Suspension du Faso foot : Le stratagème des joueurs pour maintenir la forme

Comme plusieurs joueurs c'est avec des amis au grin de thé que Ibrahim Soungalo Sanou occupe la journée.

La pandémie du COVID-19 a suspendu toutes les activités sportives au Burkina Faso, notamment le championnat national de première division stoppé à la 24e journée. Personne ne sait quand reprendra le Faso foot pour achever les six journées restantes. Les plus touchés par cette situation sont sans conteste les joueurs. Comment ils vivent la suspension du championnat ? Que font-ils de leur journée ? Nos équipes sont allées à la rencontre de certains joueurs dans leur quartier.

Samedi 11 avril 2020, il est 16 heures passées. Walid Guira s’apprête à quitter l’atelier de son ami sis au quartier Gounghin de Ouagadougou. Depuis la suspension des compétitions sportives et des séances d’entraînement collectif, c’est dans un atelier de calligraphie de son «meilleur» ami que le sociétaire de l’AS- SONABEL passe le clair de son temps. Comme chaque matin, c’est par le footing et la gymnastique, associés à des pompes que le jeune joueur entame la journée.

Après une heure d’exercice et une toilette bien méritée, place à une séance télé. Il passe une bonne partie de la matinée devant son petit écran puis, direction l’atelier situé non loin de son domicile. « Ici, je viens causer de tout et de rien tout en observant le travail qu’il fait parce que je ne m’y suis pas encore essayé. Je reste là jusqu’à 17h avant de rejoindre un groupe d’autres amis pour jouer au football », confie-t-il. Nombreux sont les footballeurs de première division qui, à l’image de Guira, essayent tant bien que mal de meubler leur quotidien inhabituel imposé par la maladie du COVID-19.

C’est le cas de Narcisse Bambara. Tout comme Guira, Bambara est conscient qu’en l’absence de programme commun de travail, il doit prendre des initiatives personnelles pour maintenir une forme de compétiteur. A Tampouy où il habite, il a fait de la fréquentation de la salle de gymnastique un rendez-vous majeur de sa journée. Il y enchaîne vélo, tapis et musculation pendant plusieurs dizaines de minutes. « C’est bien mais rien ne peut remplacer la compétition où les séances traditionnelles pour une bonne forme », regrette le joueur de l’EFO.

Et pour compenser au mieux le manque, lui aussi retrouve des collègues d’autres clubs pour taper dans la balle les après-midis. Entre les deux moments du jour, c’est autour du thé en compagnie de proches qu’il «tue le temps » en prenant par moments les nouvelles de ses coéquipiers par téléphone. Le grin de thé, c’est ce qui permet également à l’attaquant de KOZAF, Ibrahim Soungalo Sanou, de donner du contenu à ses journées au quartier Kouritenga de Ouagadougou.

Lui n’a pas de joueurs de D1 dans son entourage immédiat avec lesquels il aurait aimé s’entraîner ne serait-ce que de manière informelle comme les autres. Ses amis sportifs sont tous de divisions inférieures et ceux de la D2 sont en vacances car ayant terminé leur championnat. Au programme de maintien donc, juste du footing et des abdominaux trois quarts d’heure durant par jour dans la matinée.

« Tout le reste de la journée, je suis devant la télé jusqu’à ce que je m’ennuie et là, je rejoins le groupe pour changer d’air », avoue-t-il entre deux soupirs. « Nous avons entendu des murmures faisant écho de ce qu’il n’y aurait pas de salaire pour ce mois d’avril s’il n’y a pas d’entraînement. Si c’est avéré, ce serait dommage mais que pouvons-nous faire à part prier pour que les choses s’améliorent afin que tout rentre dans l’ordre », ajoute Soungalo.

Situation exceptionnelle, programme exceptionnel

Avant le terrain, ce sont les jeux de société qui occupent les membres du grin comme ce face-à-face Narté-Babayouré en dames.

A la différence des trois cités plus haut, le milieu de terrain de RAHIMO FC, Ousmane Diané, lui, n’a pas totalement rompu avec le rythme de travail habituel. Dans leur fief à Bobo-Dioulasso, ses coaches ont concocté pour lui et ses coéquipiers un programme adapté à la situation. A trois ou à quatre joueurs, ils se retrouvent régulièrement au terrain sous la supervision de l’encadrement technique pour effectuer quelques exercices.

