Fête de Pâques à Ouagadougou: le coronavirus au menu

Les fidèles chrétiens du Burkina Faso ont célébré, le dimanche 12 avril 2020, la fête de Pâques. En raison de la pandémie du coronavirus, quelques familles, dans la capitale burkinabè, ont célébré la résurrection du Christ dans la sobriété et en respectant les gestes barrières. Constat.

Il est 12 heures 27 minutes, ce dimanche 12 avril 2020 au quartier Dapoya (arrondissement n°2 de Ouagadougou), lorsque nous faisons notre entrée dans la concession de la famille Toni. Des tables et des chaises sont disposées aux quatre coins de la cour, et sur la terrasse. A l’entrée de la cour, de l’eau, du savon, et un bidon de gel hydro-alcoolique attendent les visiteurs. Après les échanges de civilité, le chef de famille, Georges Toni, infirmier à la retraite, nous invite à nous asseoir. “En ma qualité d’ancien infirmier, je suis bien placé pour connaitre l’importance de respecter les mesures barrières recommandées par les autorités sanitaires. Comme vous pouvez le constater, nous avons essayé de distancer les chaises et les tables d’un mètre. Nous avons également prévu des assiettes et paquets jetables pour ceux qui souhaitent aller manger à la maison”, explique le vieil homme. De la bière en cannettes, du vin, des spiritueux et des boissons locales (bissap, dolo, etc.), des grillades (poulet), et de la crudité sont disposées sur les différentes tables. “Habituellement, la cour est bondée de monde lors de la fête de pâques. Mes enfants, petits-enfants et beaux-fils ont décidé de ne pas effectuer, cette année, le déplacement. Le COVID-19 nous a contraint à fêter dans la sobriété”, confie-t-il, sourire aux lèvres. Dans la famille Ouédraogo, dans le quartier Dassasgho (arrondissement n°5 de Ouagadougou), le contraste est perceptible. Contrairement à la famille Toni, les mesures ici, pour lutter contre la pandémie du coronavirus sont drastiques. Une quarantaine de plats à emporter sont posés sur plusieurs tables. Des jeunes filles, mains gantées, procèdent au fur et à mesure à leur enlèvement, et se rendent dans les concessions voisines. “Il n’y aura pas cette année de réception à cause de la maladie du coronavirus. Nous avons décidé de procéder et garder, malgré tout, l’esprit de partage qui doit caractériser cette fête. Quelques voisins en font de même”, souligne Eugénie Ouédraogo/Kaboré, ménagère, tout en nous invitant à emporter un plat de riz gras au Soumbala et à la viande de bœuf.

Un coup dur

En ce qui concerne la boisson, poursuit-elle, nous avons opté cette année pour les canettes, et les bouteilles non-réutilisables. Nous sommes dans la foulée invités à prendre place au salon pour y déguster, à l’abri des regards, deux cannettes de bière fraiche. En dépit de l’insistance de notre “généreuse” hôte, nous refusons respectueusement le riz gras au Soumbala, en songeant au reste du chemin à parcourir…A Pissy, dans l’arrondissement n°6 de Ouagadougou, la famille Coulibaly semble “très soucieuse” de l’ampleur des risques de contamination ou de propagation du COVID-19. Aucune ambiance particulière, ni véhicules ni vélomoteurs stationnés aux alentours de la villa cossue. “Nous fêtons cette année en famille. Il n’y aura pas de visites chez des proches comme nous avions l’habitude de le faire les années antérieures. Le voisinage et la famille élargie semblent nous avoir emboîté le pas. A part vous et deux personnes, nous n’avons pas reçu quelqu’un d’autre. Nous croisons les doigts pour que tout cela soit un lointain souvenir. Le COVID-19 a gâté la fête”, déplore le responsable des lieux, Pierre Coulibaly, douanier, entouré de son épouse et de sa progéniture. De la friture, de la grillade et diverses boissons se disputent la place sur une table dressée pour la circonstance. Autre lieu, même constat, même son de cloche. Nous sommes au quartier Bonheur-Ville (arrondissement n°6 de la capitale). Il est 16 heures 39 dans la famille Zoungrana. Assis devant la concession, des jeunes gens devisent, tout en prenant du thé, et du vin. Cette année, les visites chez les amis sont restreintes, nous confie l’un d’entre eux. Pour le chef de la maisonnée, le commerçant, Paul Zoungrana, le nouveau coronavirus a porté, cette année, un sérieux coup aux festivités et aux divers offices religieux. “Nous prions continuellement pour qu’il disparaisse comme il est venu. Il a vraiment mis tout sens dessus dessous. La célébration de la Pâques, l’année prochaine, sera, nous l’espérons, plus heureuse. En attendant, nous devons respecter scrupuleusement les gestes barrières pour nous prémunir contre cette pandémie”, conseille-t-il.

W. Aubin NANA

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