Reprise du trafic interurbain: les mesures barrières foulées aux pieds

Depuis une semaine, le trafic interurbain des transports voyageurs a repris, à la suite d’un protocole d’entente entre le gouvernement et les transporteurs. Mais dans sa mise en œuvre, cette charte est foulée aux pieds. Constat d’un passager-journaliste embarqué.

Certains transporteurs sont peu soucieux du danger que représente le coronavirus au Burkina Faso. Après la reprise de l’activité de transport en commun, le protocole d’accord semble être relégué au second plan. Seules les consignes relatives au port du masque et à la désinfection des mains avant l’embarquement sont respectées au cours de la première semaine de la reprise du transport en commun. Le jeudi 7 mai 2020, un voyage de Ouagadougou à Bobo-Dioulasso a permis de constater le respect des mesures barrières contenues dans le protocole d’accord entre les transporteurs et le gouvernement ayant permis aux premiers de reprendre leurs activités. Nous prenons un ticket à la gare STAF de Ouagadougou à 6 000 F CFA pour Bobo-Dioulasso. A 7h 30, un car est sur le point de prendre le trajet Ouagadougou-Koudougou-Dédougou. Nous nous amusons à compter les passagers au fur et à mesure que l’appel se déroule. 57 ont embarqué dans un car de 70 places. A 8 heures, le « speaker » annonce un autre car en partance pour Bobo. Il s’agit de celui dans lequel nous devons embarquer. Une hôtesse élancée, teint clair, procède à l’appel nominal. Nous sommes onzième sur la liste, mais nous demandons expressément à prendre place à l’arrière du bus de 70 places assises. Au soixantième passager, l’hôtesse informe que la liste est close. « Convoyeur, voici les dix places qui doivent rester libres », fait-elle savoir. « OK », rétorque celui-ci. En effet, le protocole recommande la réduction de 12 à 15% sur la capacité de chaque car. Ainsi, pour la taille du car que nous avons emprunté, il est autorisé un effectif de 60 passagers à ne pas dépasser. Ceci pour favoriser la distanciation sociale. Avec un effectif de 60 voyageurs, le car est censé ne plus prendre un client jusqu’à destination.
Mais, c’est sans compter avec le personnel de bord. A 8h 10, le car quitte la gare et s’élance sur la RN1. A 8h 20 minutes, soit 10 minutes après, l’engin s’immobilise au quartier Pissy de Ouagadougou pour embarquer des passagers « autostoppeurs ». Ils sont deux et sans ticket. Ils doivent payer cash. A hauteur du péage à la sortie Ouest, deux autres clients interrompent la progression du bus avant de s’y engouffrer. Au premier contrôle de police, le car comptait 64 passagers, excepté les six bébés qui partagent les mêmes sièges que leurs mères. Malheureusement, la mission du poste de contrôle de la police est de vérifier les identités et non le nombre de passagers. Ainsi donc, le car peut s’élancer à la conquête des collines de l’Ouest, sans risque de se faire arrêter pour non-respect des consignes de lutte contre le COVID-19. A Kokologho, soit à une quarantaine de kilomètres de la capitale, cinq autres voyageurs viennent occuper les derniers sièges de l’arrière du véhicule. Plein comme un œuf, le car poursuit son trajet, dans une chaleur étouffante, faute de climatisation. A Sabou, c’est le mécanicien de bord, communément appelé apprenti, qui cède son fauteuil à un passager, et deux autres viendront meubler l’escalier arrière et le couloir principal à notre départ de Boromo. Et c’est dans ces conditions de surcharge que nous allons rentrer dans la ville de Sya.

