Partie de Ouagadougou en 1993 pour des études d’expertise comptable à Bruxelles, elle est aujourd’hui à cheval entre son pays d’accueil et le Burkina Faso, du fait de ses multiples fonctions. Dans l’entretien suivant, Solange Pitroipa, chef de la section bilatérale pour le Burkina Faso à la chambre de commerce belgo-luxembourgeoise et les pays ACP, montre que le Burkina Faso reste au cœur de ses activités.

Damien Raphaël Nikièma 
(D. R. N.) Que faites-vous exactement en Belgique ?

S.P. : Je suis experte comptable de formation, élue à trois reprises (2006-2012-2018) sur la liste du Mouvement Réformateur (M. R.), parti de la première ministre belge dans une grande commune bruxelloise qui se nomme Ixelles. J’y siège comme Conseillère communale et Conseillère de Police de la Zone Bruxelles-Capitale/Ixelles. J’ai à mon compteur huit campagnes électorales, aussi bien communales, régionales que fédérales. Je suis également conseillère et chef de la section bilatérale pour le Burkina Faso à la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise & les pays ACP (CBL-ACP).

D. R. N. : Vous portez plusieurs casquettes à la fois et cela ne doit pas être du tout simple pour une femme.

S. P. : Disons que je me définis comme étant une femme de terrain qui veut faire entendre la voix des citoyens aux Conseils communal et de Police et pourquoi pas jusqu’au Burkina Faso. Je suis entrée en politique parce que je veux défendre une justice sociale, le droit au travail et au logement décent, lutter contre toutes les formes de discrimination et d’insécurité. Et quand on s’engage en politique, il faut faire preuve de disponibilité et d’une grande capacité d’écoute car cela est le début de la solution du problème qui vous est posé. Du reste, j’arrive à les assumer parce que je suis sensible aux problèmes des autres, aux problèmes de la communauté et parce que j’ai un certain sens du don de soi lié à mes origines africaines, mais surtout à ma culture et à mon éducation burkinabè. J’ai grandi sous la bienveillance et la protection du Cardinal Paul Zoungrana, une éminente personnalité qui a marqué particulièrement ma vie. Par ailleurs, il faut dire qu’en famille et autour de moi, j’ai appris très jeune le sens du don de soi, de la générosité, de l’amour de l’autre. Si fait qu’il y a en moi la passion pour les défis et la foi inébranlable en notre capacité de transformation et de construction d’une société plus juste, équitable et durable.

D. R. N. : Ces compétences dont vous parlez sont-elles valorisées et reconnues au pays ?

S. P. : Disons que oui car j’apporte ma contribution quand je suis sollicitée, en termes de conseils, de mise en relation et en tant que facilitatrice. Dans ce sens, j’ai pu apporter des conseils à des personnalités, à certains ministères et à certaines institutions sur les possibilités qui existent au niveau de la Coopération belge, les opportunités d’investissement afin d’attirer l’attention sur la stratégie et les approches pour faire rayonner la culture et l’artisanat burkinabè à Bruxelles, capitale européenne. Chaque fois que je peux donner un coup de pouce à une initiative, je le fais avec fierté.
Je m’investis pour promouvoir les relations d’échanges entre la Belgique, le Luxembourg et le Burkina Faso. Par exemple j’ai participé du 22 au 27 octobre 2017 à une mission économique belge avec une cinquantaine de chefs d’entreprises et la secrétaire d’Etat bruxelloise au commerce extérieur. A cette occasion, j’ai organisé un séminaire sur l’entrepreneuriat féminin dans les locaux de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF). Ce fut une rencontre de partage d’expériences entre des centaines de femmes burkinabè officiant dans l’entrepreneuriat et des partenaires venus de la Belgique. Du reste, j’ai participé aux conférences de presse de lancement à Bruxelles du SIAO et du FESPACO et j’œuvre à offrir une visibilité à ces événements sur le site de la CBL-ACP.

D.R.N. : De plus en plus il est question de capitaliser l’expertise de la diaspora burkinabè !

S. P. : C’est sûr que nous pouvons faire plus si nous sommes davantage impliqués, si l’on organise des cadres pour mettre en valeur les compétences de la diaspora. C’est de l’intelligence, c’est de l’expertise, c’est un réseau, c’est un capital. Tout comme l’Union africaine a fait de la diaspora sa cinquième région, le Burkina Faso, à l’échelle nationale gagnerait à mieux organiser la contribution de l’expertise de ses ressortissants vivant à l’extérieur.

D.R.N. : Parlons à présent de la situation sécuritaire au pays où les Burkinabè traversent une période trouble de leur histoire du fait des attaques terroristes. Quels sentiments vous animent ?

S. P. : Je suis très sensible à la situation de mon pays. Je suis tous les débats et les grands questionnements qui traversent l’opinion ainsi que les grands choix stratégiques qui sont opérés. Je suis très profondément meurtrie quand mon pays est interdit de visite à des Européens et à des Américains du fait de l’insécurité, des attaques barbares. Je souffre au plus profond de mon être quand le terrorisme sape la dynamique de développement de mon Faso natal, quand des centaines de milliers de personnes sont contraintes de quitter leurs villages, quand je vois des centaines de milliers d’enfants qui ne peuvent pas aller à l’école, etc. Quand j’y pense, une immense tristesse m’envahit. Vivement qu’on en sorte et pour cela la nation doit se rassembler pour mener la guerre à cet ennemi sans visage, sans foi ni loi.

D.R.N. : Dans le sens justement de ce rassemblement, quel appel avez-vous à lancer à la communauté burkinabè ?
S.P. : J’en appelle à un sursaut salvateur. Tout politique doit s’élever au-dessus des égoïsmes politiciens, de certains calculs partisans et de la soif de pouvoir pour sauver l’Etat dont l’existence même est menacée aujourd’hui. Tout le monde doit avoir à cœur de redresser le pays, d’apporter sa pierre à la construction de l’édifice commun. Et pour ce faire, le gouvernement doit impérativement rassembler les Burkinabè autour d’un projet de société. Les dirigeants actuels ont une lourde responsabilité dans le nécessaire rassemblement de tous les Burkinabè sans exclusive pour sauver le pays, autour d’un réel plan de sécurité et de paix. Je souscris à l’idée d’une union sacrée dans le cadre d’un gouvernement qui va réunir tous les courants d’opinions. On ne peut pas se permettre le luxe d’exclure des Burkinabè. Il faut trouver une solution pour le retour des exilés politiques. Le pays a besoin d’un large rassemblement. Je ne veux pas que le Burkina Faso devienne un Afghanistan du Sahel, un « africanistan » qui va nous détruire tous. Nous devons impérativement rompre avec la culture de la haine et construire notre pays ensemble. Mettons nos rancœurs de côté et respectons-nous. Et comme disait Martin Luther King : « La haine trouble la vie ; l’amour la rend harmonieuse. La haine obscurcit la vie ; l’amour la rend lumineuse ».

D.R.N. : A votre niveau, qu’est-ce qui, au regard de votre expertise professionnelle, peut être fait pour la réconciliation des cœurs au pays ?

S.P. : Nous pouvons contribuer au plaidoyer international en faveur du Burkina Faso. Une mobilisation conséquente des municipalités et des Etats peut apporter de quoi soulager une humanité qui souffre. Nous pouvons également relayer la voix du Burkina Faso partout où la nôtre porte et rétablir l’image positive du pays des Hommes intègres.

Damien Raphaël NIKIÈMA 
(Collaborateur)
Sur la Route de la Cohésion Sociale
Paris – Bruxelles

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