Dans cette interview réalisée courant février 2020, le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement (MINEFID), Lassané Kaboré, évoque plusieurs sujets. Son parcours, ses ambitions pour le département, la question de l’IUTS sur les primes et indemnités des fonctionnaires

Sidwaya (S) : Monsieur le ministre, cela fait un an que vous êtes en poste, mais vous n’êtes pas très bien connu du grand public. Peut-on en savoir davantage sur vous ?
Lassané Kaboré (LK): Je suis Burkinabè de nationalité j’ai fait mes études au pays. Economiste et inspecteur du trésor de formation, j’ai réussi en 2008 au test de directeur au niveau de la CEDEAO et ce, jusqu’en 2013. J’ai occupé le poste de directeur général de la coopération avant de repartir à Abuja comme Directeur de la stabilité macroéconomique et de la surveillance multilatérale des politiques économiques des Etats membres de la CEDEAO d’où j’ai été rappelé en Janvier 2019 pour le poste de ministre. Je suis originaire de Sabou dans le Boulkièmdé, mais je suis né à Fara dans les Balés, où sont installés mes parents depuis plusieurs années maintenant.

S : Politiquement on ne vous sent pas. Militez-vous dans un parti politique ?
LK : Ma fonction de fonctionnaire international m’obligeait jadis à être discret sinon je milite dans le Mouvement du Peuple et le Progrès. Mais du fait de la fonction, nous avons dû utiliser d’autres canaux pour soutenir le parti. En son temps, j’étais le président de l’Association des jeunes de Fara et c’est à travers cette formation que nous avons travaillé à asseoir le parti dans notre province.

S : Vous avez réussi à instaurer la confiance entre les différents syndicats et les premiers responsables de votre département. Quel est votre secret ?
LK : J’ai eu la chance de me retrouver dans un milieu que je connais assez bien de par ma formation et ma profession. La plupart des cadres du MINEFID sont de ma génération. Aussi, j’ai une autre approche qui consiste à avoir de l’humilité certes, mais également de tenir un langage franc et de fermeté envers tous les agents. Ce sont ces ingrédients qui nous amènent à relever des défis. Avec les partenaires sociaux que je connaissais bien, nous avons vite trouvé des points consensuels et c’est ce qui justifie l’accalmie qui prévaut en ce moment. De part et d’autre, on a fait des concessions pour privilégier l’intérêt et préserver notre maison commune qu’est le MINEFID.

S : En plus d’être un connaisseur des questions économiques, d’aucuns vous prêtent un passé militaire, vous soupçonnant même d’être un officier de réserve. Qu’en-est-il ?
LK : Rires ! Oui, dans mon parcours scolaire, j’ai réussi au test du Prytanée militaire du Kadiogo (PMK). La formation que j’ai reçue dans cette école de prestige, m’a très tôt appris la prise de décision dans le commandement. Donc je peux affirmer que je suis bien un officier de par ces acquis, lesquels m’aident beaucoup dans la prise de décisions, dans le management d’une manière générale.

S : Vous avez opéré deux changements majeurs à la DGI et de la DGD, qui ont surpris plus d’un. Quels ont été vos critères de sélection ?
LK : Ce sont des critères de probité et de compétence qui ont guidé mes choix. Dans ces deux structures, on a besoin d’avoir des responsables qui donnent l’exemple et qui sont dévoués au travail. Il est vrai que des personnes peuvent taxer X ou Y comme un syndiqué, mais moi je n’ai pas peur des partenaires sociaux. Syndiqué ou pas, il est un cadre et un technicien avant tout. Ce qui compte pour nous, c’est la compétence, la rigueur dans le travail et je pense que le promu à la tête de la DGI remplissait les conditions. Il a une lettre de mission qu’il se doit de respecter. Pour le cas du DG des Douanes, ce sont les mêmes critères qui ont prévalu à son choix. Et j’attends de chacun d’eux un travail à la hauteur des défis du MINEFID.

S : C’est le président du Faso, à ce que l’on dit, qui place ses hommes de confiance à ces postes stratégiques. Cela a-t-il été le cas ?
LK : Ce sont des spéculations. Il est rare que le chef de l’Etat impose un DG à un ministre. Mais on ne peut empêcher les gens de dire ce qu’ils pensent. Retenez seulement que c’est toujours le ministre qui fait la proposition de nomination au Premier Ministre et au chef de l’Etat en conseil des ministres. C’est vrai, le plus souvent, ils demandent des informations complémentaires et donnent des orientations, mais imposer un choix ou refuser d’entériner la proposition d’un ministre, je n’en ai pas connaissance.

