Riposte au COVID-19 au Centre-Ouest La Sissili s’arme face à la pandémie

Les quatre provinces de la région du Centre-Ouest rivalisent d’ardeur dans la lutte contre le coronavirus. Mais la Sissili, province frontalière avec le Ghana, doit redoubler plus de vigilance. Constat.

Le haut-commissaire de la Sissili, Sié Aristide Magloire Kam, est fier que sa province soit épargnée pour l’instant par le coronavirus. En nous rencontrant, il s’est empressé d’affirmer qu’à la date du 17 avril 2020, aucun cas confirmé n’a été enregistré dans sa circonscription. « Nous avons, étant une province frontalière et sur instruction de la hiérarchie, pris des mesures spéciales depuis le mois de mars, toute chose qui permet à notre province de garder jusque-là son territoire inviolé par le coronavirus », précise-t-il. Au nombre des dispositions spéciales, il y a un dispositif installé au niveau de la frontière afin de prendre la température de tous ceux qui traversent la frontière en provenance ou en direction du Ghana. Le comité provincial de gestion des épidémies, mis en place courant mars, a aussitôt pris des mesures qui contribuent énormément à combattre le COVID-19 dans la province. Il s’agit notamment de la fermeture des débits de boissons, le système d’emporter les repas pour ce qui concerne les restaurants. Par ailleurs, le comité met l’accent sur la sensibilisation avec le soutien des filles et fils de la province et de la hiérarchie, a soutenu le haut-commissaire. A la date du 17 avril, le comité provincial avait pu mettre à la disposition de certaines structures de l’Etat des dispositifs de lave-mains, des cache-nez, du gel hydroalcoolique, etc. Dans les jours à venir, le comité envisage la confection de masques en quantité pour les mettre à la disposition des populations. Au-delà des dons, le comité provincial a déjà effectué des sorties sur le terrain et même dans les communes rurales pour mener la sensibilisation. Avec les moyens dont ils disposent, indique le haut- commissaire, sa province est prête à faire face à toute éventualité au cas où un cas confirmé venait à être avéré.

Des mesures incomprises

La province de la Sissili avec pour chef-lieu Léo fait frontière avec le Ghana dans sa partie sud. Entre les deux localités, le commerce est florissant, faisant de Léo une plaque tournante en matière d’échanges commerciaux dans la région du Centre-Ouest. Jusque-là, les choses fonctionnaient comme il se doit dans la province jusqu’au 9 mars 2020, date à laquelle le coronavirus est venu remettre tout en cause. Les intérêts des uns et des autres sont menacés à tel point que la tension est parfois vive dans la province. A notre passage, nous avons pu constater l’effort fourni par l’ensemble des différentes autorités de la place pour barrer la route au coronavirus, mais cela ne se fait pas sans difficulté. A notre entrée dans la ville de Léo, le constat premier que l’on peut faire, est que toute personne en provenance de Sapouy et Ouagadougou est systématiquement arrêtée. Le lavage des mains et la prise de température sont obligatoires avant d’accéder à la ville. Cette disposition est aussi valable du côté de la frontière ghanéenne. Ce sont là les dispositions prises par les autorités provinciales avec les volontaires de la Croix-Rouge burkinabè et les services de sécurité qui accomplissent honorablement cette tâche. Une fois dans la ville de Léo, le constat majeur que peut faire tout visiteur, c’est la fermeture du grand marché décidée par l’autorité communale. Mais à côté du grand marché, il y a un autre marché à caractère international qu’on appelle à Léo « Ghana yaar ». C’est là le centre des affaires commerciales entre Ghanéens et Burkinabè venus d’horizons divers. De toute évidence, en décidant de la fermeture du grand marché, le maire Abdoul Manane Nébié a inclus la fermeture de « Ghana yaar » non sans prévenir les commerçants ghanéens qui ont leur représentant sur place à Léo. A notre passage à Léo, c’était l’actualité brûlante de la ville de Léo. Mais qu’est-ce qui a bien pu guider le maire à procéder à la fermeture du marché de Léo pendant que dans toute la région du Centre-Ouest, les marchés ne sont pas fermés ? A ce propos, le maire s’en défend avec conviction. Pour M. Nébié, sa ville fait frontière avec le Ghana et le marché a un caractère international. De ce fait, les gens viennent de partout, et même des villes en quarantaine du Burkina. Avec le Ghana, la frontière est fermée conformément au décret présidentiel, mais le fret passe. Cependant, connaissant les commerçants, ils feront tout pour traverser la frontière pour se retrouver sur la place du marché. Il se trouve que parmi les camions qui sont censés transporter le fret en direction de Ouagadougou ou autres destinations, il y en a qui, une fois la frontière franchie, débarquent le contenu de leur chargement pour être vendu à « Ghana yaar ». Un comportement qui a conduit le maire à saisir des camions qu’il avait fait parquer à la place publique de Léo pendant un certain temps avant de les libérer après des conciliabules entre les deux parties. Pour le maire de Leo, son acte ne saurait être en contradiction avec le décret présidentiel fermant les frontières et qui a prévu des dispositions pour laisser passer le fret. Il se trouve que selon lui, tous les camions qui traversent la frontière en provenance du Ghana ne transportent pas du fret mais de la marchandise pour être vendue sur la place au marché qui se trouve être fermé. Le 24 mars déjà, il avait estimé que la formule qui prévalait sur les échanges sur cet espace marchand présentait des risques énormes. Aussi, il a pris un arrêté en date portant fermeture des marchés de Léo et autres mesures spéciales de restriction de liberté dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus. C’est donc en violation de toutes ces dispositions, que les commerçants veulent forcer pour la tenu régulière de « Ghana yaar » comme si de rien n’était. Dans la même dynamique, le maire a également pris un arrêté en date du 9 avril portant port obligatoire de masque de protection des voies buccales et nasales dans la commune urbaine Léo. Arrêté que certains avaient commencé à vouloir contester, mais la décision prise au plus haut sommet de l’Etat portant port obligatoire du masque à partir du 27 avril est venu conforter le maire dans sa position. En dehors de cette difficulté avec les commerçants, la commune de Léo a mis en place une cellule de veille et de riposte qui multiplie les actions afin de garder la ville de Léo épargnée de coronavirus. A la date du 17 avril, la cellule de veille de la commune attendait de réceptionner 2 000 cache-nez destinés à être distribués aux commerçants de Léo, aux commerçants ghanéens, aux gérants de maquis, dans les services, etc. Des prospectus qui indiquent comment se préserver du coronavirus ont aussi été conçus par la cellule communale au profit de l’ensemble des citoyens de la ville, a indiqué le maire, président de ladite cellule.

