Le bout du tunnel pour Laurent Gbagbo ?

Un an et demi après leur acquittement, l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo et son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, sont à nouveau devant la Cour pénale internationale (CPI). En effet, l’audience consacrée à l’examen de la demande de procès en appel formulée par la procureure Fatou Bensouda s’est ouverte, hier lundi 22 juin 2020 à La Haye au Pays-Bas. Poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Gbagbo et Goudé avaient été acquittés par les juges de la CPI en première instance en janvier 2019 à cause d’une « faiblesse exceptionnelle » des preuves apportées par la procureure Fatou Bensouda. Cette dernière qui semble tenir coute que coute à ce que les deux leaders politiques ivoiriens soient condamnés pour leur implication supposée dans les tueries pendant les violences postélectorales entre 2010 et 2011 qui ont fait plus de 3000 morts en Côte d’Ivoire, a aussitôt interjeté appel.
Les partisans des deux hommes ont donc les regards tournés vers La Haye, puisque si le parquet de la CPI échoue dans cette dernière tentative, plus rien ne devrait empêcher Gbagbo et Goudé de regagner leur pays. L’enjeu de cette audience devant la Chambre d’appel n’est plus à démontrer pour le bureau de Mme Bensouda déjà fragilisé par la libération de l’ancien vice-président congolais, Jean-Pierre Bemba acquitté en 2018 de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité après 10 ans de détention. Les chances de la procureure sont très minces dans cette affaire, quand on sait que la CPI a procédé récemment à l’allégement de certaines conditions liées à la liberté des deux personnalités. Ce qui fait qu’elles ne sont plus obligées de se rendre dans un commissariat chaque semaine pour certifier leur présence, comme de par le passé. D’ailleurs, à en croire certains spécialistes, Bensouda ne s’attaque pas au dossier dans le fond, mais plutôt à la forme estimant que des erreurs de procédures ont été commises par les juges de la Chambre qui ont rendu une décision à l’oral. A y voir de près, elle souhaite que les magistrats reconnaissent une erreur judiciaire pour espérer relancer le dossier et mener des enquêtes supplémentaires devant permettre de confondre les accusés. Une tâche qui s’avère très difficile puisqu’on n’invente pas les preuves. Si les pièces rassemblées depuis 2011, n’ont pas permis à Bensouda et à son équipe de prouver la culpabilité de l’ex-dirigeant ivoirien et de son homme de main, il ne faut rien attendre des compléments d’enquête que le parquet envisage mener. A quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2020, la scène politique ivoirienne connaît une certaine ébullition marquée par une profonde division entre le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), coalition au pouvoir et les partis politiques de l’opposition. Le verdict de La Haye, devrait incontestablement faire monter la fièvre électorale au bord de La lagune Ebrié où les militants et sympathisants du Front populaire ivoirien (FPI) attendent de pied ferme leur champion, Laurent Gbagbo. Lui qui n’a jamais caché son intention de reconquérir le pouvoir d’Etat, tout comme son fidèle compagnon Goudé dont les longues années de détention n’ont entamé en rien son ambition politique. Longtemps qualifié de procès politique, le jugement est à un tournant décisif. Puisqu’une requalification des chefs d’accusation sera perçue comme des manœuvres du pouvoir d’Abidjan pour maintenir à l’étranger ces deux personnalités dont le retour en Côte d’Ivoire pourrait mettre en difficulté le candidat du RHDP. Le président Alassane Ouattara et son camp craignent en effet, une coalition entre le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié et le FPI de Laurent Gbagbo pour barrer la route à son Dauphin Amadou Gon Coulibaly qui séjourne présentement en France pour des soins. Mais il appartient à la CPI de dire le
droit !

Beyon Romain NEBIE

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