Eddie Komboïgo, candidat du CDP à la présidentielle

Le président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Eddie Komboïgo, a été élu candidat du parti pour la présidentielle du 22 novembre 2020. Dans cette interview, il revient sur sa désignation et son ambition de conquérir le fauteuil présidentiel.

Sidwaya (S): Vous avez été élu, le dimanche 10 mai 2020, candidat du CDP à la présidentielle du 22 novembre 2020 à 133 voix contre 21 face à votre challenger, Yaya Zoungrana. Comment appréciez-vous cette victoire ?

Eddie Komboïgo (E. K. 🙂 : C’est d’abord la victoire du CDP. Ce n’est pas une victoire individuelle. Le CDP est un grand parti qui a connu des difficultés en 2014 et qui a décidé de se reconstruire en tirant les leçons de sa gestion du passé. J’ai eu la chance d’être conduit à la tête du parti en mai 2015, malheureusement par une loi scélérate, nos adversaires ont préféré nous exclure que de compétir avec nous. Bien qu’un certain nombre de candidats du CDP aient été exclus, nous avons pu nous en sortir avec 18 députés aux législatives de 2015 et une trentaine de maires. Le CDP a pris l’engagement au 7e congrès ordinaire de reconquérir le pouvoir en 2020. Nous avons fait un travail d’élargissement de nos bases, de restructuration avec des instances plus larges, avec 130 membres au niveau du bureau exécutif national et environ 600 au sein du Bureau politique national. Nous avons mis en place des structures géographiques au niveau des provinces, des communes et des 9 567 villages que compte le Burkina Faso. Le CDP a mis des comités de base partout. Ce qui nous a amenés à dire que le président Compaoré n’étant pas là, les ambitions des uns et des autres se sont manifestées. Nous avons trouvé un cadre organisationnel juridique pour choisir le président du parti en mai 2018. Cette fois-ci encore, nous avons sorti une directive qui a été amendée par le président Blaise Compaoré. Nous l’avons mise en œuvre. Nous avons eu trois candidats. Un candidat a été disqualifié pour raison de document. Nous avons recherché le consensus entre les deux autres, mais comme il n’y en a pas eu, les dispositions de la directive nous demandent de passer au vote. Et j’ai eu la chance d’être élu. Je pense également que les deux autres candidats n’ont pas
démérité.
Nous souhaitons qu’à l’étape actuelle qu’il y ait une unité, un rassemblement au niveau de la base, des structures du sommet de notre parti pour que nous puissions aller à la conquête de la victoire finale le 22 novembre 2020.

S : Votre élection doit être encore validée par le président d’honneur du parti ? Que vaut l’onction de Blaise Compaoré ?
E. K. : Nous l’avons voulu ainsi lors du 7e congrès ordinaire dans l’évaluation des événements des 30 et 31 octobre 2014. Nous avons tiré des leçons négatives et positives. Nous nous sommes aperçus que le président Blaise Compaoré a une grande expérience. Et ne pas bénéficier de ses conseils, c’est se tirer une balle dans le pied. Il a fait des erreurs et il sait où il a réussi aussi. Comme nous sommes plus jeunes à arriver à la tâche, il est bon qu’on l’écoute également. C’est pourquoi au 7e congrès ordinaire, nous l’avons élevé au rang de président d’honneur et nous lui avons affecté un certain nombre d’attributions parmi lesquelles orienter et valider le président du parti. Orienter et valider le candidat du parti à l’élection présidentielle. En mai 2018, lorsque nous sommes allés au 7e congrès, j’ai été élu et il a ensuite validé mon élection. Ici encore, il n’y a pas de raison qu’il ne valide pas, puisqu’il y a eu une directive que nous avons mise en œuvre. Nous n’avons pas dérogé à un seul article. C’est à l’issue de la mise en œuvre que j’ai eu la chance d’être élu. Le président Compaoré a amendé la directive et il va certainement approuver sa mise en œuvre.

S : Que se passerait-il si Blaise Compaoré refuse d’adouber votre candidature ?

E. K. : (Rires) Je vous dis que Blaise Compaoré est un homme normal.

S : Est-ce que ces primaires n’étaient pas une mise en scène en vue de donner au CDP l’image d’un parti démocratique?

E. K. : Une mise en scène ? Vous avez eu cette impression ?

S : C’est une question que je vous pose ?

E. K. : Non à ce que je sache. Vous savez que Blaise Compaoré était le candidat naturel du CDP. Pendant ces décennies de gestion, il n’y a jamais eu un concurrent à l’intérieur du parti. Aujourd’hui, il n’est pas là, ce qui a un peu manqué c’est la préparation de sa relève. Et nous avons tiré leçon. Ce qui fait que tous ceux qui l’entouraient se disent tous être son héritier politique. Les ambitions sont naturellement nées, ce qui a amené certains à vouloir briguer la magistrature suprême. Donc, il fallait qu’on trouve les voies et moyens pour désigner celui va porter l’étendard du CDP sans qu’il y ait des heurts et des divisions. C’est ce qui nous a amenés à écrire la directive en l’ouvrant le maximum possible de sorte qu’aucun militant ne se sente exclu. La directive a d’abord été adoptée à l’unanimité par le bureau exécutif national et a été ensuite publiée. Tout militant du CDP qui respectait les conditionnalités aurait pu déposer sa candidature. Nous avons eu trois candidats. Peut-être qu’il y aurait eu plus de candidats, d’autres ont dû se désister. Ce n’est pas parce que c’est Eddie Komboïgo qu’il est le premier de la classe. Le CDP regorge de personnes de qualité qui vont certainement m’accompagner pour conquérir le pouvoir le 22 novembre 2020. Un parti est fait de compromis et non de compromissions.

