MPP Yatenga : «Evitons de jouer au héros solitaire», ambassadeur Jacob Ouédraogo

L’ambassadeur du Burkina près le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et au Cap Vert, Jacob Ouédraogo, dans cette interview accordée à Sidwaya, le 15 janvier 2020 s’est prononcé, entre autres, sur la situation sécuritaire au Burkina, la vie de ses compatriotes de sa juridiction, l’unité du Mouvement du peuple pour le progrès dans le Yatenga.

S : Quel est l’état des lieux des Burkinabè vivant au Sénégal ?
J. O : Officiellement nous avons pu recenser à travers les immatriculations près de six à sept mille Burkinabè dont un millier d’étudiants. Des milliers de Burkinabè y sont mais ils n’ont pas pris la peine de se faire identifier ni immatriculer à l’ambassade.

S : Dans quels secteurs d’activités évoluent-ils ?
J.O : Il y a une présence significative des Burkinabè dans la fonction publique internationale telle que les organismes non gouvernementaux, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, les différents systèmes des Nations unies et dans l’ASECNA. On en retrouve également un nombre important le commerce, l’entrepreneuriat, l’orpaillage et la pêche. Il y a également des étudiants.

S : Y a-t-il une cohésion au sein de la communauté?
J.O : On remarque souvent des courants au sein de la diaspora. Mais, nous n’avons pas constaté une quelconque division. Bien au contraire les burkinabè sont organisés à travers des associations. On en dénombre 16 qui sont à caractère corporatiste et associatifs liées à la région et autres domaines. Ils vivent en parfaite symbiose à travers une faiîtière qui est l’Union fraternelle des ressortissants burkinabè au Sénégal. Nous avons près d’un millier d’étudiants burkinabè inscrits dans les universités et dans les écoles françaises. Ils se distinguent avec fierté par la qualité de leur rendement. Ces étudiants sont également organisés dans deux grandes associations, à savoir l’Association des scolaires burkinabè de Dakar (ASB) et la Fédération des étudiants du Faso (FEFAS). Le 20 décembre, nous avons célébré avec eux, une nuit dédiée à l’excellence au cours de laquelle nous avons pu décerner une quarantaine de prix à des étudiants burkinabè, majors de leur promotion ou de leur école.

S : Quelles sont les difficultés auxquelles font face la diaspora burkinabè?
J.O : Nos compatriotes qui officient dans les sites miniers sont en permanence en conflit avec la loi, comme l’utilisation de substances prohibées, la traite des enfants. Des cas d’absence de documents d’identification, sanitaires nous sont signalés. Nous avons noté quelquefois des contrôles intempestifs de documents. Je me suis déplacé à Kédougou (700 km de Dakar) où il était réclamé à des burkinabè des carnets de vaccination pour l’accès au site. Pour ce faire, j’ai rencontré les gouverneurs de région, les autorités locales pour leur exposer la situation. J’ai attiré leur attention sur le fait que cela pourrait s’apparenter à un traitement discriminatoire. Elles m’ont alors signifié leur disponibilité à faire cesser ces pratiques. Mais d’une manière générale, les burkinabè qui vivent au Sénégal se sentent bien comme chez eux. Ils ont la bonne réputation d’être des travailleurs, loyaux, honnêtes. Néanmoins, nous les exhortons d’être en règle avec la législation en vigueur dans leur pays d’accueil.

S : Est-ce que l’insécurité est propice à l’organisation sereine des élections au Burkina Faso ?
J.O : Avec le contexte sécuritaire difficile et son corollaire d’attaques et de déplacés internes, c’est en toute légitimité que les uns et les autres se posent la question. Je suis optimiste au vu de la montée en puissance de nos FDS sur le terrain car la situation va évoluer positivement. En tous les cas, il faut que les élections se tiennent afin d’éviter une crise ou un vide institutionnel qui pourraient entraîner d’autres cycles de déstabilisation.

S : Quelle peut être selon vous, la stratégie à mettre en place pour contrer le phénomène ?
J. O : La lutte contre le terrorisme n’a pas besoin seulement d’une réponse militaire. Il faut traiter la question de façon holistique en prenant en compte les difficultés parce qu’elle est complexe. Selon un rapport de l’Institut d’étude de sécurité (ISS) sur « Extrémisme violent, criminalité organisée et conflits locaux dans le Liptako-Gourma », les causes de l’extrémisme violent sont, entre autres, l’absence de l’Etat par endroit, des problèmes de gouvernance et le déficit de justice, la pauvreté. La porosité de nos frontières ne nous permet pas d’avoir une stratégie nationale pour contenir le problème. Il faudrait une démarche tout à fait régionale. Le problème va au-delà des cinq pays du G5 Sahel. A travers l’étude sus-citée, j’ai appris que dans certains endroits, les terroristes même se posent comme médiateurs pour juguler un certain nombre de crise qui existe de façon locale en tentant d’opposer l’Etat aux populations. Il faudrait analyser le phénomène dans tous ses paramètres et déployer la stratégie militaire et la batterie contre la radicalisation.

