Le challenge du Front populaire ivoirien

L’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo et son ministre de la Jeunesse de l’époque, Charles Blé Goudé, sont libres de tout mouvement depuis le 28 mai dernier. Ainsi en a décidé la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) qui a autorisé sous conditions les deux hommes politiques ivoiriens à se mouvoir, dans l’attente de leurs procès en appel.

Assignés respectivement en résidence en Belgique et aux Pays-Bas, Gbagbo et Blé Goudé attendaient cette décision depuis leur acquittement en 2019, d’accusations de crimes contre l’humanité. Les deux inconditionnels de la politique ivoirienne ne comptent pas passer leur temps à sillonner les rues européennes ou à se mettre au vert dans les hôtels
huppés.

Leurs intentions de marquer d’une tache indélébile l’arène politique ivoirienne ne souffre d’aucun doute. Ils ont, chacun de son côté, lancé un appel aux autorités ivoiriennes pour leur retour en terre Ebrié. Cependant, leurs déboires sont loin d’être terminés. Après l’obstacle de la Haye, ils doivent encore surmonter un autre et non des moindres. Ils ont des comptes à rendre à la justice de leur pays.

Début novembre 2019, la justice ivoirienne a condamné en appel, Gbagbo, par contumace, à 20 ans de prison dans l’affaire de braquage de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise post-électorale. Quant à Blé Goudé, il a écopé de la même peine en décembre 2019 pour des crimes commis pendant la crise post-électorale de 2010-2011 qui a coûté la vie à près de 3 000 personnes. Et c’est là où il y a véritablement matière à débat. Ce d’autant plus que le Collectif des victimes de Côte d’Ivoire (CVCI) s’oppose formellement à une quelconque désignation de la Côte d’Ivoire pour accueillir les ex-prisonniers de la CPI.

La balle est désormais dans le camp de Alassane Ouattara. Répondra-t-il favorablement à l’appel de son farouche opposant ? Il est difficile de se prononcer, car tout est possible en politique, a-t-on l’habitude de le dire. Surtout pour un pays comme la Côte d’Ivoire où le paysage politique est riche en rebondissements et où les adversaires d’hier peuvent être les alliés d’aujourd’hui. Quel que soit le scénario, la présidentielle d’octobre 2020 semble être une mission impossible pour le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo.

Absent de son pays durant 9 ans, son parti a perdu ses lettres de noblesse. Eprouvé dans un premier temps par la fuite ou l’exil de certains de ses cadres, le FPI est encore en proie à des querelles de clans, avec d’un côté, les pro-Gbagbo et de l’autre, les partisans de l’ancien Premier ministre, Pascal Affi N’Guessan. Le travail pré-électoral est un déterminant à ne pas occulter et l’ex-président ivoirien ne dira pas le contraire.

Lui qui, à l’époque où il était dans l’opposition, a fait un travail de fourmi pour gagner la confiance des populations. Ce travail ne se fait pas en cinq mois. L’élégance politique commanderait au préalable un travail de réunification du parti, puis sa redynamisation dans toutes les régions du pays. Le FPI gagnerait en positionnant Affi N’Guessan comme candidat à la présidentielle et à orienter ses forces vers les législatives. Cette stratégie lui permettra de renforcer ses positions à l’Assemblée nationale pour un éventuel rebondissement, pourquoi pas en 2025.

Abdoulaye BALBONE

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