L’ultime combat de Bédié

En attendant la convention du parti le 26 juillet prochain, les militants PDCI-RDA ont fait le choix de Henri Konan Bédié (HKB) pour porter la voix du parti à la présidentielle d’octobre 2020. A dire vrai, HKB qui n’a jamais vraiment mérité son surnom de « sphinx de Daoukro » dans la vie politique de son pays, que durant ces derniers temps, laisse souvent l’impression d’une indolence, comme quand il avait tissé cette alliance avec Ouattara en 2012, ou avait viré à 300 degrés avec Laurent Gbabgo en période de précampagne. Bédié a toujours été présent dans la classe politique de son pays depuis 1963. Jeune ambassadeur aux Etats-Unis d’Amérique, puis, jeune ministre de l’Economie et des Finances, il a quitté le pouvoir au forceps après un coup d’Etat militaire en décembre 1999. Depuis, l’homme, qui a la rancune tenace, n’avait jamais digéré d’être débarqué comme un parvenu d’un pouvoir qu’il tenait de la légitimité de successeur constitutionnel. 1999 demeure donc une page noire que l’homme de Daoukro souhaite certainement effacer pendant la présidentielle de 2020, soit 21 ans plus tard, à l’âge de 86 ans.

Un vrai challenge, puisque dans tous les cas, cette élection s’annonce comme la dernière de Bédié. En portant leur choix sur Bédié, les militants du parti ont imité sans le dire les militants du FPI qui scandent GOR pour Gbagbo ou Rien. Ce qui pourrait se traduire par Bédié ou Rien (BOR). Pour l’heure, en attendant les futures candidatures, Bédié aura face à lui, Gon Coulibaly, le choix du RHDP, proposé par le président Ouattara et adoubé par des militants gonflés à bloc. Tout compte fait, il est illusoire de penser que des rangs du PDCI sortiront d’éventuels candidats pour la candidature. Tout se passe comme s’il y avait un gentlemen’s agreement pour laisser Bédié barouder pour l’honneur. S’il passe, c’est tant mieux, il aura eu un parcours jusqu’au bout globalement nickel. Puisqu’alors, il aura 90 ans sonnés. Mais, on ne pourra pas en dire autant s’il est recalé. Ce sera la fin la plus cauchemaresque d’un homme politique convaincu qu’il reste la solution, dans un pays qu’il a déjà gouverné et dont il pense être ce bol d’air qui repositionnera la Côte d’Ivoire dans le concert des nations.

C’est un risque dont il mesure certainement les enjeux. S’il accepte alors être candidat, c’est que son petit doigt d’ancien ministre, ancien président du parlement et d’ancien président de la république sait qu’il aura un boulevard pour un dernier round. Sauf que la présidentielle en Côte d’Ivoire s’est toujours jouée par alliance à deux contre un. C’est-à-dire que sur les trois partis qui, depuis 1993, se disputent le prestigieux poste, PDCI-RDA, RHDP et FPI, l’alliance de deux a toujours ouvert les portes de la présidence. Bédié le sait, Ouattara le sait, et Gbagbo ne l’ignore pas. En attendant octobre, le 26 juillet prochain est juste une étape de gagnée pour Bédié.

Le sphinx qu’il a toujours été, s’est-il finalement mué en phœnix pour renaître de ses cendres ? L’avenir le dira, dans une Côte d’Ivoire, où le président sortant, Ouattara, avait souhaité le passage générationnel, et où, les tendances ethnico-religieuses sont des atouts majeurs. La Côte d’Ivoire, qui revient de loin, avait surpris la communauté internationale avec une élection somme toute apaisée en 2015. C’était bien la belle époque du « ton pied-mon pied », entre deux des trois grandes formations politiques, le PDCI-RDA et le RDR, unis dans un tandem, pour donner le RHDP. Depuis, la pluie d’hier est bien passée avec son lot de fraîcheur. L’alliance étant morte, les deux anciens alliés, devenus presque des ennemis politiques, les enjeux seront énormes.

Et la probabilité de retrouver les trois figures emblématiques-Alassane Ouattara du RHDP, Aimé Henri Konan Bédié du PDCI-RDA et Laurent Gbagbo du FPI- à la présidentielle de 2020 n’est plus à écarter.

Jean Philippe TOUGOUMA

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