« Le soir, précise-t-il, en solo ou encore avec d’autres coéquipiers, j’essaie de compléter par un travail physique », indique-t-il. Situation exceptionnelle, programme exceptionnel pour Daouda Nabi. Comme bon nombre de footballeurs, le capitaine de l’ASFA-Y est soumis à un programme hebdomadaire. « Au début de la crise sanitaire, j’étais plus fréquent dans les salles de gymnastique. Mais avec la fermeture de ces lieux, il fallait trouver autre chose à faire pour essayer de s’adapter à la situation », informe-t-il.

En effet, tous les deux jours dans la semaine, Daouda accentue les entraînements en optant pour les matins et soirs. « Le matin, je fais un footing de 40 à 45 minutes avec des accélérations, des étirements et des abdominaux. Le soir est consacré au vélo et à la corde. Après tout cela, c’est la télé et la cuisine », raconte-t-il. Le capitaine de l’USO, Razak Koala a, lui, un programme un peu plus relaxe.

« Je trottine un peu le matin avant de retrouver les amis du grin autour du thé. Avec le couvre-feu, il est pratiquement impossible de faire quelque chose dans la soirée », glisse-t-il. Outre les entraînements individuels, l’on parle beaucoup football au grin de thé de Razak Koala. A travers débats et conseils sur le sport-roi, l’on fait vivre le grin. Ce groupe choc de Razak Koala est constitué en majorité de joueurs de l’USO, de joueurs d’autres clubs comme Salitas avec Issouf Soso ou encore Abdallah Sana de Majestic.

Une équipe d’entrainement improvisée

D’autres joueurs depuis la suspension des activités sportives au Burkina Faso ont préféré former une petite équipe pour occuper leurs journées afin de rester en forme. A la Zone 1 (quartier de Ouagadougou), des footballeurs de près de 5 clubs de la capitale se retrouvent dans leur grin et s’organisent pour s’entraîner sur le terrain du RCK. « L’idée est venue de tout le groupe », nous explique l’un des leaders du grin, le gardien de but de l’AS Douanes, Babayouré Sawadogo qui précise que pour lui, étant gardien de but, ses principales activités se passent dans les buts.

Il maintient donc sa forme (les réflexes, les déplacements, la capture de la balle, etc.) sous la houlette de l’actuel entraîneur des gardiens de but du leader du Faso foot, Salitas FC, Amadou Séré. C’est lui d’ailleurs qui joue le rôle de coach de tout le groupe et tout le monde l’a adopté et le respecte. « J’ai commencé avec Baba (ndlr : Babayouré Sawadogo) et les autres ont suivi le pas (au lieu de seulement jouer au lido, dames ou scrabble…). L’ambiance est bonne et chacun essaie de garder sa forme », renseigne Amadou Séré.

Mais qu’administre-t-il à ses amis, lui qui n’a pas encore tous ses diplômes d’entraîneur? « Ce sont des exercices habituels dans les clubs. Des mises en train et rien d’extraordinaire. Je fais du volontariat, ce n’est pas un entraînement complet d’équipe. Chacun vient pour apprendre », répond-il se rassurant que « si le championnat venait à reprendre, ces joueurs seront des têtes d’affiche ».

Le sociétaire de l’USFA, Roger Sirima qui apprécie positivement cette organisation entre amis, affirme que c’est « un bonus » pour lui. Parce que dans son club, le préparateur physique leur a déjà confié un programme spécifique individuel. « Chaque lundi et sur trois jours d’affilée, chacun essaie de suivre ce programme de son côté. Le préparateur physique balance ça dans le groupe (WhatsApp :ndlr).

Je suis ce programme les matins et les soirs si la forme y est toujours, je viens ici sur le terrain du RCK avec les amis », ajoute Roger Sirima. Son travail individuel édicté par son club est axé sur « l’endurance capacité, souvent la musculation ». « On nous avait donné ce programme pour aller en salle de gym mais avec la situation du COVID-19, les salles sont fermées et chacun le suit de son côté », poursuit-il. Cependant, le travail collectif avec ses amis sur le terrain du RCK lui est d’un grand apport. Selon le sociétaire de l’USFA, il très important de travailler entre amis.