Les jeunes en première

Au nombre des associations qui interviennent aux côtés des autorités provinciales et communales, il y a l’association Réseau des jeunes de Léo avec à sa tête M. Azizou Yago comme président. Les jeunes, à travers ce réseau, ont pris la pandémie à bras-le-corps en menant la sensibilisation dans l’ensemble de la province au respect des mesures prises par les autorités, à savoir le port du masque, le respect de la distanciation, le lavage régulier des mains et l’utilisation du gel hydroalcoolique. Ce sont autant de messages que les 600 jeunes véhiculent à Léo et dans toutes les communes rurales de la province. Selon Azizou Yago, le réseau des jeunes a, en concert avec le district sanitaire, effectué des sorties dans les formations sanitaires, les lieux de regroupement avec des outils de sensibilisation à l’effet de sensibiliser à grande échelle la population. Dans les villages, le réseau a des jeunes sur place en plus du crieur public de chaque village, qui prennent le relais pour faire passer les mêmes messages. Pour le président du réseau des jeunes de Léo, il ne s’agit pas forcément de moyens mais beaucoup plus une question de don de soi. Chose que son association s’est engagée à faire dans le seul but de barrer la route au coronavirus. De concert avec d’autres associations, ils ont cotisé pour soutenir le comité provincial de lutte contre les épidémies pour doter certains services de matériel et de carburant pour effectuer des sorties de terrain. Sur le plan sécuritaire de la lutte contre le coronavirus dans la province de la Sissili, le Directeur provincial de la Police nationale (DPPN) de la Sissili, Alphonse Yoda, se dit serein. « Nous assurons scrupuleusement l’application du décret portant fermeture des frontières par nos unités que sont le poste de police frontière et le commissariat central », indique le DPPN de la Sissili. S’agissant du couvre-feu, la police déploie des équipes qui font la patrouille en voiture et à moto. Ces sorties sont chaque fois précédées de briefing conformément aux instructions de la hiérarchie qui recommande le respect des droits de l’homme, c’est-à-dire éviter les sévices corporels. « En tant que membre du comité provincial de gestion des épidémies, des sorties sont effectuées dans les débits de boissons et les restaurants à l’effet de sensibiliser les populations aux mesures de distanciation, d’hygiène et bien d’autres », a tenu à rassurer le commissaire Yoda. « Deux jours après la fermeture des frontières, nous avons intercepté un car ghanéen qui a conduit des Nigériens à notre frontière et nous les avons contrôlés sur le plan sanitaire avec le district sanitaire et après nous les avons reconduits tout simplement à la frontière », a conclu le DPPN de la Sissili.

François KABORE

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