Après plusieurs mois de suspension, le dialogue entre les acteurs politiques ivoiriens a repris le 9 janvier 2020 à Abidjan, la capitale économique, avec la participation des principaux partis de l’opposition. Mais d’ores et déjà, les observateurs et analystes de la scène politique au bord de la lagune Ebrié s’interrogent sur les chances de ce processus de négociations dans le contexte qui prévaut actuellement en Côte d’Ivoire. En effet, alors que la présidentielle avance à grands pas, la scène politique ivoirienne connaît une tension qui ne laisset pas indifférents les citoyens. Le refus de l’autorisation d’atterrir de l’avion qui transportait l’ex- président de l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro et le mandat d’arrêt international émis contre lui dans la foulée par la justice ivoirienne en décembre dernier, ont davantage empoisonné les relations entre le pouvoir et l’opposition. Dans ce contexte, il est évident que la suite des négociations s’annonce difficile tant les deux camps sont profondément divisés sur plusieurs points en lien avec la tenue de la présidentielle d’octobre 2020. L’opposition réclame que ce dialogue politique soit le plus inclusif possible pour rouvrir le débat très explosif sur la composition de la Commission électorale indépendante (CEI) comme indiqué par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié et Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), favorable au retour des exilés, notamment Laurent Gbagbo. « EDS et le PDCI récusent avec force et conviction, la CEI actuelle qui n’est ni consensuelle, ni impartiale ni indépendante. Un tel organe ne saurait raisonnablement nous conduire à des élections démocratiques, libres, régulières, transparentes et apaisées que l’immense majorité des Ivoiriens appelle de tous ses vœux », a déclaré, Armand Ouegnin, président de la plate-forme EDS. La composition de la CEI a été le point d’achoppement entre le pouvoir et l’opposition qui a fini par bouder l’institution. Depuis lors, les deux courants politiques se regardaient en chiens de faïence jusqu’à la reprise des pourparlers la semaine dernière. Si les opposants n’ont pas posé de préalables à leur participation au dialogue, la candidature de l’actuel chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara (ADO) pour un troisième mandat, qu’ils considèrent comme « de trop » pourrait refaire surface dans les débats. D’aucuns estiment que ce dialogue a été initié par « ADO » et son gouvernement pour simplement amuser la galerie et ils n’ont pas totalement tort au regard des faits et gestes que l’on observe sur le terrain depuis un certain temps. Le discours politique au pays de Félix Houphouët Boigny, est teinté de haine avec des répliques par médias interposés. Les plus sceptiques par rapport à ce dialogue se demandent comment l’on peut orchestrer des « manœuvres » pour maintenir une partie des leaders de l’opposition hors du pays et vouloir s’entendre avec l’autre partie. La fièvre électorale en Côte d’Ivoire fait planer le spectre de la décennie de crise que ce pays avait connue au début des années 2010 et qui a coûté la vie à plus de 3000 personnes. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire n’est que la face visible de l’iceberg de la démocratie sur le continent où les dirigeants sont toujours prêts à faire feu de tout bois pour préserver leurs trônes. Leurs stratégies consistent à diviser les opposions pour mieux régner si ce n’est pas user de manœuvres judiciaires dans le but d’écarter des adversaires sérieux et de s’assurer un boulevard pour leur réélection. Et une fois les enjeux électoraux passés, par une grâce présidentielle, ils font rentrer les exilés pour prétendre à une générosité. Il appartient aux peuples de prendre leurs destins en mains pour se débarrasser des gouvernants qui tendent à prendre la présidence pour un palais royal. Sinon la démocratie restera encore pendant longtemps un leurre en Afrique !

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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