Litige foncier à Komsilga : Le maire et la famille Zoungrana à couteaux tirés

Le vieux Kouliga Robert Zoungrana (droite) exige une entente préalable avant toute opération sur son site.

Une opération de lotissement à Boulbi, village de la commune de Komsilga, fait des grincements de dents. En effet, le morcellement d’un « terrain privé » oppose actuellement le maire, Issouf Nikiéma, à une famille de propriétaires terriens.

Dans la course effrénée aux parcelles, les crises foncières sont légion au Burkina Faso. Les exploitations familiales, les vergers, tout y passe en cas de lotissement. Dans la commune
rurale de Komsilga, alors qu’un litige foncier est en passe d’être résolu, une autre crise foncière se profile à l’horizon. Les faits remontent au jeudi 4 juin 2020. Ce jour-là, les enfants du centenaire, Kouliga Robert Zoungrana, découvrent avec stupéfaction que le terrain familial de 26 261 m² délimité par leur géniteur depuis 2003, a été balisé. « Nous avons constaté avec étonnement, que des individus sont venus pour borner le terrain sans au préalable informer ni le papa, ni la famille.

C’est écœurant. Il y a eu un manque de considération. Ne serait-ce qu’un conseiller pouvait nous informer », a expliqué, tout furieux, le fils Frédéric Zoungrana. Après renseignement, l’un des frères de celui-ci, Justin Zoungrana, affirme, avoir joint au téléphone le maire de Komsilga, Issouf Nikiéma, qui a reconnu, avoir déployé ses services techniques pour un bornage sur le site. Piqués au vif, les enfants ont systématiquement retiré sur ordre de leur père, toutes les bornes parcellaires sans préavis. « Notre père en tant que propriétaire terrien a cédé une dizaine d’hectares aux autorités communales pour lotissement et en a gardé juste le site d’environ 2 hectares pour l’édification d’un verger.

Et nous avons fait des démarches cadastrales et domaniales en vue de l’acquisition d’un titre foncier pour cette superficie. C’est cette portion que la mairie vient morceler à nouveau. Comprenez donc, notre colère», a expliqué Frédéric. Il a présenté des documents justifiant l’appartenance du terrain à la famille, notamment un procès-verbal de constatation des droits coutumiers, qui notifie clairement que le terrain est la propriété de la famille Zoungrana.

« J’ai ordonné le retrait des bornes »

Pour le maire de Komsilga, Issouf Nikiéma, c’est la justice qui va trancher l’affaire.

Selon le fils Frédéric, la démarche d’acquisition du titre foncier est toujours en cours et il n’est pas question de remettre en cause ce processus. « Nous avons injecté des millions de francs CFA dans le paiement des taxes et l’établissement de documents relatifs à l’espace. Il n’est pas question que cela finisse en queue de poisson», a martelé un de ses frères. Rongé par l’âge, l’homme est incapable de comprendre ce qui se passe sur ses terres, mais affirme néanmoins avoir demandé à ses enfants de déterrer les bornes de la municipalité. « C’est moi, j’ai ordonné le retrait pur et simple des bornes de la mairie.

Lorsque les auteurs viendront enfin vers moi, nous trouverons un terrain d’entente», a dit le vieux Zoungrana. En réalité, il affirme n’avoir pas été mis au courant, encore moins un accord entre le conseil municipal et sa famille. Cette affaire a pourri l’atmosphère à Komsilga. Dans ce bras de fer, chaque partie tire la couverture de son côté et ce ne sont pas les arguments qui manquent. Pour sa part, le maire Nikiéma a précisé qu’une importante portion de terre a été attribuée à la famille Zoungrana. Les attributions qui ont occasionné le bornage ne concernent, selon lui, qu’une infime partie du site querellé. Accompagné d’un conseiller municipal, il nous a montré le plan de lotissement indiquant l’emplacement du verger et les zones de pourtour.

Offusqué par la tournure des évènements, l’édile soutient que le retrait des bornes parcellaires est intolérable. Il voit en cet acte, un affront, voire un comportement belliqueux propre à une personne qui n’est pas prête pour le dialogue. « De quel droit ils vont déterrer nos bornes ? C’est une infraction et c’est ce qui a justifié notre plainte à la gendarmerie », a-t-il déclaré. Sur la défensive, le maire a ajouté qu’il s’agit d’un problème qui ne devrait pas l’être, car selon lui, dans le lotissement initial, 23 personnes, tous membres de la famille Zoungrana, ont bénéficié de parcelles en plus du site familial réservé.

En raison de ces attributions, le président du conseil municipal dit être étonné des agissements des fils du vieux Zoungrana. Mais le maire va-t-il prendre langue avec la famille, étant donné que le vieux fermier exige une entente préalable, avant toute opération sur ses réserves ?
A cette question, le patron de l’exécutif municipal est sceptique, préférant maintenir sa plainte afin de situer les responsabilités. De l’autre côté, la famille Zoungrana affirme être disposée au dialogue pour trouver un consensus sur la gestion du terrain litigieux. « Tout dépend de la formule que le maire va adopter. Nous, nous voulons que le conseil municipal suspende son processus, qu’il prenne attache avec notre famille avant d’engager quoi que ce soit », a conclu le porte-parole de la famille, Alexandre Yaméogo. Pour l’heure, la plainte du maire est entre les mains de la brigade de gendarmerie, avec pour supposée infraction, la destruction des biens appartenant à autrui. Affaire à suivre…

Wanlé Gérard COULIBALY

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