L’hypothétique relance de la production cotonnière !

La saison des pluies s’installe progressivement dans la quasi-totalité des régions du Burkina Faso. Depuis quelques semaines déjà, les braves paysans ont repris le chemin des champs pour le débroussaillage, le labour ou même les semis. Ils « creusent, fouillent et bêchent », convaincus que « le travail est un trésor » pour paraphraser Jean de La Fontaine, dans l’une de ses mythiques fables, Le laboureur et ses enfants.

Les ardeurs des producteurs de coton principalement sont toutefois émoussées parce que teintés d’un brin de déception, depuis l’annonce, le samedi 30 mai 2020, par l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB), d’une baisse de 25 F CFA du prix de l’achat du kilogramme de l’or blanc pour cette saison 2020/2021. En effet, alors qu’il était de 265 F/kg en 2019-2020, le prix bord champ du kilogramme du 1er choix du coton a chuté à 240 F. Néanmoins, nos producteurs peuvent s’estimer encore plus heureux que ceux du Mali où le prix bord champ garanti est passé de 275 F la campagne écoulée, à 200 F cette année, soit une baisse de 75 F, alors que ce pays envisage une production de 700 000 tonnes (contre 691 000 tonnes en 2019-2020).

Qu’à cela ne tienne ! Il faut éviter de jeter la pierre à une quelconque partie, parce que ces prix ont été fixés, compte tenu des perspectives des cours de coton sur le marché mondial qui se sont fortement effondrés, du fait des effets négatifs de la COVID-19. De plus, ce prix plancher du coton graine aurait « mieux chuté » n’eut été le soutien gouvernemental de 10 F/kg. A cet effort, somme toute énorme dans un contexte sécuritaire et sanitaire difficile, il faut ajouter le maintien des prix des intrants agricoles de l’année dernière, soit 14 000 F le sac de l’engrais et de l’urée de 50 kg, 3 800 F la dose des insecticides classiques et 7 000 F celle des insecticides de spécialité.

Mais, l’arbre doit-il cacher la forêt ? Plusieurs interrogations subsistent quant à l’atteinte des objectifs que s’est fixés la politique nationale de relance durable de la filière coton. En effet, comment peut-on espérer mieux (550 000 tonnes) que la campagne précédente (460 114 tonnes), si la principale motivation des cotonculteurs, le prix du coton, est en baisse ?
A défaut de mieux faire, ne pouvait-on pas maintenir les prix de la dernière saison, quand l’on sait que l’on ne peut mobiliser un individu que sur la base de ses intérêts ?

Au-delà du vœu de tous les acteurs de la filière que le Ciel accorde une bonne pluviométrie, bien repartie dans le temps et dans l’espace, le Comité de haut niveau du suivi de la relance durable de la production cotonnière du Burkina Faso, mis en place en 2019 et présidé par le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Harouna Kaboré, doit veiller au grain. Et pour cause, la qualité des intrants avant leur mise à disposition aux cotonculteurs, le respect des itinéraires techniques de production, la lutte contre le détournement et la vente des intrants, le meilleur suivi des Sociétés coopératives simplifiées de production de coton (SCOOPS-PC) dans la zone SOFITEX, sont autant de facteurs qui peuvent peser dans la balance.

C’est à ce prix que le pays des Hommes intègres pourra reconquérir sa place de leader de producteur de coton africain et du coup, renforcer le rôle de locomotive du développement socioéconomique du pays que la filière a toujours joué. Sans de telles conditions, la relance de la production est plus qu’hypothétique.

Jean-Marie TOE

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