S : En plus de l’économie et les finances, vous avez aussi en charge le développement. Cette dimension n’est pas bien comprise. De quel développement est-il question ?
LK : En ajoutant le volet développement, on a voulu établir une cohérence entre la collecte de l’impôt et les autres activités impliquées. Par exemple, au niveau des collectivités, nous avons mis en place des projets comme le PADEL (Programme d’Appui au Développement des Economies Locales) qui fiance des activités et crée des revenus dans le secteur de l’élevage. Pour l’essor des collectivités, des programmes et projets existent et sont fiancés par les ressources nationales. Ce qui engendre un développement à la base. Il y a aussi les plans communaux de développement qui entrent dans le cadre de nos activités. C’est de développement dont il est question dans nos attributions.

S : Le Burkina a enregistré une croissance de 6,0% (contre 6,8% en 2018), est-ce à dire que l’économie burkinabè s’est bien comportée en 2019 ?
LK : 2019 a été une année difficile avec la crise sécuritaire et beaucoup de grèves, toute chose qui a impacté négativement le travail de mes collaborateurs sur le terrain. D’autres phénomènes ont aussi perturbé la mobilisation des fonds. En dépit de tout, au niveau des finances nous avons pu remonter la pente. Nous avons réussi une loi des finances rectificative qui a augmenté les recettes alors que les autres années c’était l’inverse, c’est à dire qu’on ne faisait que gérer les crédits. En matière de gestion des économies, mobilisation des ressources, nos équipes ont abattu un travail formidable, et je voudrais profiter de vos colonnes pour féliciter tous ces hommes et femmes et les inviter à maintenir le cap.

S : La croissance de 6% est-elle bonne ?
LK : Dans le contexte qui est le nôtre, oui, elle est satisfaisante. Il faut souligner que l’ensemble de nos partenaires ont apprécié ce bond qualitatif qui peut être considéré comme une prouesse. En effet, alors que certains ont peint notre carte en rouge, nous avons prouvé avec cette croissance que le Burkina Faso tient débout et qu’il avance sous le leadership du Président Kaboré.

S : En dépit de la longue grève de vos agents et du contexte d’insécurité, il ressort une mobilisation assez satisfaisante des ressources internes, quels sont les leviers sur lesquels vous avez actionnés ?
LK : Beaucoup de reformes sont déjà en cours il ne suffit que d’accélérer le processus. Nous voulons moderniser davantage l’administration des finances et la mobilisation des recettes internes en mettant un accent sur les paiements électroniques au niveau de toutes les entreprises. Ce qui va faciliter les recouvrements et nous permettre de mieux suivre les opérations et transactions.

S : Quelles sont les difficultés qui ont handicapé votre action en 2019 ?
LK : Les grèves et la question sécuritaire ont été notre épine au pied. Il fut des moments où du fait de l’insécurité, nos équipes ne pouvaient pas se déplacer partout sur le terrain pour les recouvrements. Cette situation a joué négativement sur nos performances en 2019.

S : Le budget 2020 s’établit à 2233 milliards en recettes? Est-ce un budget de crise ou de développement ?
LK : je dirai que c’est les deux à la fois. Car, on ne peut pas résoudre une crise sans actionner sur les leviers du développement. La crise sécuritaire a engendré une crise humanitaire avec des déplacés internes qu’il fallait prendre en charge. Lorsque vous prenez le budget, il y a une part importante réservée aux investissements afin de relancer la machine avec en prime la création d’emplois pour les jeunes. Il y a aussi les actions de solidarité en faveur des plus démunies. Donc, je dirai que le budget 2020 est à la fois un budget de crise et de développement.

S : Il est financé à près de 85% par les recettes propres, est-ce que le Burkina Faso aurait-il des soucis avec ses partenaires ou a-t-il tout simplement décidé de prendre son destin en main ?
LK : Non ! Nous sommes dans les mêmes tendances mais avec une volonté affichée de mettre davantage l’accent sur nos ressources propres. Cela entre en droite ligne des Objectifs de développement durables (ODD) qui recommandent que les Etats redoublent d’efforts dans la mobilisation des ressources internes. On ne peut pas compter sur des dons pour nous développer. Les dons doivent venir nous aider sur des secteurs précis.

