Mali : éviter une autre crise !

Depuis la proclamation officielle des résultats des élections législatives par la Cour constitutionnelle malienne, le 30 avril 2020, la colère ne faiblit pas à Bamako, la capitale où des milliers de manifestants sont descendus dans les rues. Dans les principales villes du pays telles que Bamako, Sikasso, Kayes, Sévaré, les marcheurs, principalement des militants et sympathisants de l’opposition, remettant en cause les résultats, ont bravé le couvre-feu pour exprimer leur mécontentement. Ces derniers protestent contre les 10 sièges supplémentaires octroyés au parti au pouvoir par la Cour constitutionnelle par rapport aux résultats provisoires annoncés par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, en charge de l’organisation du scrutin. En effet, le parti du président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), le Rassemblement pour le Mali (RPM) qui avait remporté 43 sièges, selon les chiffres provisoires, a vu son score amélioré de 10 postes passant ainsi à 53 députés sur les 147 que compte le Parlement malien. Le parti de Soumaïla Cissé, l’Union pour la république et la démocratie (URD), principal parti de l’opposition, n’a récolté que 19 sièges. Une pilule dure à avaler pour les partisans de l’opposition qui dénoncent un « favoritisme », accusant la Cour d’être à la solde du pouvoir en place. Depuis lors, certains observateurs s’interrogent sur la légitimité de la future Assemblée nationale. Il n’y a pas de doute, ce Parlement dont les contours se dessinent difficilement aura du mal à légiférer dans la mesure où bon nombre de Maliens ne reconnaissent pas les hommes désignés pour les représenter et agir en leur nom. En plus de la crise sécuritaire, et celle liée à l’épidémie de COVID-19, le Mali se dirige peu à peu vers une troisième crise, cette fois-ci institutionnelle, qui va incontestablement conduire le pays à la croisée des chemins. Il faut éviter, à tout prix, aux Maliens un scénario pareil aux conséquences imprévisibles, eux qui souffrent déjà terriblement des affres des attaques terroristes et qui font également face au nouveau front ouvert par le coronavirus qui sévit actuellement. Avec une économie plombée et des affaires qui tournent au ralenti, une crise postélectorale précipiterait le Mali dans l’abîme au regard des expériences vécues par d’autres Etats ayant connu pareils moments difficiles sur le continent. Le cas de la Côte d’Ivoire voisine, avec ses milliers de morts et nombreux dégâts matériels de la décennie de guerre, est très illustratif, d’autant plus que le Mali y compte des ressortissants. Ce qui se profile à l’horizon dans le ciel malien est regrettable et interpelle sur la nécessité d’opérer des réformes afin de disposer d’institutions solides, véritablement indépendantes en Afrique. Car tant que le choix des hommes qui dirigent les commissions chargées de l’organisation des élections et les Cours constitutionnelles ne se ferait pas selon des critères leur garantissant une certaine indépendance, nous ne sortirons pas de l’ornière. Quand on sait qu’il n’est pas toujours facile de faire preuve d’ingratitude envers le prince qui vous permet de gagner votre pain quotidien, parfois un pain fourré au beurre et à tous les autres ingrédients. En attendant, le président IBK gagnerait à faire rapidement recours au dialogue politique avant que les carottes ne soient cuites. Arrivé au pouvoir en 2013 avec comme priorité de sauver le Mali face aux groupes terroristes, IBK qui vient de rempiler pour un second mandat, semble se résumer à gérer les affaires courantes de la république, n’ayant pas eu jusque-là une action d’envergure pouvant être considérée comme un signal fort aux groupes rebelles aux ambitions sécessionnistes. Une crise de plus ne ferait qu’entacher davantage sa gouvernance, mais risque surtout de rendre le Mali ingouvernable à la fin de son règne.

Beyon Romain NEBIE
Beynebie@gmail.com

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