L’ensemble des acteurs de la scène politique sont désormais situés. En Conseil des ministres d’hier 5 février 2020, le gouvernement a adopté deux décrets portant fixation des dates des élections présidentielle et législatives au dimanche 22 novembre prochain. Certes, la campagne a déjà commencé avant l’heure, avec chaque week-end, des conférences, meetings de soutien, dons de vivres, de forages et autres inaugurations d’infrastructures par les partis et formations politiques de tous les bords.

Mais la fixation de cette date de convocation du corps électoral, qui répond en partie aux conclusions du dialogue politique, légitime surtout le travail de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) dans la confection de la liste électorale et l’opérationnalisation des deux votes. Dans ce contexte sécuritaire difficile, de nombreuses questions taraudent l’esprit des citoyens quant à la tenue effective de ces élections, surtout dans les zones sous menace terroriste. Comment se fera l’enrôlement dans ces localités ? Les partis politiques pourront-ils y battre campagne ? Qu’en sera-t-il du vote des déplacés internes, quand on sait que dans leur fuite, la plupart d’entre eux ont tout abandonné, y compris leurs documents d’identité ?

L’histoire récente du Mali (d’abord en 2013 et ensuite en 2018) a montré que la tenue d’élections est possible dans un pays en proie aux attaques terroristes. Pour le cas du pays des Hommes intègres, la classe politique (opposition et majorité) étaient unanimes sur un fait : les élections doivent se tenir à bonne date. S’il faut tout de suite écarter la possibilité pour les déplacés internes de postuler à des postes électifs de député, vu la complexité de la question de leur représentativité, le principal défi réside ainsi dans la sécurisation de l’ensemble du processus électoral. Il s’agit notamment de l’enrôlement des électeurs, de la sécurité des agents électoraux, des lieux de vote, des candidats et regroupements (meetings) et celle du déploiement du matériel électoral.

En 2015, le Burkina Faso a montré aux yeux du monde une certaine maturité démocratique, notamment dans l’organisation d’élections apaisées, mais au regard de la situation sécuritaire, les élections de 2020 s’annoncent comme une période à haut risque. En effet, les Forces de défense et de sécurité (FDS), qui se battent déjà comme elles peuvent pour la sécurisation du territoire national et des populations, seront encore plus sollicitées pour la sécurisation du double scrutin. Il faut toutefois espérer que les politiciens vont leur faciliter la tâche, en épargnant au Burkina Faso, une crise pré ou postélectorale, comme ils ont su bien le faire lors des dernières consultations.

Jean-Marie TOE

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