S : Vous avez présenté les grands axes de ce budget lors d’un point de presse du gouvernement. Mais pourquoi l’augmentation des budgets des institutions comme la Présidence du Faso et l’Assemblée nationale alors que les priorités sont ailleurs ?
LK : Les gens font une lecture brute des chiffres, du décomposé. Lorsque vous prenez la Président du Faso, vous verrez que le budget du secrétariat permanent en charge des IST et le sida a augmenté de plus 8 milliards entre 2018 et 2020. Cette somme provient exclusivement du financement extérieur alors que nous sommes en train de redynamiser ce secteur. Au niveau du renseignement qui est aussi rattaché à la Présidence, on a besoin de moyens conséquents pour mener à bien cette mission nécessaire pour la sécurisation du territoire et la lutte antiterroriste.
Etant donné que tout repose sur le renseignement, il fallait lui donner les moyens sûrs. C’est ce qui justifie la hausse du budget de la Présidence. Au niveau du parlement, il y a un projet de construction du siège de l’Assemblée. Nous avons décidé que chaque année, nous allons faire une dotation afin d’approvisionner le compte. Comme on ne peut pas trouver du coup le montant nécessaire à la construction de l’édifice, nous avons opté pour une allocation annuelle jusqu’à concurrence du budget. C’est ce qui explique ces différentes hausses.

S : Les dépenses liées aux personnels de l’Etat passent de 835 milliards en 2019 à 978 milliards en 2020. Le Burkina ne serait-il pas le mauvais élève en la matière dans l’espace UEMOA ?
LK : C’est une réalité, car entre 2016 à aujourd’hui, notre masse salariale a explosé. Au niveau de l’espace UEMOA, nous avons effectivement le ratio le plus élevé. Mais, il faut comprendre que dans le contexte sécuritaire, nous avons l’obligation de recruter au niveau des forces de défense et de sécurité. Nous avons pu régler les passifs, et au niveau des salaires, il n’est plus question de faire des augmentations si nous voulons nous conformer aux textes. Par contre, notre taux a également baissé et il faut continuer à travailler davantage.

S : On note une bonne cagnotte (866 milliards contre un peu plus de 628 milliards en 2019) pour les investissements. Pourquoi cette augmentation substantielle ?
LK : Oui, cela répond toujours à notre logique de développement et sécurité. Les deux vont ensemble car la pauvreté alimente l’insécurité. Nous voulons mettre l’accent sur les investissements, créer de l’emploi pour maintenir notre jeunesse dans le droit chemin. C’est ce qui justifie tous ces programmes de développement et de création d’emplois.

S : Le budget 2020 reste une prévision sur papier ; la réalité ce sera la capacité de vos services à mobiliser les ressources. Quels sont les mécanismes qui sont mis en place, ou qui le seront pour permettre d’atteindre les résultats escomptés ?
LK : Nous avons mis l’accent sur l’innovation et la modernisation des services de recouvrement. Aussi bien au niveau de la douane, que de la fiscalité (mines, assurance etc.), il faut renforcer les capacités de nos collaborateurs. Nous allons faire l’interconnexion au niveau de la douane afin de suivre la circulation des marchandises et éviter les fraudes. En termes d’autres, nous devons poursuivre la modernisation de nos services par la mise en œuvre des reformes. Il y a aussi l’engagement de mes collaborateurs, et là-dessus, je reste convaincu qu’ils mesurent la responsabilité qui est la leur.

S : S’il y a un sujet qui divise gouvernants et travailleurs du public et du parapublic, c’est l’impôt sur les indemnités et les primes. L’IUTS est certes légal mais est-ce que dans ce contexte, sa mise en œuvre est opportune ?
LK : Pour le gouvernement, c’est le meilleur contexte pour appliquer l’IUTS. La demande sociale est très forte au Burkina et le gouvernement à lui seul ne peut pas y faire face. Ce qu’on demande à travers cet IUTS, est comme un effort patriotique qu’on invite tous les burkinabè à observer afin de stabiliser le pays et tendre vers des lendemains meilleurs. L’IUTS tel que défini devrait être appliqué à l’ensemble des travailleurs du privé comme du public. S’il n’est pas appliqué ailleurs, alors il faut aussi l’annuler là où il est en vigueur. En le faisant, est-ce que les partenaires vont nous prendre au sérieux car les aides qui nous parviennent sont aussi les impôts des citoyens d’autres pays.
L’IUTS est légal, son application est opportune et je voudrais compter sur la compréhension des partenaires sociaux. C’est vrai, tout nouvel impôt s’accepte difficilement, nous comprenons donc le ressenti des uns et des autres, mais nous devons faire ce sacrifice car nous avons la lourde responsabilité de léguer aux générations futures, un Burkina prospère.