S : Est-ce que le Sénégal est alerté par la situation sécuritaire régionale ?
J.O : Tout le monde est alerté. L’Etat sénégalais se sent concerné par tout ce qui se passe. Nous appartenons à la fois aux mêmes espaces communautaires (CEDEAO et UEMOA). Dakar a abrité récemment une réunion au cours de laquelle des ministres des Affaires étrangères de l’UEMOA se sont tablés sur la recherche de la stratégie à mettre en œuvre pour contrer le phénomène terroriste. Les sénégalais sont également à l’avant-garde de la lutte.

S : Y a –t-il eu un élan de solidarité dans votre juridiction en vue de soutenir les déplacés internes au Burkina?
J.O : En 2018, nos compatriotes ont réuni près de deux millions cinq cent mille francs (2 500 000) pour contribuer à l’effort de guerre. En 2019, ceux travaillant à la Banque islamique de développement (BID) à Dakar ont envoyé un chèque du même montant au pays, en soutien aux personnes déplacées. Lors de la commémoration de la fête de l’Indépendance le 11-Décembre, un appel à la contribution volontaire de tous a été lancé. Nous sommes à la phase de levée des contributions. A partir du 31 janvier, un point sera fait et l’argent ira à l’endroit des déplacés internes.

S : Est-ce que Jacob Ouédraogo sera candidat aux législatives de 2020?
J.O : J’ai quitté un poste électif et pas des moindres. En 2015, j’ai eu à conduire la liste de mon parti dans ma province et je suis également membre du bureau exécutif de mon parti bien qu’étant ambassadeur. C’est une mission que le chef de l’Etat m’a confiée. Cela n’enlève en rien ma disponibilité et mon engagement politique. Mais comme je suis dans un cadre organisé, j’entends apporter ma contribution lors des prochaines élections.

S : Après le décès de Salifou Diallo, vous étiez pressenti pour lui succéder en tant que président de l’Assemblée nationale, puis vous avez été nommé ambassadeur. Que s’est-il passé ?
J.O : J’ai travaillé étroitement avec Salif Diallo depuis 1987 à la présidence du Faso. Comme nous sommes de la même province, voire du secteur, il y a beaucoup de liens qui nous ont unis. Nous avons cheminé ensemble sur tous les combats politiques depuis l’ODP/MT, le CDP et nous avons également rendu le tablier ensemble pour créer le MPP. Ce sont des liens affectifs et politiques de sorte à ce que certains ont pensé à un moment donné à cette alternative. Le parti s’est réuni et nous avons pris la décision de confier le perchoir à Alassane Bala Sakandé. La perte de Salifou Diallo, je l’ai ressentie avec beaucoup de difficultés. La veille de sa disparition on s’est parlé. Il m’a beaucoup marqué de par son engagement, sa vision. Lui succéder ce n’était pas ma préoccupation. J’avais déjà été consulté pour être nommé bien avant sa disparition et les autorités sénégalaises avaient déjà donné leur accord et le processus était déjà engagé

S : Comment se porte le MPP/Yatenga après la disparition de Salifou Diallo?
J.O : La disparition de Salif laisse un grand vide tant au niveau national, régional que dans la province du Yatenga. Il faut que nous ayons la modestie et l’intelligence de reconnaître que le vide est grand. Nous avons besoin d’associer nos efforts car chacun est utile. Evitons de jouer au héro solitaire, ou de faire croire qu’on est leader. Chacun a sa zone d’activité, mais si nous associons nos efforts, nous pouvons continuer à relever les défis. En fin septembre, nous avons organisé la conférence provinciale du parti à Ouahigouya, au cours de laquelle, nous avons une fois de plus prêché l’unité. Il faut éviter les sources de divisions.

S : Quels sont vos rapports avec vos anciens camarades qui sont restés au CDP ?
J.O : Nous nous sommes côtoyés depuis des années, et malgré les différences politiques, nous avons de bonnes relations avec nos amis restés au CDP. Nous avons gardé des relations humaines, fraternelles.

Interview réalisée par :

Rabiatou SIMPORE Mariam OUEDRAOGO

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