Car un joueur qui s’entraîne seul perd beaucoup de choses puisque le football est un sport collectif. « Quand on se retrouve entre amis, ça fait plaisir. Ça nous permet de maintenir même la cohésion. Même ceux qui ne jouent plus sont avec nous ici. On touche au ballon, on court et on joue. Et avec la présence des gardiens de but, on arrive à s’exercer dans les frappes », a fait savoir le défenseur de l’USFA.

Le vendredi 10 avril, nous avons fait un tour sur le terrain du RCK où ce groupe d’amis s’entraîne avec les moyens de bord : une dizaine de ballons, des plots, des chasubles et de l’eau de rafraichissement, sous les directives effectives de « coach » Séré. A qui appartient ce matériel et comment s’organisent-ils pour l’approvisionnement en eau ? « On fait avec les moyens que nous avons.

J’avais quelques ballons et les chasubles à la maison. Sirima aussi avait quelques ballons à la maison. Nous avons également des éléments du RCK avec nous puisqu’on s’entraîne sur leur terrain. Donc, on emprunte deux à trois ballons avec eux. S’agissant de l’eau, chacun met la main à la poche. Aujourd’hui ça peut être moi, demain une autre personne », nous clarifie Babayouré Sawadogo.

L’appel des joueurs

L’objectif de ces joueurs est d’entretenir leur corps pour une éventuelle reprise du championnat. En attendant, ils sont conscients que le COVID-19 est une réelle menace pour la population et toutes activités.

Ainsi, Roger Sirima appelle la population au respect des consignes et des gestes barrières. Aux sportifs, le défenseur de l’USFA leur demande de rester actifs durant cette période car un athlète qui s’endort une semaine sans activité perd deux mois de forme. Le gardien de but des Etalons, Babayouré Sawadogo, lui, invite les sportifs à se protéger et à respecter les consignes édictées par le gouvernement.

« Je conseille tous les camarades sportifs de manière générale et les footballeurs en particulier à faire quelque chose à la maison pour se maintenir. Ils doivent manger sain tout en menant une vie sportive pour que la reprise soit facile pour eux », souligne-t-il. Babayouré Sawadogo, pour qui le Faso foot manque énormément, a mentionné que lui et ses camarades ne laisseront pas tomber leur initiative jusqu’à ce qu’une note officielle des autorités sportives vienne situer tout le monde sur la reprise des activités.

Du lundi au vendredi, les entraînements se font les après-midis dans ce groupe d’amis. Le thé, c’est dans la matinée et les week-ends. Nous avons pu observer également cette ambiance d’amis dans le grin le samedi 11 avril où nous sommes passés une demi-journée avec eux. Le thé coule à flots et les jeux de société sont permanents. En plus de son talent de footballeur, Roger Sirima fait preuve de maîtrise dans le jeu de dames.

Il a infligé un 3-0 au latéral gauche du RCK, le Ghanéen Polo Narté. Avant cette partie, Babayouré et le Ghanéen s’étaient neutralisés en deux jeux avant que le premier cité ne marque un point avant l’heure de la prière. Les membres du grin sont composés pour la plupart des joueurs du RCK. En plus de Polo Narté, on peut citer le Malien Aboubacar Sidiki Traoré dit Kanté, Souleymane Traoré, Ashiraf Ouédraogo et Bado Ivan Bruno. A ceux-là s’ajoutent Babayouré Sawadogo (AS Douanes), Roger Sirima (USFA), Moussa Sawadogo (USFA) et Amadou Séré (coach des gardiens de Salitas FC).

Même s’il n’y avait que deux personnes qui portaient des masques et que la distanciation d’au moins 1m n’était pas respectée, tous sont conscients du danger du COVID-19. Qu’à cela ne tienne, tous n’ont qu’un vœu : que les choses reviennent vite à la normale pour leur permettre de pratiquer leur sport préféré, le football.

Yves OUEDRAOGO
Voro KORAHIRE
Adama SALAMBERE
Ollo Aimé Césaire HIEN

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