A la hauteur des enjeux

Le monde fait face à l’une des plus graves crises sanitaires. Le dernier décompte des malades à coronavirus, au 14 mars 2020, fait état de plus de 145 000 cas, issus de 123 pays et près de 5 500 décès. Après la Chine, c’est en Italie que le Covid-19 a le plus causé de perte en vies humaines avec 1 266 morts, suivie de Iran avec 514 décès, puis de l’Espagne, avec 133 morts.  La France et la Corée du Sud enregistrent respectivement 79 et 72 décès, selon les chiffres officiels qui, peut-être, sous-estiment l’ampleur de l’épidémie. Au moment où la situation est sans commune mesure avec l’Europe, devenue l’épicentre de la maladie, c’est le branle-bas de combat au Burkina Faso depuis la confirmation de deux premiers cas le 09 mars dernier, puis 7 autres quelques jours plus tard. En deux temps, le pays a édicté diverses mesures pour contrer la propagation du coronavirus sur le territoire national. Elle a décidé, entre autres, de l’observance de mesures d’hygiène strictes, de la suspension de tout évènement d’envergure jusqu’au 30 avril 2020, de  la  fermeture  des établissements  d’enseignements  préscolaires,  primaires,  post primaires et secondaires, professionnels et  universitaires,  du lundi 16 mars  2020  au  mardi  31  mars  2020 au moins,  sur  toute  l’étendue  du  territoire.  Pour contraignantes qu’elles puissent paraitre, ces mesures préventives graduelles sont recommandées par l’OMS qui indique qu’il est possible de ralentir « considérablement » la propagation du virus, voire de renverser la tendance. Elle préconise plutôt la  mise en œuvre de mesures énergiques d’endiguement en vue de freiner l’expansion de la pandémie, laissant ainsi assez de temps à la communauté des chercheurs pour trouver des traitements et des vaccins efficaces.  A l’image de la République populaire de Chine, premier pays affecté qui s’apprête à déclarer sa victoire sur le nouveau coronavirus, il va falloir que les Burkinabè, pour une fois, parviennent à faire chorus dans l’application stricte des mesures annoncées et qui placent chacun face à ses responsabilités, à ses devoirs de citoyens. C’est du reste, ce que le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, a lancé samedi dernier en réponse à la polémique puérile relative à la décision gouvernementale en vue de réduire la propagation du fléau. « Ce ne sont pas des mesures coercitives contre une personne ou un groupe, mais pour la santé de la population. Certains ont les interprétées comme étant des mesures qui leur sont adressées. Même dans les grands pays, il y a des restrictions partout. Ce n’est pas une fiction que nous inventons pour apeurer qui que ce soit. Il est nécessaire que nous soyons conscients que notre responsabilité nous impose d’accepter ces restrictions temporaires », a-t-il coupé court. A ceux qui militeraient, à raison peut-être, pour la suspension des dessertes aériennes, il faut rappeler que les interdictions de vols en provenance de Chine n’ont pas été d’un grand secours pour l’Italie, premier pays à mettre en œuvre cette mesure.  C’est la preuve que c’est d’une réponse équilibrée dont nous avons besoin, loin de toute tentation de repli, d’isolement dans un contexte de mondialisation irréversible. Politiquement, la transparence et la proactivité doivent guider  les actions du Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) et du Conseil de coordination de la mise en œuvre du Plan de préparation et de riposte à une épidémie de COVID-19 en matière d’information d’un public à l’affût de la moindre alerte, même erronée. Les atermoiements liés à la centralisation compréhensible de la communication sur le COVID 19 peuvent cependant faire le lit  du sensationnalisme, des rumeurs de tout genre.

Le COVID 19 est un défi de trop pour un Burkina Faso, déjà en proie à un front social en ébullition et à une guerre sans merci contre le terrorisme avec son corollaire de conflits communautaires, de déplacés internes. Nous n’avons de choix que d’être à la hauteur des enjeux.

Mahamadi TIEGNA

 

 

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