Sans langue de bois

Initialement prévue pour le 16 décembre 2019, c’est finalement aujourd’hui, 13 janvier, que se tient le sommet de Pau entre les dirigeants du G5 Sahel et le Président français, Emmanuel Macron. Ce conclave a été finalement élargi à d’autres acteurs et pas des moindres. Il s’agit notamment de l’Organisation des Nations unies (ONU), de l’Union européenne, de l’Union africaine et de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Toute chose qui dénote de l’importance des enjeux de la rencontre, dont l’objectif est la clarification de la position des pays-membres du G5 Sahel sur la présence militaire française dans la région. « J’attends d’eux qu’ils clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la communauté internationale. Souhaitent-ils notre présence ? Ont-ils besoin de nous ? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions », avait martelé le Président français, Emmanuel Macron, à l’issue d’un sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à Londres. Son coup de sang était compréhensible. La France a du mal à comprendre qu’un simple coup de fil de détresse suffise souvent à obtenir son appui militaire sur divers théâtres au Sahel et qu’en retour, elle ne récolte parfois que suspicions de collusion avec les terroristes et même de l’hostilité. Passé le temps de la floraison de commentaires sur le sommet de Pau, perçu comme une « convocation » par une certaine opinion, l’heure est à l’exercice de la clarification, voire de la transparence. Pour caricaturer, la question à laquelle devraient répondre les dirigeants des pays du G5 Sahel est de savoir si oui ou non, ils ont besoin de la présence militaire française dans la zone. Dans l’affirmative, ces chefs d’Etat ne doivent pas se contenter de donner leurs avis, ils devraient le matérialiser et surtout s’engager à calmer le vent de « dégagisme » qui souffle de plus en plus fort au Sahel, par rapport à la présence militaire française. S’il peut être possible de « discipliner » les « libres penseurs » au sein de leurs pays respectifs, cela nécessiterait, en revanche, des qualités messianiques pour convaincre une société civile parfois très active que « les Français sont là pour nous aider à combattre le terrorisme ». Ce, d’autant plus que la région en proie à des attaques terroristes n’arrive pas à voir le bout du tunnel, malgré la présence des forces étrangères, avec des victimes civils et militaires en hausse d’année en année ? Cela fait que les Sahéliens ne comprennent toujours pas leurs rôles à Ouagadougou, à Bamako, à Niamey ou ailleurs. Alors, la vraie clarification que tous les observateurs souhaitent sans langue de bois, devrait venir de la France. Nos partenaires français sont-ils aussi impuissants face à la déferlante terroriste ? Très peu y croient. Sont-ils vraiment avec nous ? Ils sont nombreux les citoyens qui répondent par la négative. Si la France est présente aux côtés de nos armées, comme elle le clame toujours sans convaincre, qu’elle le prouve. Qu’elle « facilite » le retour de l’administration dans la ville malienne de Kidal par exemple, pour lever toute équivoque. Qu’elle respecte tous ses engagements en dénouant le cordon de la bourse pour permettre à la force conjointe du G5 Sahel d’atteindre la plénitude de ses capacités. La rencontre de Pau est aussi le lieu d’une autre clarification. La position de la France vis-à-vis de ses voisins européens, qui semblent être plus en avance dans la mobilisation des ressources pour la lutte contre le terrorisme. Quel message rassurant enverra-t-elle à ses partenaires européens ? Un constat s’impose. Pendant que les Britanniques parviennent à mobiliser plusieurs centaines de millions d’euros pour combattre les Shebab en Somalie, l’Hexagone peine à mobiliser au-delà de ses propres moyens et forces pour aider franchement les Sahéliens à endiguer l’hydre terroriste. L’Europe s’est-elle fait une certaine idée de l’engagement de l’ancienne puissance coloniale dans sa zone d’influence ? Il faudrait alors qu’Emmanuel Macron trouve les mots justes pour ne pas avoir à se dépêtrer seul dans une bande sahélienne qui fait plus de quatre fois son pays. On peut donc considérer que cette rencontre est l’occasion pour les présidents invités d’exprimer leurs attentes et celles de leurs peuples. C’est en ce sens, qu’il faut saluer la présence annoncée du chef de l’Etat burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré et de ses homologues du G5 Sahel. En tout état de cause, comme celui-ci l’avait rappelé, c’est une occasion de se parler « franchement » pour une dynamisation de la coopération entre les cinq Etats et la France. Se parler sans perdre de vue qu’entre Paris et ses anciennes colonies, il y a des conventions de partenariat qui, non seulement, n’ont pas besoin de circuler sous les manteaux, mais aussi qui peuvent, à un moment de l’histoire, nécessiter des recadrages. Dans cette perspective, Pau se présente plutôt comme une opportunité de renforcer la sérénité dans le combat contre le terrorisme. Ce devoir de clarification est d’ailleurs d’une importance capitale que si M. Macron n’avait pas exprimé le besoin, il aurait fallu le faire. Espérons que cette rencontre posera les jalons d’un véritable pacte de solidarité que d’aucuns appellent de tous leurs vœux entre les pays du Sahel et leurs partenaires étrangers afin de réduire l’emprise terroriste à sa plus simple expression. Ce qui devrait permettre aux forces françaises, de mieux se positionner dans le Sahel, qui semble cristalliser la menace. Wait and see…

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