S : Il va rapporter combien au budget de l’Etat gestion 2020 ?
LK : A l’hypothèse basse, il va rapporter environ 3 milliards de francs CFA et à l’hypothèse haute, 11 milliards par an.

S : Les syndicats disent qu’il y a trop de taxes alors que les salaires n’ont pas bougé ? Que leur répondez-vous ?
LK : Dire que les salaires n’ont pas bougé, ce n’est pas vrai. Vous avez vu comment notre masse salariale a explosé entre 2016 et 2020. Dans la plupart des secteurs, les indemnités ont grimpé ces dernières années. Des efforts sont faits pour satisfaire des revendications syndicales.

S : Le gouvernement en appelle au civisme fiscal des travailleurs du public qui rétorquent que l’exemple doit d’abord venir des premiers responsables qui seraient les plus prompts à fouler aux pieds les textes sur l’orthodoxie financière. Est ce que le budget va là où il doit aller ?
LK : Soyez-en sûr, le budget va là où il doit aller. Il y a des corps de contrôle et à chaque fois que des manquements sont signalés, les sanctions tombent. Nous œuvrons à ce que les fonds soient judicieusement utilisés. A ce niveau tout est assuré sans complaisance aucune.

S : Votre département a été quelque peu secoué par certaines affaires notamment le dossier charbon fin qui révèle des dysfonctionnements au niveau de la douane. Récemment, il est question d’un trou de 441 millions de FCFA au bureau des douanes de Ouaga-Inter alors qu’aux impôts, des usagers se plaignent d’actes de corruption. Y a-t-il eu des sanctions dans les deux premiers cas, et quelle révolution mettre en place pour minimiser ces pratiques malsaines ?
LK : L’affaire charbon fin, nous suivons ce dossier qui est actuellement en justice. Les contrevenants seront, naturellement punis par la loi. Au niveau de la douane, nous avons fait un mouvement d’ensemble en remplaçant les différents responsables et c’est ce qui a permis de constater quelques dysfonctionnements. Et rassurez-vous, nous ferons toujours des vérifications à chaque fois. Retenez que le mis en cause a été immédiatement déféré à la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO). Il y a eu la même chose à Bobo et les intéressés sont aussi déférés.

S : Récemment à l’Assemblée nationale, vous avez été interpellé par le président sur les Restes A Recouvrer (RAR). Quelle est la situation à ce jour ?
LK : Sur cette question, des commissions ont été mises en place et au cours de l’année 2019, plus de 600 millions ont été recouvrés sur les chèques impayés. Comme la DGI n’était pas bien informatisée, nous nous sommes retrouvés avec des doubles enregistrements. Aussi, on a pu constater que certaines sociétés ont été liquidées à notre insu. Donc, il faut assainir le fichier avant toute opération. Vous aurez constaté qu’il y a eu beaucoup de fermeture pour impôt. C’est une manière pour nous de contraindre ceux qui doivent à l’Etat de s’exécuter. Mais l’Etat aussi n’est pas exempt car nous devons aussi à des entreprises et le tout sera tiré au clair.

S : Qu’en est-il des ministres et des députés qui doivent à l’Etat mais qui ne s’exécutent pas ?
LK : Il s’agit pour la plupart d’anciens ministres. Là, ce sont des paiements qui sont négociés, des paiements échelonnés afin de permettre à l’intéressé de le faire dans la souplesse. Tous ceux qui doivent à l’Etat vont s’acquitter de leurs dettes, mais suivant une procédure qui respecte également nos propres textes.

S : De plus en plus, des voix s’élèvent pour demander la révision des clauses contractuelles avec les sociétés minières qui brimeraient l’Etat burkinabè, Certains contrats méritent –ils d’être retoqués ?
LK : Notre code minier adopté ne 2015 est vraiment en avance avec beaucoup d’innovations. Ce qu’il convient de faire est de veiller à ce que ceux qui bénéficiaient d’une convention particulière avant l’entrée en vigueur du code puissent s’y conformer. Dans ce code, nous avons le fonds minier de développement local qui doit financer des activités. Ainsi, nous avons demandé à ce que le code minier tel que établi soit appliqué à l’ensemble des sociétés minières au Burkina Faso.