Responsabilités partagées

Pour le convoyeur principal, Bouba Ouédraogo, la police ou la gendarmerie les interpelle parfois pour des cas de surcharge, mais pas pour non-respect de protocole ayant trait aux mesures barrières contre le COVID-19. D’ailleurs, M. Ouédraogo dit ne retenir que le lavage des mains, le port du cache-nez et l’usage régulier de gel hydroalcoolique. « Nous sommes des agents de terrain ; ce que vous appelez protocole ne concerne que nos patrons. Ce sont eux qui le maîtrisent. Moi, je fais mon travail », martèle-t-il.
Cependant, le personnel convoyeur n’est pas le seul coupable dans ce refus de respect des consignes. Car, d’une compagnie à une autre, les réalités ont vite changé. De Bobo, nous reprenons le chemin inverse pour Ouagadougou avec la compagnie TSR en passant par Dédougou. A la gare, le nouveau car, d’une capacité de 70 places assises, démarre avec 75 passagers. Et ce, sous le regard des responsables de la gare. Des passagers, composés majoritairement de paysans, d’éleveurs et autres
travailleurs du secteur informel, tous à destination des villes de Dédougou, Nouna et Djibasso. « Avez-vous laissé les 10 places libres ? », a questionné un policier juste à la sortie de la ville. Et le convoyeur de répondre par
l’affirmative, alors que ce n’est pas le cas. De Dédougou à Ouagadougou nous empruntons la compagnie SKI. Là, c’est toujours le statu quo. Les mêmes constats et les mêmes réalités. Entre le vacarme des vendeuses à l’intérieur de la gare et les bousculades, chacun cherche un siège pour Koudougou ou autres destinations. Dans cette gare, il n’ y a pas d’appel. Et la passagère Rasmata Zongo de dire : « Pour le coronavirus, seul Dieu va nous protéger, sinon aucune mesure n’est respectée ». Un autre passager, Yénissi Bonzi, producteur de coton, d’indiquer, qu’en cas de voyage, ce qui compte en milieu rural, c’est d’emprunter un car sans autre condition. « Même en station debout dans le car, je suis prêt à voyager. Cela ne me dit rien »,
renchérit-il.

Des infractions punies par la loi

De même, Moussa Séré, lui aussi passager, affirme que les cars, même surchargés, sont plus confortables que les mini cars communément appelés
« dinas». Il explique que pour rejoindre son village, il emprunte ce type de véhicule qui, généralement, est en surcharge.
Selon le président de la Faîtière unique des transporteurs routiers du Burkina (FUTRB), Issoufou Maïga, le non-respect du protocole par les routiers est déplorable. Il confirme en avoir eu vent. « Il nous est revenu que le surnombre s’opère hors des gares, c’est-à-dire que des compagnies effectuent des embarquements au cours du voyage, sans tenir compte des consignes édictées par le protocole d’accord », déclare-t-il avant d’exhorter les passagers à dénoncer les contrevenants. Il indique que l’arrêté ministériel, signé à la suite du protocole d’accord, prévoit des sanctions allant de 5000 à 35 000 francs CFA d’amende ou d’une peine d’emprisonnement de 5 à 15 jours. Cependant, il précise que seule l’autorité compétente peut appliquer ces sanctions. M. Maïga a promis de rencontrer les acteurs afin de trouver une solution au respect des consignes. Il indique que sa structure va mettre en place une commission d’intervention, de suivi et de contrôle sur les grands corridors afin de mieux sensibiliser les transporteurs. « Nous sommes conscients que le non-respect du protocole peut amener le gouvernement à prendre de nouvelles décisions à l’encontre du secteur », reconnaît-il. Le président de l’Union des chauffeurs routiers du Burkina (UCRB), Brahima Rabo, lui par contre, soutient qu’il a fait la ronde des gares et les mesures sont respectées. « Jusqu’à l’heure actuelle, je n’ai pas une information contraire au respect du protocole. Certes, je n’ai pas fait toutes les gares», nuance-t-il. En ce qui concerne le suivi, il dit avoir demandé aux membres du syndicat de rester en alerte afin d’interpeller l’UCRB. Dans les prochains jours, le ministère des Transports envisage des contrôles inopinés afin de s’assurer du respect du protocole d’accord des transporteurs, selon nos sources.

Wanlé Gérard COULIBALY

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