Dieudonné Minoungou (Ancien footballeur international burkinabè) : « Mamadou Zongo est le meilleur footballeur burkinabè de tous les temps »

Avec son statut de remplaçant au sein des Etalons, il s’est toujours signalé à chaque fois qu’il prenait pied sur l’aire de jeu en inscrivant au moins un but. « Monsieur un but par match » pour certains, « Joker de luxe » pour d’autres, Dieudonné Minoungou a été l’un des meilleurs goaleadors burkinabè du début des années 2000. Basé dans l’Hexagone où il s’est reconverti dans le management des joueurs, il revient sur sa carrière et donne son appréciation sur le football burkinabè.

Que devient Dieudonné Minoungou ?

Je suis basé en France sans pour autant quitter le milieu du football. J’ai la licence d’agent de joueur. Je viens souvent en vacances au Burkina Faso. Tout va bien. Je suis en pleine forme et ça va.

Comment se passe cette période de crise sanitaire ?

C’est dur pour tout le monde. Le mieux est de rester chez soi et de se confiner à la maison. On essaie de vivre avec. Il faut respecter les consignes.

Tu dis que tu es toujours dans le milieu du football. Que fais-tu exactement ?

Je suis toujours dans le domaine du football. Je travaille avec un ami sénégalais qui fait venir des joueurs qu’il place un peu partout en Europe. Je n’ai pas encore commencé avec mon pays parce que je veux bien tisser des relations pour pouvoir commencer avec les jeunes talents du Burkina Faso. Sinon pour le moment, je bosse avec cet ami sénégalais qui fait venir des joueurs ici que nous essayons de placer dans de petits clubs d’abord en attendant de voir mieux.

Raconte-nous l’histoire de ce sobriquet de « Monsieur un but par match » qui t’est resté collé durant ta carrière de footballeur.

(Rires). « Monsieur un but par match », ce n’est pas moi qui me suis donné ce surnom. Ce sont les journalistes qui me l’ont donné. A chaque fois, je suis remplaçant et à chaque fois que je rentre, je marque des buts. J’ai le sens du but. C’est la raison pour laquelle les journalistes m’ont donné ce surnom. Ils m’avaient aussi surnommé le « Joker de luxe ».

Pour les superstitieux, malgré ton talent, c’est aussi l’effet du wack qui t’a toujours permis de marquer à chaque fois que tu prends pied sur l’aire de jeu.

(Rires). Si le wack peut aider à être efficace, pourquoi l’Afrique n’a jamais remporté la Coupe du monde ? Comment peut-on marquer des buts avec le wack ? Ça me fait rigoler cette histoire. Peux-tu marquer des buts si tu ne sais pas jouer au football ? Je répondrai par la négative. Si tu comptes sur ton wack pour marquer des buts, jamais tu n’y arriveras. J’ai toujours eu le sens du but, c’est tout.

Je me rappelle de l’international guinéen Morlaye Soumah alors sociétaire de Bastia. Il m’a rencontré un jour à Paris et il disait à qui veut l’entendre à mon égard : « ce garçon, quand il s’agit de marquer des buts, il n’y a rien à dire, c’est un buteur. Il a le sens du but ». Cela m’a fait plaisir. Pour vous dire que ce n’est pas le wack qui marque les buts. Si c’était le cas, il serait facile pour tout le monde de jouer au football. J’avais le sens du but et j’avais la chance de marquer des buts.

Quelle comparaison fais-tu des Etalons de ton époque et ceux d’aujourd’hui ?

Dieudonné Minoungou (3e de la gauche vers la droite) avec la formation de la ligue 2 française le Stade Brestois en 2004.

Les générations ne sont pas comparables parce que chacune a son temps. A notre époque aussi, on était costauds. On avait une bonne équipe talentueuse et technique. Maintenant, il y a une nouvelle génération qui est là avec beaucoup plus de chance. Ils jouent dans de bons clubs, dans de très grands clubs à des niveaux un peu élevés.

Techniquement, ça joue au ballon et c’est de très bons joueurs. La preuve, ils sont allés jusqu’en finale de la Coupe d’Afrique des Nations en 2013. Ce qui veut dire que chaque génération évolue avec son temps. L’actuelle génération est très bonne. Je n’ose pas la comparaison parce que c’est le même ballon que tout le monde joue.

Pour toi, qui est le meilleur footballeur burkinabè de tous les temps ?

Selon moi, le meilleur footballeur burkinabè de tous les temps est Mamadou Zongo dit Bébéto. Il avait presque toutes les qualités : buteur, technique et passeur. Ce fut un très grand joueur. Dommage, les blessures comme d’habitude sont venues tout gâcher.

Et le meilleur de la nouvelle génération ?

Ces dernières années, le joueur pour moi qui a plus de talent est Bertrand Traoré. Techniquement, ce gamin a du talent. Je l’ai vu de près jouer. Le meilleur joueur actuellement c’est lui. C’est l’une de nos pièces maitresses techniquement. Beaucoup ne sont pas mauvais. Mais, au-dessus techniquement, c’est lui. Je n’oublie pas non plus Jonathan Pitroipa, lui aussi est l’un des plus doués de sa génération. Bertrand et lui ont à peu près les mêmes qualités.

Tu l’as bien dit, sur le plan talent, il n’y a rien à dire sur Bertrand Traoré. Qu’est-ce qu’il lui faut, selon toi, pour pulvériser des records et répondre aux espoirs placés en lui par les Burkinabè ?

Il doit toujours travailler. C’est le travail qui paie. Il peut être un grand joueur. Il a un pied gauche énorme. Il a une très bonne qualité de dribbles. Il m’a invité déjà deux ou trois fois à venir suivre ses matchs, mais je n’ai pas pu aller. C’est un petit qui a des qualités. Il a besoin encore de travailler dur pour y arriver.

Comment vois-tu l’avenir du football burkinabè ?

Le football burkinabè va monter en puissance. Je le dis parce qu’au-delà des talents déjà existants, il y a plein de jeunes bons joueurs qui arrivent. Cela ne doit pas nous faire baisser les bras. Il faut que nous travaillions encore davantage.

Que penses-tu de la proposition de Boureima Maïga qui avait souhaité que les anciens fassent la place aux jeunes dans l’équipe nationale ?

Dans le football, on ne balaie pas les anciens d’un coup pour mettre les jeunes. Il faut des joueurs d’expérience pour encadrer les jeunes. Ça a été notre cas. Il y a eu une année, ils ont commencé à enlever quelques anciens et nous avons raté la Coupe d’Afrique. C’est le Cap Vert qui nous avait éliminés. Le rajeunissement est un processus et doit suivre des étapes.

Entretien réalisé par Yves OUEDRAOGO

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