S : Le Burkina Faso a renoué avec la Chine continentale au détriment de Taiwan, sur le plan économique, est ce remariage en valait la peine ?
LK : C’est un mariage qui était nécessaire. Au plan des relations économiques, le pays traitait avec cette Chine. Sur le marché mondial vous convenez avec moi que la Chine Continentale pèse. Donc, le Burkina Faso ne pouvait que se tourner vers ce pays pour sa politique diplomatique en Asie. Des projets énergétiques, nous avons le projet backbone, au niveau sanitaire, agricole, des infrastructures routières, ce mariage porte des fruits. Donc c’est une relation gagnant-gagnant.

S : Comment se portent les relations entre le Burkina et ses partenaires techniques et financiers ?
LK : Dans l’ensemble, nos relations sont au beau fixe. En termes d’appui, d’assistance à notre pays, nous sommes satisfaits. Mieux, il faut savoir que notre diplomatie se porte bien et suscite le retour de certains amis comme l’Italie par exemple.

S : Quelles sont les grandes perspectives dans le sens du renforcement de ces relations s’il y a lieu ?
LK : Oui, ce sont notamment les cadres de partenariat sous l’égide du ministre des affaires étrangères, il y a aussi des actions liées à l’image du pays.

S : Certains pensent que nos rapports avec le FMI et la Banque mondiale doivent changer. Est-ce que le Burkina envisage de faire dans un avenir proche comme le Ghana, c’est-à-dire se passer du soutien du FMI ?
LK : Pas pour l’instant, mais c’est un débat qu’il faille étudier. Il faut reconnaitre que les relations avec le FMI ont évolué. Ce n’est plus au vieux temps où on imposait presque tout. Aujourd’hui, ce sont des programmes élaborés par le pays qui sont validés par ces partenaires. La présence du FMI est importante car elle permet de confirmer les chiffres sur les progrès économiques.

S : L’actualité ces derniers temps, c’est le changement du F CFA pour faire place à l’ECO. En votre qualité d’ancien Directeur de la stabilité macroéconomique et de la surveillance multilatérale des politiques économiques des Etats membres de la CEDEAO quels sont les avantages de l’ECO par rapport au CFA ?
LK : L’avantage est qu’on aura une seule monnaie dans un vaste marché de plus de 300 millions d’habitants. Les pertes de change ralentissent l’effort économique de nos opérateurs. L’Eco va permettre de stabiliser notre marché et de commercer entre nous.

S : Comment le Burkina s’y prépare et surtout est-ce que nous serons à jour des critères de convergence de la CEDEAO?
LK : Le Burkina et les pays de l’UEMOA ont convenu que les huit pays de l’UEMOA y aillent ensemble. Car nous sommes dans une union monétaire si on ne va pas en bloc, cela veut dire que chaque pays doit retourner créer sa banque centrale avant d’aller. Ce qui n’est pas possible. Et déjà en matière de critères de convergence, les pays de l’UEMOA pourront respecter à 85%, les consignes de stabilité pour faire leur entrée.

S : D’aucuns pensent que c’est déshabiller Pierre pour habiller Paul, est ce que véritablement, l’ECO est ce changement voulu par les jeunesses des différents pays ?
LK : L’Eco va incarner le changement attendu en Afrique. L’Eco sera arrimé à un panier de monnaies géré par les africains. Dans la phase transitoire, nous allons maintenir un taux fixe aligné sur l’Euro pour avancer.

S : Quel va être désormais le rôle de la France dans cette nouvelle Monnaie?
LK : Aucun rôle. Ce sera une monnaie gérée par la communauté africaine.

S : Plusieurs pays avec à leur tête le Nigeria contestent ce changement unilatéral et surtout les conditions de changement du CFA à l’ECO. Quelle peut être la conséquence de cette « dissonance » dans l’avènement de la nouvelle monnaie ?
LK : La prochaine rencontre du conseil des ministres de la CEDEAO va nous permettre de nous pencher sur cette question.

S. Votre mot de fin.
LK : Je voudrais vous remercier pour l’occasion qui m’a été offerte pour évoquer certains sujets majeurs de mon département. Permettez-moi de renouveler mes vives félicitations aux agents du MINEFID pour l’excellent travail qu’ils font et les inviter à maintenir le cap. Je voudrais également traduire toute ma reconnaissance aux partenaires techniques et financiers pour la confiance placée en notre pays. Pour terminer, je formule le vœu 2020 soit une année de paix retrouvée pour notre pays et que tous les déplacés internes puissent rejoindre leurs localités d’origine.

Félicien LOMPO
(collaborateur)

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