivi des conventions a été renforcé. Il en est de même du renforcement du suivi des chantiers par le Ministère en charge des infrastructures.

S. : Quelles sont les perspectives pour l’année 2020 ?

A.S. : Pour l’année 2020, je me contenterai de relayer les orientations qui figurent dans les différents documents de programmation, tels que les Budget-programmes des différents départements ministériels qu’on peut résumer dans les points suivants : la poursuite de la lutte contre l’insécurité, le renforcement de la cohésion sociale, l’achèvement des réformes stratégiques et des investissements structurants du PNDES engagés et qui opérationnalisent les engagements du président du Faso.

S. : Etes-vous satisfait, très satisfait ou non satisfait des résultats de la mise en œuvre du PNDES ?

A.S. : Sans langue de bois, si on tient compte des méfaits des attaques terroristes et de la fronde sociale, les résultats atteints me réconfortent. Certes des points d’amélioration existent, cependant, mon niveau de satisfaction se justifie par les appréciations globalement favorables de la conduite des politiques publiques du Burkina Faso émises récemment par des institutions indépendantes et spécialisées en la matière. C’est le cas, par exemple, de l’Agence de notation financière Standards &Poor’s qui a dans sa parution d’octobre, crédité le Burkina Faso d’une note de « B stable B », avec l’anticipation d’« une activité économique vigoureuse » et « un taux de croissance économique supérieur à 6 % jusqu’à 2022 », dans un contexte où « les déséquilibres économiques devraient continuer à diminuer ».

C’est la même appréciation que le FMI a faite lors de sa dernière revue de la facilité élargie de crédit conclue avec le Burkina Faso. Aussi, les membres du Comité national de pilotage du PNDES que sont les partenaires techniques et financiers résidents, les acteurs du secteur privé, des organisations de la société civile, les représentants de l’administration centrale, déconcentrée et décentralisée ont régulièrement conclu les sessions de revue en s’accordant sur le bilan globalement satisfaisant de la mise en œuvre et cela si un contexte difficile d’exécution est considéré dans l’appréciation. Je serai encore plus satisfait des acquis si les aléas évoqués plus haut n’avaient pas heurté le PNDES au cours de son cheminement.

Interview réalisée par Nadège YE

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