Présence à l’international, renforcement de la gouvernance, prise en compte des journalistes dans la répartition des droits d’auteur, le directeur général du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA), Wahabou Bara revient, dans cette interview, sur les faits marquants de son mandat.

Sidwaya (S) : Depuis votre arrivée à la tête du Bureau burkinabè du droit d’auteur(BBDA), un accent a été mis sur la promotion des droits d’auteur auprès des Burkinabè. Votre message est-il passé ?

Wahabou BARA W.B. : Le droit d’auteur est très récent sous nos cieux. Il a une connotation européenne. Il nous fallait donc trouver des voies et moyens pour l’adapter au contexte africain, et burkinabè en particulier. L’audit du BBDA a dévoilé une faiblesse de la culture du droit d’auteur. Pour les titulaires de droit, il y a une incompréhension sur les clés de répartition, les mécanismes de documentation. Quant aux utilisateurs d’œuvre de l’esprit, ils l’assimilent à un impôt, à une taxe supplémentaire. Ce qui nous a poussé à initier la Rentrée du droit d’auteur (RDA), qui est une vaste plateforme où le BBDA ouvre ses portes à ses parties prenantes. Après quatre éditions, nous pensons que nous avons fait bouger les lignes. Aujourd’hui, il y a une nette compréhension de la notion du droit d’auteur.

S : Pour certains acteurs culturels, la Rentrée du droit d’auteur (RDA) est un gaspillage d’argent. Que répondez-vous ?

W.B. : La Rentrée du droit d’auteur est organisée avec les fonds de gestion du BBDA. La rumeur fait croire souvent que ce sont des dépenses supplémentaires. Le mécanisme de la gestion collective est basée sur des règles internationales.25% pour les frais de gestion c’est-à-dire les salaires, les charges fixes (eau, électricité, etc.),10% dont 5% pour le Fonds de promotion culturelle qui est affecté aux titulaires de droit pour l’aide à la création et 5% aux œuvres sociales lorsque les artistes ont des difficultés. C’est dans ces 25% qu’est prélevé un montant pour organiser la Rentrée du droit d’auteur. Cette activité a été validée par le Conseil d’administration du BBDA. En plus de cela, le BBDA a sollicité l’appui des partenaires internationaux notamment l’OIF, l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), la CEDEAO, l’UEMOA qui financent plus de 80% du budget de la Rentrée du droit d’auteur. En réalité, c’est une activité qui est plus soutenue par des partenaires internationaux. La 4e édition a été marquée par la présence de tous les bureaux de droit d’auteur de l’espace UEMOA et les régulateurs de la communication. C’est également une plateforme qui permet de faire un maillage progressif du territoire national. Et lors de la Nuit du droit d’auteur, nous célébrons les meilleurs titulaires de droit d’auteur, les meilleurs utilisateurs et des personnes ressources. C’est une activité qui a été consacrée au niveau de la confédération internationale de la société des auteurs-compositeurs et le directeur Afrique a souhaité que tous les bureaux de droit d’auteur s’inspirent de l’exemple du Burkina Faso.

S : D’aucuns soutiennent également que le Fonds d’aide aux membres âgés (AMA), mis en place par le BBDA n’est pas viable.

W.B. : De deux choses l’une. Soit ce n’est pas viable, on croise les bras et on ne fait rien du tout ; soit on décide de faire bouger les lignes en attendant la démarche structurante. Il y a des personnes âgées qui ont hissé haut le drapeau du Burkina Faso où la structuration n’avait pas atteint le niveau actuel. Ces personnes méritent un minimum de reconnaissance. D’ailleurs, dans les statuts du BBDA, il est dit que la structure doit mettre en place un mécanisme d’entraide. C’est fort de ces deux éléments que nous avons mis en place le Fonds d’aide aux membres âgés (FAMA) en comptant sur la solidarité des Burkinabè. Nous recevons déjà des demandes. C’est une préoccupation urgente.

S : En 2019, le partenariat international avec des organisations internationales, notamment l’OMPI a permis au BBDA d’organiser pour la première fois en Afrique son Académie. Quelles sont les retombées de ces collaborations pour le BBDA ?

W.B. : La crise de 2015 a écorché l’image du BBDA. Nous devions alors travailler à redorer cette image du BBDA sur le plan international. Des plaidoyers ont été menés. Le BBDA a intégré plusieurs instances, à savoir le Comité de développement de la propriété intellectuelle et le Comité des droits d’auteur et des droits voisins. Cela a permis de renouer la confiance avec la faitière de la propriété intellectuelle et d’abriter pour la première fois l’Académie de l’OMPI, qui est une instance de renforcement des capacités des administrateurs des bureaux de droit d’auteur. La rencontre a lieu régulièrement dans les capitales européennes. Et pour la première fois, une délocalisation a permis d’organiser cette académie sur le continent africain et le choix a été porté sur le Burkina Faso à travers le BBDA. C’est une preuve de confiance au BBDA. Il faut aussi signaler qu’en 2018, le BBDA a rejoint le Comité exécutif du Comité africain de la confédération internationale de la Société des auteurs-compositeurs en qualité de vice-président. C’est un motif de satisfaction parce que les performances sont prises en compte avant d’intégrer ces instances. Ensuite, il y a eu l’adoption du projet filière musique au Burkina Faso et certains pays de l’espace UEMOA. C’est un projet, porté par le Burkina Faso, qui se veut être une réponse structurante au déficit des corps de métier de la filière musique et de la mauvaise articulation entre les bureaux de droit d’auteur et les organismes de régulation, du transfert de valeurs qui est peu favorables aux titulaires de droit dans l’environnement numérique et à la difficulté de l’identification de l’exploitation des œuvres dans l’environnement numérique.

S : Le BBDA a décidé en 2019 de prendre en compte les journalistes dans la répartition des droits d’auteur. Comment cela va-t-il se faire concrètement ?

W.B. : Les journalistes de presse écrite bénéficieront de droits d’auteur. Ce sont les auteurs d’article et les éditeurs de 2019 qui seront pris en compte. Mais ces journalistes doivent venir se documenter au BBDA, à savoir se déclarer au BBDA. Si le journaliste est salarié d’un organe de presse, il n’a pas de droits d’auteur, mais les droits naissent sur la tête de l’éditeur. S’il est pigiste, il peut avoir des droits d’auteur. Nous avons eu en ce sens une rencontre de sensibilisation avec les associations des journalistes et des patrons de médias (AJB, SEP, etc.).

Alassane KERE

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