S : Aussitôt après l’élection, vous avez eu le soutien de votre concurrent Yaya Zoungrana. Qu’en est-il de Mahamadi Kouanda ?

E. K. : Je n’ai pas eu de nouvelles du camarade Mahamadi Kouanda ces derniers temps. Sachez que les conditionnalités pour être candidat supposent que vous signiez un acte de soutenir le candidat qui sera élu sans haine et de bonne foi. Je pense que nous avons tous signé ce document. Lorsqu’on entre en compétition, il faut être fair play. Si c’était l’un ou l’autre qui avait été élu, Eddie Komoïgo l’aurait soutenu. Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’être élu. Je profite féliciter le candidat Yaya Zoungrana qui a prononcé un discours avec des mots assez forts. Il a appelé à l’unité et a promis de nous accompagner. Je profite de votre micro pour lancer un appel solennel à l’ensemble des militants du CDP que la récréation est terminée. Il est temps maintenant qu’on s’unisse sans heurts, que l’on puisse se renforcer pour aller terrasser le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré et son MPP. Ce sont eux les adversaires. Ce sont eux qui sont incapables de bond qualitatif qu’attend le peuple burkinabè. Ceux qui hésitaient encore, ceux qui ont même quitté le CDP, je les interpelle tous de revenir. Transcender les frustrations dans la vie des hommes, c’est ce qui peut constituer la force d’un parti. J’ai foi en eux, j’ai foi en leur retour pour constituer un CDP fort et conquérant.

S : Comment entendez-vous gagner la bataille de la cohésion au sein du parti ?

E. K. : Je l’ai déjà dit en appelant à l’unité au sein du parti. Il y a la bonne foi. Il n’y a plus de compétition. Avant le CDP s’entredéchirait, chacun voulait représenter le parti à l’élection présidentielle. Le choix semble être définitif, il n’y a plus de raison de se battre pour ce qui concerne l’élection de 2020. Peut-être pour celle de 2025 ou les années à venir. Il n’y a plus de raison qu’on continue de se déchirer, sauf ceux qui seront de mauvaise foi. Comme nous l’avons toujours dit « un pied dedans, un pied dehors, tu es out ». Mais en attendant de constater cela, nous en appelons à tout le monde à avoir les deux pieds dans le CDP. Nous travaillons à cela et nous allons aller vers les militants. Les portes du CDP sont largement ouvertes sans distinction ethnique, de race, de religion, de culture et de hameau de culture. Le CDP est un parti démocratique qui veut construire une nation. Et qui veut bâtir une nation, transcende ces différences-là. C’est sur ce qui peut construire le mieux-être du Burkina que nous devons nous entendre. Aujourd’hui la confiance revient au CDP.

S : D’aucuns estiment que si vous avez été élu candidat du CDP pour la présidentielle, cela est dû en grande partie à votre pouvoir économique. Que leur répondez-vous ?

E. K. : Vous connaissez mon pouvoir économique ?

S : C’est ce qu’on entend…

E. K. : On ne me l’a jamais reproché. Sachez d’abord qu’un parti a d’abord besoin des idées, d’une organisation et d’un travail de fond. Certes, pour mener les activités du parti, on a besoin de ressources financières, mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, ce sont les idées et la vision. Je pense qu’aujourd’hui, je porte la vision qu’attendent les militants du CDP. Je pense que je porte la vision qu’attend le peuple burkinabè. C’est surtout ce qui a valu mon choix d’aller à la conquête du fauteuil présidentiel.

S : Pensez-vous être à même de battre le candidat du MPP ?

E. K. : Vous en avez le moindre doute ?

S : Je vous pose la question…

E. K. : Je pense que si le candidat du MPP est Roch Marc Christian Kaboré, il a lamentablement échoué. Son MPP est en crise d’imagination, ils ne peuvent plus innover. Ils ont atteint leur summum de réflexion. On les a vus à l’œuvre. Le PNDES n’est pas réalisé à 10%. On nous a fait du tapage médiatique qu’ils avaient collecté 18 mille milliards F CFA. On n’a pas vu de grandes infrastructures. Les partenaires techniques et financiers sont tous découragés. Notre administration est gangrénée par la corruption. Pour prendre un rendez-vous à la Présidence, il faut corrompre quelqu’un. C’est triste. Nous avons les chiffres macroéconomiques les plus bas. L’indice de développement humain a régressé. Le déficit budgétaire s’est accru au-delà de 5% de la norme régionale. Le ratio masse salariale sur recettes propres de l’Etat est au-delà de 50%, la norme régionale étant de 35%. Nous ne respectons aucun critère. Les dettes que nous prenons sont détournées à des fins privées. Sur le plan sécuritaire, rien ne va. Ils nous ont dit qu’ils étaient capables. On a changé autant de ministres de la Défense y compris le président Kaboré. C’est le vrai problème que nous avons. C’est pourquoi, nous avons foi que les Burkinabè qui sont intelligents n’iront pas voter le MPP. Je vous donne rendez-vous au soir du 22 novembre 2020 pour constater l’arrivée triomphale du CDP au pouvoir.

Propos recueillis par
Karim BADOLO

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