Descente aux enfers

Après avoir refusé de répondre à trois convocations du Service central de recherches et d’investigations criminelles de la gendarmerie, l’autoproclamé président du Togo, Gabriel Agbéyomé Kodjo, a été arrêté à son domicile, à Lomé, au petit matin du 22 avril 2020. Celui qui continue de revendiquer la victoire à la présidentielle du 22 février dernier est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation parmi lesquels celui d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, d’usage des insignes de l’Etat, de nominations illégales, de troubles aggravés à l’ordre public et de dénonciations calomnieuses. Bien qu’ayant été débouté par la Cour constitutionnelle devant laquelle il avait déposé un recours contre les résultats de la Commission électorale qui a consacré la victoire du président sortant Faure Gnassingbé, l’ancien Premier ministre togolais a persisté dans un entêtement qui lui vaut aujourd’hui cette privation de liberté. Cette interpellation sonne comme le début d’une descente aux enfers pour lui. Pour les autorités togolaises, il était temps de siffler la fin de la récréation qui avait assez duré. Le président du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD), convaincu de son plein droit de jouir des prérogatives de chef d’Etat, avait nommé un Premier ministre, formé son gouvernement et utilisait les insignes étatiques. Le pouvoir allait-il le laisser persister dans ce qui ressemblait fort à un affront ? Assurément pas. C’est pourquoi, il a décidé de passer à la vitesse supérieure en faisant prévaloir le droit. Agbéyomé Kodjo aurait pu faire profil bas après que la Cour constitutionnelle ait tranché en faveur du président sortant. Mais, il a poursuivi son jeu de défiance du pouvoir reconnu légalement. Avec son arrestation, c’est son espace de liberté qui se réduit, puisqu’il sera auditionné par le procureur de la République, avant que le magistrat ne statue sur un éventuel placement en détention préventive. Et pendant toute la procédure, il sera détenu. Le feuilleton de M. Kodjo fait penser à celui de l’opposant camerounais, Maurice Kamto, qui lui aussi s’était autoproclamé président de la république avant les résultats officiels en 2018. Dans une certaine mesure, cette fébrilité des opposants africains à l’issue des échéances électorales peut se justifier quand on sait que les scrutins ressemblent le plus souvent à des mascarades pour répondre aux exigences de la démocratie. Mais de là à protester à tout vent, le plus souvent au mépris des lois en vigueur, frise le ridicule. Cet état de fait illustre à quel point la représentativité au sein des instances électorales dans certains Etats africains a toujours souffert de crédibilité. Sinon pourquoi au terme de chaque scrutin présidentiel, il faut s’attendre à une crise post-électorale ? Il faut travailler à mettre en place des institutions crédibles avec des personnalités qui ont l’avantage d’incarner une certaine intégrité pour les diriger. Tant que les pouvoirs en place tenteront d’avoir une mainmise sur ces institutions, l’on assistera toujours à ces situations burlesques sous nos tropiques. Le jeu démocratique doit être arbitré de façon équitable et transparente pour favoriser l’expression réelle de la volonté de la majorité. Ce qui se passe au Togo n’étonne personne puisque le quatrième mandat du président Faure Gnassingbé a été largement contesté par l’opposition togolaise. Il va de soi qu’à l’issue de la présidentielle, il y ait une telle contestation de la part de celui qui est arrivé en deuxième position après le chef de l’Etat sortant. Elaborer des lois qui incarnent l’intérêt général, telle est la panacée contre les crises post-électorales en Afrique. A défaut, ce sera le triste spectacle d’une parodie de démocratie qui sera servi aux peuples au nom desquels les leaders politiques s’étripent.

Karim BADOLO

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